Critiques Cinéma

J’AI VÉCU L’ENFER DE CORÉE (The Steel Helmet) (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

steel helmet affiche cliff and co

SYNOPSIS: Durant la Guerre de Corée, le sergent Zack, puissant mais usé et acariatre, est aidé par un jeune orphelin coréen. Ils se joignent ensemble à un petit groupe de soldats américains. Le groupe tombe sur un temple bouddhiste et décident de s’y installer, le croyant laissé à l’abandon…

Si les deux guerres mondiales puis le Vietnam ont largement nourri le cinéma américain et produit des films qui ont résisté à l’épreuve du temps pour rester des références du genre, la guerre débutée en 1950 après que la Corée du Nord, soutenue par les Russes et l’armée chinoise, tenta d’envahir la Corée du Sud, n’a produit que peu de films majeurs et intemporels. Ce conflit, survenu en plein MacCarthysme et opposant les boys à l’ennemi communiste, était un sujet trop brûlant pour que les grands metteurs en scène américain puissent se livrer à l’examen de conscience attendu et nécessaire dans ces temps de guerre. Pour n’en citer que quelques uns, des films comme The Manchurian Candidate (John Frankenheimer, 1962), Pork Chop Hill (Lewis Milestone, 1959), The Bridges at Toko Ri (Mark Robson, 1954), aussi réussis soient-ils, prennent pour cadre la guerre de Corée mais ne bousculent pas le spectateur et la doxa américaine. Il aura fallu l’esprit contestataire d’un ancien combattant de la seconde guerre mondiale, la détermination d’un homme dont les convictions politiques passaient avant son plan de carrière, pour porter, six mois à peine après le début de la guerre et avec un micro budget, un projet aussi engagé que The Steel Helmet.

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Le troisième film de Samuel Fuller est celui qui l’imposa comme une figure incontournable du cinéma américain mais aurait pu aussi être celui qui allait briser sa carrière. Accueilli par une partie des critiques et par les conservateurs comme un film pro communiste, il valu à son metteur en scène et scénariste d’être l’objet d’une enquête du FBI et lui a fermé les portes de l’armée auprès de laquelle il avait souhaité se documenter pour son scénario. Si cette guerre intéresse Fuller ce n’est pas pour sa dimension héroïque et épique mais pour ce qu’elle lui permet de dire sur l’Amérique. A travers ce film et notamment sa galerie de personnages (un enfant victime de la guerre, un prisonnier, un sergent vétéran de la seconde guerre mondiale, un infirmier noir, un soldat d’origine japonaise), Samuel Fuller interroge le passé et la conscience de son pays en recréant, au sein de ce théâtre de guerre, un microcosme. The Steel Helmet est  le récit de soldats dont la survie au sein de ce chaos ne tient parfois qu’à ce dérisoire casque d’acier, devenu un porte chance pour le Sergent Zack (Gene Evans), mais c’est aussi le récit d’une nation qui cherche à projeter une l’image d’une nation forte alors qu’elle est en réalité terriblement fragile et inégalitaire.

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Lorsque le prisonnier nord-coréen interroge l’infirmier noir et le soldat d’origine japonaise sur leur engagement pour ce pays qui les a traités, ou les traite encore, comme des citoyens de seconde zone, c’est Samuel Fuller qui interroge la conscience de l’Amérique, lui tend un miroir et la force à regarder en face les injustices de ce modèle de société qu’elle prétend vouloir exporter et imposer. Pour la première fois est ainsi évoqué le sort des américains d’origine japonaise qui, en pleine paranoïa post Pearl Harbor, furent internés dans des camps de détention. Ce racisme d’État est encore évoqué avec le personnage de cet infirmier noir, engagé sans équivoque aux côtés de son pays qui accepte son sacrifice mais lui refuse les mêmes droits que ses compatriotes et  lui enjoindra de s’asseoir au fond du bus, une fois revenu au pays. Fuller ne traite pas ce personnage comme une figure sacrificielle. S’il déclare accepter sa condition pour le progrès qu’elle représente par rapport à ses ancêtres, il n’est pas question pour lui de s’y résigner et renoncer à obtenir le même statut. De simple infirmier rudoyé par le sergent, sa place dans le film comme au sein de ce bataillon reconstitué évoluera et dessine les contours du changement à venir que Fuller appelle clairement de ses vœux.

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Ce n’est pas tant la guerre de Corée qu’il montre dans The Steel Helmet mais la guerre telle qu’elle est avec ces hommes si différents tous sommés de se battre pour leur pays, pour certain des professionnels de la guerre ne se faisant plus aucune illusion sur le prix de leur vie (cela est dit clairement par le sergent Zack après la mort d’un soldat dont il ne voit pas l’utilité de se risquer à récupérer le corps pour l’inhumer). Dans une guerre on rencontre aussi des enfants perdus au milieu du champ de bataille, laissés seuls sur les routes, sans famille. Cela avait profondément marqué le soldat Fuller alors membre de la prestigieuse Big Red One et cette figure de l’enfant abandonné est reprise par le soldat devenu cinéaste avec le personnage de Short Round, surnom donné par le sergent à ce jeune nord coréen rencontré après avoir échappé à la mort qui a frappé le reste de son bataillon. Ce personnage a par ailleurs inspiré à Steven Spielberg celui du petit garçon chinois, lui aussi surnommé Short Round, qui accompagne Indiana Jones dans le 2ème volet de ses aventures. Les personnages de Samuel Fuller ne sont pas là pour jouer les utilités au service d’un récit plus grand qu’eux, pas plus qu’ils ne sont là pour apporter une satisfaction au spectateur. Les bons sentiments, les happy end sont étrangers au cinéma de cet écrivain engagé, ancien journaliste, ancien combattant, qui se saisit d’une caméra avec la même rage que de sa plume, non pour plaire à un gros studio mais pour faire passer ses idées .  En pleine guerre, qui plus est en plein MacCarthysme, il a eu le cran de montrer à l’Amérique qu’elle n’est pas infaillible, qu’elle aussi commet des crimes et qu’avant de s’attacher à combattre ses ennemis extérieurs, elle devrait combattre les inégalités et les injustices qui la rongent. A l’heure où le cinéma américain tend à devenir une simple entreprise de divertissement (voire d’abrutissement), The Steel Helmet et au delà, la filmographie de Samuel Fuller, sont là pour nous rappeler à quel point notre époque, si agitée, manque cruellement de cinéastes engagés.

A lire aussi sur Samuel Fuller : Critique de Le Port de la Drogue

Films, rencontres, conférences, spectacles Du 3 janvier au 15 février 2018 à La Cinémathèque Française

steel helmet affiche cliff and co

Titre Original: THE STEEL HELMET

Réalisé par: Samuel Fuller

Casting : Robert Hutton, Gene Evans, Steve Brodie …

Genre: Drame, Guerre

Sortie le: 2 février 1951

Distributeur : –

4,5 STARS TOP NIVEAU

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