Critiques Cinéma

EN QUATRIÈME VITESSE (CRITIQUE)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Le détective privé Mike Hammer enquête sur la mort d’une jeune femme qu’il a connue furtivement. Ses investigations le mènent vers des enjeux qui le dépassent. 

Kiss me Deadly: le titre original du film de Robert Aldrich résume parfaitement le programme des 110 minutes, durant lesquelles, le détective Mike Hammer (Ralph Meeker) multiplie autant les conquêtes féminines qu’il compte les cadavres qui s’amoncellent dans son enquête, pour retrouver l’identité de ceux qui l’ont laissé pour mort, après avoir tué l’auto stoppeuse affolée qu’il venait de rencontrer. Deuxième apparition au cinéma du personnage créé par le romancier Mickey Spilane, Kiss me deadly est hanté par la mort semée par un bad guy dont les desseins mystérieux emmènent le film noir sur le territoire du film de science fiction, en résonance avec la grande peur de son époque: la bombe atomique. Le troisième film de Robert Aldrich subverti le roman de Mickey Spillane en faisant de Mike Hammer un anti-héros cynique particulièrement brutal, peu perspicace, plus efficace avec ses poings que ses neurones, et en changeant la nature de la menace qui pèse sur lui. Pulp, noir jusqu’au nihilisme et même apocalyptique, Kiss Me Deadly tient une place particulière dans le genre du film noir, comme dans le panthéon personnel d’illustres réalisateurs qui lui ont rendu hommage, quand ils ne l’ont pas directement cité dans leur film, comme le fit Quentin Tarantino dans Pulp Fiction. Kiss Me Deadly fait ainsi partie de ces rares films dont on peut connaître une scène sans l’avoir vue, en l’occurrence la très fameuse scène de l’ouverture de la mystérieuse boîte après laquelle courent les personnages du film.

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En 1955, lorsqu’il se lança dans le tournage de Kiss Me Deadly, Robert Aldrich n’avait que 36 ans et déjà réalisé coup sur coup deux westerns qui allaient faire date dans l’histoire du genre. Bronco Apache rompait avec la doxa hollywoodienne représentant les indiens comme les antagonistes du récit et passant sous silence le génocide dont ils furent les victimes. Vera Cruz rompait quant à lui avec la figure classique des cow-boys héroïques et vertueux, préfigurant ce que seront les westerns de Sergio Leone. Il était alors surprenant de le voir s’intéresser au roman de Mickey Spillane mais, ce qu’il en fit, avec son scénariste Albert Isaac Bezzerides, correspond parfaitement à son tempérament. Kiss Me Deadly n’est pas le film d’un bon faiseur s’essayant à un nouveau genre mais celui d’un cinéaste s’appropriant un genre pour faire passer ses idées. Il s’inscrit dans son époque, dans le climat de paranoïa anti communiste qui hystérise l’Amérique et impose un anti-héros brutal vivant du vice des autres (il s’est spécialisé dans les enquêtes d’adultère) et ne s’embarrassant d’aucune convenance. En plein code Hays, Aldrich et son scénariste repoussaient alors les limites de la censure.

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Si Robert Aldrich n’est pas le plus grand des formalistes, il se livre ici à des expérimentations qui concourent à l’inquiétante étrangeté dans laquelle baigne le récit. L’enquête de Mike Hammer l’emmène en effet sur les routes de ce que l’on appelle l’Uncanny Valley, sur lesquelles David Lynch aime tant emmener ses personnages. Il plane sur le film une angoisse sourde, l’impression constante que la menace qui pèse sur Mike Hammer échappe à notre perception. Cela se communique par la narration qui ne place jamais le spectateur en avance sur Mike Hammer, lequel subit par ailleurs largement le cours des événements. Mais cette étrangeté est également diffusée par la mise en scène, dès la première scène, avec ce générique qui défile à l’envers, alors que la caméra reste sur l’habitacle de la voiture de Mike Hammer dans laquelle vient de monter Christina (Cloris Leachman), que l’on entend sangloter. Les angles de caméra choisis suggèrent par ailleurs l’idée que les personnages sont épiées, renforçant la paranoïa dans laquelle baigne le récit.

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Jusque dans le choix de certains cadrages, il y a quelque chose de toujours légèrement déviant dans ce qui pourrait n’être qu’une trame classique de film noir avec ce détective, ce meurtre mystérieux, cette femme fatale (Lily) et ces hommes de main travaillant pour un mystérieux bad guy. Le jeu atypique de Ralph Meeker qui compose un personnage à la fois gauche et charismatique, insaisissable et antipathique, complète la toile peinte par un Robert Aldrich qui veut moins nous parler de ce drôle de personnage que de l’Amérique, du MacCarthysme, de ses peurs et de ses héros qui n’en sont plus. Même la figure de la femme fatale est subvertie, Gaby Rodgers (Lily) et la coupe androgyne qu’elle a souhaité adopter pour le rôle, ne correspondant pas à l’image habituelle de cette figure incontournable du film noir. Film noir, film de science fiction mais aussi film engagé et éminemment politique, Kiss Me Deadly est un classique incontournable de la filmographie de Robert Aldrich et, au delà, du cinéma américain.

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Titre Original: KISS ME DEADLY

Réalisé par: Robert Aldrich

Casting : Ralph Meeker, Gaby Rodgers, Maxine Cooper, Albert Dekker …

Genre: Noir, Science Fiction

Sortie le: 7 septembre 1955

Distribué par : –

4,5 STARS TOP NIVEAU

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