Critiques

MARSEILLE (Critique Saison 2 Épisodes 2×01 – 2×04) Des progrès mais toujours pas à la hauteur

SYNOPSIS: Les journalistes font le siège de la clinique où Robert Taro (Gérard Depardieu), le maire sortant, vient d’être placé en soins intensifs, suite à l’attaque cardiaque dont il a été la victime quelques heures auparavant. Mais la date du conseil municipal qui élira le nouveau maire de Marseille approche, et la crise de gouvernance créée par l’absence de Robert Taro laisse entrevoir à Lucas (Benoît Magimel) la possibilité de s’emparer du siège de maire, mais il lui manque 9 voix au conseil. Les tractations avec les différents partis commencent, l’extrême droite se prépare à manœuvrer dans l’ombre…

Avertissement: Seuls les 4 premiers épisodes (sur 8) ont été présentés à la presse.

Un peu moins de deux ans après une première saison qui avait vu la Cannebière être submergé par un banc de requins (la presse) Marseille, première série française estampillée Netflix est de retour pour une nouvelle salve d’épisodes. Soyons honnêtes ce n’est pas l’impatience qui nous tenaillait après le naufrage de la saison une, mais l’attelage luxueux qui avait fait de Marseille un évènement pouvait t-il réitérer un nouveau cataclysme? Les dissensions qui semblaient avoir eu cours entre le scénariste et créateur Dan Franck et le réalisateur auto-proclamé showrunner Florent Siri, ont eues raison de l’homme de lettres qui devrait faire parler la poudre dans son prochain « roman », Scénario, à paraitre le 28 mars aux Éditions Grasset, même si le résumé initial a été très largement édulcoré sur le site de l’éditeur *. Malgré tout, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite. Ou pas. A la place de Dan Franck c’est un trio qui officie, composé du journaliste Philippe Pujol, de Marie-Anne Le Pezennec, (Dolmen) et Thierry Aguila. Florent Siri est toujours à la baguette sur une partie des épisodes (1, 2, 3, 7, 8) et c’est la réalisatrice Laïla Marrakchi (Rock the casbah) qui se charge des autres ( 4, 5, 6). Le réalisateur de Cloclo n’apparait plus au générique en tant que showrunner (ce qui entre autres lui avait été vertement reproché) et on se prend presque à espérer que certaines leçons ont été retenues. Ce qui semble être le cas, mais est-ce suffisant pour redresser la barre d’une embarcation qui prenait l’eau de toutes parts?

MARSEILLE S2 1 CLIFF AND CO

Cette saison 2 reprend où la première se terminait, là où il eût été facile de faire table rase du passé avec un time jump fort à propos. On fera crédit aux scénaristes de ne pas avoir cédé à cette facilité et d’avoir creusé le sillon d’origine quand bien même il avait pris les allures d’un tombeau. En essayant d’être totalement objectif, les modifications profondes apportées à la série se voient assez vite. Les dialogues sont dits avec un peu moins d’emphase, les formules ampoulées sont moins présentes, la direction d’acteurs est plus maitrisée, le ton est plus juste et on sent la volonté de remettre sur les rails une locomotive qui allait dans le mur. De nouvelles pistes narratives sont mises en place avec notamment l’arrivée d’un nouveau personnage interprété par Natacha Régnier, une élue d’extrême droite qui va se retrouver première adjointe aux côtés du nouveau maire, Lucas Barrès (Benoît Magimel). Autour de cette intrigue purement politique (qui cela va sans dire va finir par prendre un tour plus personnel) s’ajoutent des éléments de pur soap, entre une enquête de Julia (Stéphane Caillard) sur la mort suspecte du président du club de foot (fictif) marseillais et ses relations avec le fils de ce dernier tandis qu’une intrigue sociétale autour de sans-papiers se dessine. Comme si ce n’était pas suffisant, une histoire de terrorisme vient se greffer à tout cela rendant le plat extrêmement dense. Mais pas beaucoup plus digeste.

MARSEILLE S2 2 CLIFF AND CO

Si la forme semble donc plus maitrisée et du coup plus calibrée, il n’en reste pas moins que Marseille en saison 2 reste d’une platitude assez folle. Ce n’est pas vraiment une série politique (Baron Noir n’a absolument pas à craindre qu’elle vienne marcher sur ses platebandes), ça reste un soap extrêmement basique dans ses rebondissements à foison (on attend d’un moment à l’autre le frère jumeau ou le réveil d’un vilain cauchemar de l’un des personnages) et si le rythme est plus intense, si les situations sont conçues pour nous tenir en haleine, l’ensemble s’éparpille trop pour avoir suffisamment de cohérence et de caractère. Toute idée de progression narrative est expédiée trop rapidement pour nous prendre aux tripes et tous les embryons d’idées intéressantes sont tuées dans l’œuf avec une certaine constance tandis que visuellement certains choix interpellent. L’utilisation des ralentis sans qu’ils semblent justifier par ce que l’on voit à l’écran, des plans aériens splendides mais d’une vacuité sans nom et une mise en scène dénuée de personnalité achèvent de rendre l’expérience décevante. Pourtant Depardieu et Magimel (débarrassé de cet accent marseillais qui plombait encore plus son personnage) semblent plus impliqués qu’en saison une et sont du coup plus justes tandis que Natacha Régnier est très convaincante pour son arrivée dans la série. Si les scénaristes ont essayé de sauver les meubles en écopant un maximum, leur tâche était sans doute trop ardue pour parvenir à nous convaincre totalement. Si on est loin du naufrage initial, cette seconde saison vous offrira votre quota de frissons si vous n’êtes pas très exigeants. Mais ça reste insuffisant vu l’ambition initiale et loin du requin attendu, la série ressemble plus à la sardine qui bouche le port de Marseille.

La critique de la saison 1 ici

Entretiens avec Florent Siri, Dan Franck, Géraldine Pailhas, Stéphane Caillard et Nadia Farès pour la saison 1 ici

*Mon premier raconte l’histoire d’une bande de faux-monnayeurs – petits truands, trafiquants en tous genres, caïds de la haute – que leurs femmes et leurs compagnes, souvent exceptionnelles, ne sauveront pas.
Mon deuxième décrit l’aventure du scénario de la série télévisée qu’un écrivain, sollicité par une grande maison de production internationale, construit à partir de l’enquête qu’il mène sur le terrain à Marseille.
Mon troisième nous fait pénétrer dans les coulisses d’un tournage mouvementé.
Mon tout est un roman virtuose à double face : d’un côté, l’efficacité implacable du thriller ; de l’autre, l’arrière-monde de la création où le magicien s’amuse et nous enchante à révéler ses ficelles.
Pile le réel, face la fiction ?
Pas si simple : les faux-monnayeurs ne sont pas toujours ceux que l’on croit…

Crédits: Netflix

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