ENTRETIENS

MARONI : Les fantômes du fleuve (Entretien avec Stéphane Caillard et Adama Niane)

Septembre 2017, Festival de la Rochelle: Rencontre avec les deux héros de la nouvelle mini-série d’Arte, Maroni : Les Fantômes du fleuve, Stéphane Caillard (La Vie devant elles, Marseille) et Adama Niane (L’Affaire SK1). Une belle proposition singulière que ce thriller qui bascule à mi-parcours dans le genre avec deux interprètes qui ont vécus une intense expérience dont ils nous ont fait part:

Comment décririez-vous Maroni ?

Adama Niane : Pour être honnête, j’ai adoré dès la lecture et tout d’un coup j’ai eu très envie de l’histoire qui est un mélange de film de genre et de culture française très sombre et ça m’a énormément plu. J’ai tout simplement adoré le scénario.

Stéphane Caillard: Je dirais relativement la même chose, le scénario m’a vachement plu, c’est un mélange entre un polar et un film de genre, ça a l’exigence par moments dans la mise en scène de certaines choses qui se font à l’étranger, il y a certaines inspirations qui d’un coup nous font sortir d’une certaine tradition française télévisuelle que je trouve chouette avec en plus un scénario qui est bien ficelé, bien écrit. Aurélien (Molas, le scénariste NDLR) il vient de la littérature, quand je l’ai lu j’ai pensé à des espèces de quêtes intellectuelles un peu semblables, toutes proportions gardées à True Detective où par moment l’enquête s’efface pour laisser place à des individus qui ne vont tellement pas bien avec eux-mêmes que ça devient très égocentrique et très narcissique. Et en même temps, des aventures à la Conrad sur le fleuve, un espèce de mix d’aventures mystiques et de polar et un univers très littéraire que j’ai beaucoup aimé.

Les deux derniers épisodes partent encore plus dans le mystique…

Stéphane Caillard: Ils ont poussé le genre…

Adama Niane: Il y a un vrai parcours…

Stéphane Caillard: et un vrai parti pris…

Adama Niane: Du coup l’incapacité de ces êtres à faire leur métier tout simplement ouvre après sur totalement autre chose. On ne reste pas bloqué sur deux flics qui vont faire leur enquête mais il y a un mal être qui porte tout leur parcours.

maroni 1 cliff and co

Il y a aussi une portée philosophique dans le parcours des personnages?

Stéphane Caillard: Philosophique, ce serait vraiment de la philosophie de comptoir alors. Ce n’est pas philosophique c’est un vrai parcours sur l’identité, il y a un espèce de fil de l’ordre de la tragédie avec des gens qui au début ne sont pas très bien et qui n’iront pas mieux. Je ne sais pas si c’est philosophique mais il y a tout un rapport à l’individu et à l’identité, à comment se récupérer, à comment se réinventer, c’est vraiment de l’ordre d’une forme de tragédie.

Adama Niane: La fausse vulgarité du film de genre mélangée avec des prétentions françaises qui ne peuvent pas s’empêcher d’être un peu profondes et du coup si le film d’action français est comme ça, il est formidable.

La Guyane on vous l’a présenté comme un personnage à part entière?

Stéphane Caillard: Oui le réalisateur (Olivier Abbou, NDLR) en parlait vraiment comme d’un personnage et de toutes façons à un moment ça vous saute à la gueule donc à un moment donné il faut en faire quelque chose. Sur ce projet là, c’est nous qui sommes à l’extérieur de ce paysage, qui s’y faufilons et qui essayons d’y rentrer. Tout ce qui se passe après dans la jungle c’est complètement viscéral, c’est très mouvant et c’est très vivant comme endroit mais ce n’est pas filmé comme un paradis tropical. C’est un studio à ciel ouvert la Guyane.

Adama Niane: Ce n’est pas haut en couleurs, ce n’est pas le Brésil et pourtant il y a vraiment l’énergie du continent.

Est-ce que le tournage en Guyane a été éprouvant pour vous deux ?

Stéphane Caillard: Je dirais que non parce que c’est un endroit qui est très enveloppant et une fois qu’on a sauté le pas de partir en Guyane, finalement là-bas il y a quand même moins de moustiques qu’à Marseille et puis franchement on n’a pas été emmerdés par des bestioles. Forcément il y avait énormément de guyanais sur le plateau ce qui fait que je pense qu’il y a des choses qu’on n’a pas vues, les choses ont été un peu assainies avant qu’on arrive et franchement en même temps l’équipe était tellement agréable, prévenante, efficace, rigoureuse et hyper investie que ça a été l’un des tournages les plus merveilleux que j’ai vécu.

Adama Niane: Ça n’a absolument pas été douloureux. Absolument pas. C’était franchement très agréable. C’est faussement calme la Guyane. A 22h tout est fermé et pourtant on a tourné dans un quartier soi disant coupe-gorge mais jusqu’à une certaine on ne se rend compte de rien. C’est vrai que le soir je faisais attention quand je sortais, le flingue je le remettais vite à l’accessoiriste, mais sinon vraiment c’était très agréable, j’y retourne demain.

Stéphane Caillard: Ça a rendu le travail très agréable par rapport à tout ce qu’il y avait à jouer, par rapport à tout ce que ça racontait, c’est aussi très porteur, ça nourrit et la perdition est assez vécue à un moment donné.

Adama Niane: Suivant le principe qu’un acteur a besoin d’un décor, d’un bon décor, là on était dedans et il y a une telle tension dramatique sur ce continent qui fait qu’on en avait très envie.

maroni 2 cliff and co

D’ordinaire quand il y a un duo de flics il y en a un qui tire l’autre vers la lumière. Là chacun à leur manière ce n’est pas le cas…

Adama Niane: Il y a de la lumière mais tout ça est très ambigu et très contradictoire. Ça laisse perplexe mais de façon forte.

Stéphane Caillard: Je trouvais ça hyper chouette d’avoir des personnages aussi centrés sur eux, c’est à dire que ça peut au bout d’un moment être très crispant de se dire « mais ils vont arrêter de nous parler de leurs petits problèmes pendant cinq heures » jusqu’à temps qu’on en prenne connaissance… C’est caricatural mais je trouve que quand c’est très assumé on s’approche de quelque chose qui peut potentiellement exister et qu’on a envie de raconter. C’est très jubilatoire.

Est-ce que vous avez la sensation que les personnages s’apportent quelque chose l’un l’autre? On a l’impression que l’un comme l’autre vous pourriez portez la série tout seul, en être le personnage central sans  avoir besoin de l’autre personnage? Est-ce qu’ils sont complémentaires malgré tout?

Adama Niane: Effectivement ce sont des personnages qui auraient pu vivre leur égocentrisme déprimé seul mais il y a la gêne d’avoir non seulement un témoin mais en plus une espèce d’effet miroir et même quelque chose presque d’androgyne dans cette affaire. Et c’est très très troublant et il n’y a pas de place pour l’autre et justement ce voisinage anormal nous a porté en tout cas.

Stéphane Caillard: Les personnages ne se complètent pas forcément mais vont trouver l’intelligence de s’accompagner.

Est-ce que c’est une série optimiste ?

Stéphane Caillard: C’est très optimiste parce que ça raconte surtout des gens qui sont particulièrement vivants. Ce n’est pas plaqué. Il y a quelque chose de très généreux dans ces personnages-là.

Adama Niane: Pour le coup on n’a pas l’intimité du flic, on a l’intimité des gens. C’était passionnant à lire et je crois que tout le monde avait envie de raconter cette histoire.

Stéphane Caillard: Ça nous a bien agités pendant près de deux mois et le résultat abouti est quand même le fruit d’une équipe entière avec tout ce que ça peut représenter de compromis dans le travail.

Adama Niane: En terme de jeu, il n’y a pas eu de doutes sur ce qu’on voulait jouer. On s’est beaucoup amusés à préparer le travail ensemble, c’était incroyablement ludique entre nous.

Quelle est l’importance du fleuve en tant que personnage?

Stéphane Caillard: C’est surtout dans les épisodes 3 et 4 que ça se dévoile…

Adama Niane: J’ai passé une journée sur une pirogue à tourner plein de plans et quand la nuit est tombée j’étais au milieu du fleuve et tout à coup j’ai regretté de ne pas être croyant. Tout à coup on ne la ramène plus mais c’était franchement enivrant.

Est-ce que le format atypique de 4×52 minutes influe sur la narration et est-ce que vous le ressentez en terme de jeu?

Stéphane Caillard: Je trouve que ça permet de lâcher les chevaux et de ne pas attendre le douzième épisode de la quatrième saison. C’est très jubilatoire à faire une mini-série.

Adama Niane: C’est rare d’avoir autant de matériau pour travailler et en ce qui me concerne c’est une de mes plus belles expériences.

Propos recueillis par Fred Teper

Maroni : Les Fantômes du fleuve, jeudi 25 janvier 2018 sur Arte

Crédits: Arte

 

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s