Critiques Cinéma

LE GRAND JEU (Critique)

SYNOPSIS: La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux… 

Quand on est une star incontestable de l’écriture de scénario (The Social Network, Steve Jobs, la série The West Wing notamment…) diriger son premier film s’accompagne forcément du risque de décevoir ses plus farouches admirateurs. Est-ce qu’un homme de mots peut en plus posséder les capacités nécessaires pour retranscrire en images son propos tout en lui donnant une densité supplémentaire en composant des plans qui traduiront suffisamment l’ampleur de ce qu’il souhaite raconter? Et surtout quand on s’est appuyé sur des cinéastes de la trempe de David Fincher ou Danny Boyle est t-on capable de faire mieux qu’eux ou à tout le moins aussi bien? En choisissant de se mettre en première ligne avec Le Grand Jeu, Aaron Sorkin a pris un risque que sa notoriété ne l’obligeait pas à prendre et a de facto fait peser sur ses épaules une pression démesurée. Est-ce que le résultat se révèle à la hauteur des immenses attentes suscitées par ce premier long métrage?

Sans ambages, Le Grand Jeu que déploie Sorkin est une très grande réussite. L’histoire d’une destinée incroyable, bigger than life, avec ses coups du sort, ses réussites, ses obstacles, son énergie et sa gestion subtile des parasites qui viennent inéluctablement polluer une irrésistible ascension. Sous le vernis relativement classique d’un biopic, Sorkin parvient à raconter une histoire prenante drapé certes d’un certain académisme visuel, mais porté par un montage haletant et savamment agencé qui offre à son film un rythme tonitruant rarement pris en défaut malgré la durée du métrage. Si la mise en scène d’Aaron Sorkin est plus illustrative que transcendante, elle n’en demeure pas moins l’œuvre d’un technicien qui, ne l’oublions pas, est à la barre de son premier film. Évidemment, l’exigence qui s’attache aux travaux de Sorkin rend les quelques erreurs visuelles plus grossières, là où l’on passerait sans doute plus vite l’éponge pour un réalisateur lambda qui débuterait. Mais le gros plus du scénariste-réalisateur c’est de pouvoir s’appuyer sur ses forces et d’en faire le moteur de son film. Quand d’autres se seraient retrouvés écrasés par la puissance du récit, Sorkin lui, en tire la quintessence grâce à sa maîtrise épatante du storytelling et sa virtuosité sans pareille pour faire sonner des dialogues d’une intelligence diabolique dans un ensemble harmonieux et mélodique où chaque phrase fait avancer le récit. Sorkin croit à l’intelligence de ses spectateurs et les élèvent par sa lumineuse dialectique parvenant à les bluffer et à provoquer chez eux une véritable jubilation. L’utilisation de la voix off, la vitesse et la fluidité pour alterner le présent et le passé, la manière étincelante de raconter une histoire de nous faire passer du rire à une tension extrême, tout l’art de la mise en scène de Sorkin passe par les déflagrations provoquées par son écriture qui n’est pas sans rappeler par moments le Scorsese de Casino. On pourra lui faire grief de ne pas nous gratifier de plans inoubliables ou d’une photographie sans grand relief (signée Charlotte Bruus Christensen), mais on prend un tel plaisir devant Le Grand Jeu que l’on suit éberlué la destinée incroyable de cette femme, du sommet jusqu’à sa chute.

Évidemment tout cela prend sens grâce à la qualité de la distribution avec laquelle Sorkin s’est entouré. Des personnages secondaires masculins interprétés entre autres par Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, tous les trois excellents, permettent au film de trouver la bonne carburation, mais c’est évidemment Jessica Chastain qui emporte la mise. Elle est tout simplement phénoménale. Dans la lignée de sa prestation dans Miss Sloane, elle poursuit dans cette veine d’héroïne au destin contrarié en lui conférant une densité et une éloquence bluffante. Son jeu sans anicroches, dans ses pleins et ses déliés, lui permet de nous scotcher de bout en bout. A la fois figure de proue et centre névralgique du film, Chastain s’inscrit sans peine dans le sillage de ces super-héroïnes à l’existence exceptionnelle. La dimension féministe de ce personnage qui n’a besoin de personne et surtout pas des hommes pour affirmer sa détermination, son sang froid, ses choix et ses convictions achèvent d’en faire une figure remarquable à laquelle la comédienne offre tous ses atouts pour continuer à s’affirmer comme l’une des meilleures actrices actuelles. Si on avait encore un doute à ce sujet, Le Grand Jeu le balaye en une fraction de seconde. Jessica Chastain est aujourd’hui au sommet.

Titre Original: MOLLY’S GAME

Réalisé par: Aaron Sorkin

Casting : Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner …

Genre: Thriller, Drame

Sortie le : 03 janvier 2018

Distribué par: SND

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