Critique Blu-Ray

MASK (Critique Blu-Ray)

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: Rocky n’est pas un garçon comme les autres. Il souffre d’une maladie dégénérative incurable, entraînant une déformation du visage. Il vit seul avec sa mère, qui l’aime et le protège, mais qui doit elle aussi faire face à ses propres démons : elle plonge dans des aventures sans lendemain, et dans la toxicomanie… De son côté, même s’il se fait accepter à l’école, Rocky se seul et triste : sa difformité creuse un fossé social, qui l’empêche de mener une existence comme les autres jeunes de son âge…

Lorsque le scénario de la débutante Anna Hamilton Phelan lui est proposé, Peter Bogdanovich cherche à relancer sa carrière, à l’arrêt depuis 3 ans, lui qui, surfant sur le succès de La Dernière Séance (1971), venait de réaliser 8 films en 10 ans. Comme un clin d’œil de la vie, l’histoire de Rocky Dennis, adolescent atteint d’une dysplasie craniométaphysaire déformant fortement son crâne, faisait écho à celle de John Merrick (atteint lui de neurofibromatose) pour laquelle la compagne de Bogdanovich s’était prise de passion quelques mois avant d’être assassinée. Ce qui ne devait être qu’un film de commande fait sans grande conviction, devint ainsi un film qui mérite une place de choix dans la filmographie de Bogdanovich, pour la façon dont il a su s’approprier une histoire qui pouvait, sous le regard d’un autre réalisateur, donner lieu à un mélodrame lambda, courant après le destin tragique de son personnage, plutôt que de l’accompagner avec humanité.

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Rocky Dennis (Erik Stoltz) n’est pas un adolescent malade sur le sort duquel le film nous enjoint de nous apitoyer et Mask n’est pas un noble cousin des « disease movies » qui remplissent les grilles des après-midi de certaines chaines de télévision. Bien qu’il soit adapté de l’histoire vraie d’un adolescent atteint d’une maladie, dont on sait qu’il ne pourra en pas guérir et que les mois qui lui restent à vivre sont comptés, Mask n’est pas prisonnier de ce compte à rebours mortel et d’une empathie qui se confondrait avec de la pitié. Il ne s’agit pas de compter les jours en se lamentant sur l’injustice qui frappe cette famille mais de les regarder vivre intensément chaque jour, avec espoir et insouciance, pour ne rien avoir à regretter quand la grande faucheuse viendra frapper à la porte. Plutôt que de plomber ses personnages, cet épée de damoclès crée une urgence de vivre, de profiter de chaque instant, sans misérabilisme, avec une énergie et une générosité contagieuse.

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Le tour de force de Peter Bogdanovich et de son formidable trio d’acteurs Cher/ Eric Soltz/ Sam Elliott, est d’avoir tiré de ce récit sa substantifique moelle, ce qu’il dit de notre comportement face à la différence, à la maladie, sans oublier en chemin de nous livrer ce qui faisait de Rocky un jeune homme si attachant, au delà de l’empathie que sa condition nous inspire naturellement. Rocky est un jeune homme de 16 ans avec tout ce que cela comporte comme envie de s’émanciper, de flirter, d’envie d’être populaire auprès de ses camarades et Mask est aussi une chronique sur l’adolescence, avant d’être un film sur la maladie. Celle-ci est présente, incontournable, mais ne s’impose pas au récit et donc ne s’impose pas au spectateur. Dans ce type de récit, la question du regard du spectateur est crucial et c’est la mise en scène qui doit l’orienter. C’est en filmant son personnage comme un adolescent « normal » que Bogdanovich nous fait l’accepter comme tel et nous donne envie de partager son quotidien, avant de chercher à comprendre sa douleur. Nous le découvrons ainsi dans sa chambre, se préparant en musique comme n’importe quel adolescent, son visage et donc sa condition nous est d’abord dévoilée rapidement dans le reflet de son miroir, sans que la caméra ne s’y attarde, puis à travers sa fenêtre.

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Si un malade peut accepter sa condition et tenter, autant que faire se peut, de mener la vie de n’importe quel jeune homme de son âge, la maladie est souvent plus difficile à accepter pour l’entourage. Là encore, Mask échappe au pathos et au dolorisme, par la grâce de l’interprétation de Cher, bouleversante de justesse et d’humanité, forte et fragile à la fois, dans le personnage de cette mère excentrique vivant perpétuellement entourée de sa bande de motards. Elle souffre en silence, refuse que Rocky puisse se sentir différent et être rejeté. Le festival de Cannes récompensera Cher pour ce rôle qui était alors son premier grand rôle, deux ans toutefois avant de décrocher l’oscar pour Éclair de Lune (Norman Jewison, 1987). Bogdanovich l’imposa au studio face notamment à Jane Fonda et Ellen Burstyn. Tel un peintre qui capte dans le regard de son modèle quelque chose de très profond qui dialogue immédiatement avec celui qui se trouvera devant sa toile, il est parvenu à capter, notamment par ses gros plans, l’infinie douceur et mélancolie qui se dégage de son regard. Il fait de même avec Erik Stoltz qui n’a que ses yeux et sa voix pour donner vie et âme à son personnage, ce qu’il fait avec une justesse remarquable. Dans un film qui parle aussi du regard de l’autre, Peter Bogdanovich a choisi de se passer autant que possible des mots, de s’appuyer sur de subtils raccords sur les regards de ses personnages, de laisser l’histoire parler d’elle-même plutôt que de la surplomber, de la sur dramatiser pour faire pleurer dans les chaumières. C’est ce qui fait de Mask un film si précieux, de ceux dont vous emportez quelque chose avec vous et pour lequel vous gardez une affection indéfectible.

mask jaquette cliff and co

Titre Original: MASK

Réalisé par: Peter Bogdanovich

Casting : Cher, Erik Stoltz, Sam Elliott …

Genre: Drame, Biopic

Sortie le:  17 janvier 2018 en Combo Blu-Ray/ DVD

Distribué par: Elephant Films

4 STARS EXCELLENT

EXCELLENT

 

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