ENTRETIENS

Entretien avec Lucien Jean-Baptiste et Firmine Richard : « J’ai attendu d’avoir l’envie, d’avoir l’idée… »

Rencontre successive dans un grand hôtel parisien avec Lucien Jean-Baptiste acteur et réalisateur de La Deuxième Étoile qui sort en salles le 13 décembre et avec Firmine Richard qui joue sa mère. Huit ans après le succès de La Première Étoile, cette suite très attendue pourrait être l’une des comédies familiales de la fin d’année. Entretien avec deux personnalités différentes mais complémentaires.

Pourquoi avoir mis 8 ans à faire La Deuxième Étoile?

(Avec l’accent) Parce que je suis martiniquais et que je suis lent (Rires) Non parce que j’avais d’autres histoires à raconter avant et puis il fallait une idée, on ne fait pas des films à la commande. Ce n’est pas parce que vous avez un film qui s’appelle La Première Étoile que vous êtes obligés de faire La Deuxième Étoile et vous êtes encore moins obligé si vous n’avez rien à raconter. J’ai attendu d’avoir l’envie, d’avoir l’idée, je ne me suis pas précipité et puis un jour je rentre chez moi et ce sont mes enfants qui m’ont donné l’idée de La Deuxième Étoile. Les gamins aujourd’hui ils sont tous devant leur portables, hyper connectés mais en fait ils sont déconnectés de la famille. Je me dis « ça va être quoi maintenant les soirées? Ça va être ça ? » Dans le temps nos grands-parents, il y avait le feu de cheminée, ils se racontaient les contes, les histoires… Après on a inventé la télé. Il y avait un seul écran. Aujourd’hui tout le monde est dans son coin avec son truc et je suis aussi fautif parce qu’il m’arrive souvent de me mettre aussi dans ma bulle comme ça. Et je me suis dit « Tiens, il faudrait que je parle de ça ». Mais avec qui parler de ça? Et là j’avais mon idée pour La Deuxième Étoile. J’ai sorti ma petite famille de cinéma qui est le copié collé de ma famille dans la vie et je me suis dit je vais parler de ça. J’ai fait un film pour mes enfants, pour qu’ils comprennent que c’est bien d’être soudés un petit peu.

 

Comment s’est déroulée la phase d’écriture de ce deuxième volet ?

Ça a été très long parce qu’il y a des périodes où je me disais « Tiens je vais les emmener à la mer », « je vais les emmener là »… et puis après je disais mais non, tout ça c’est du fake. Quelle est la période de paix, d’amour et de réconciliation, c’est Noël bien sûr. Il faut que je mette ça en confrontation, ces gamins hyper connectés qui vivent chacun dans leur coin et Noël qui dit « Rassemblez-vous » etc… Donc je me suis dit « Jean-Gabriel va prendre sa petite famille et va les emmener fêter Noël à la montagne« . Et quand Jean-Gabriel décide d’organiser quelque chose, c’est toujours un peu la merde. Donc à partir de là on a construit tout ça.

 

Il y a une évolution sociale de la famille dans ce second film. Ça correspondait à une évidence pour vous ?

Oui j’avais envie de ça. Je parle de moi et c’est vrai qu’aujourd’hui moi financièrement ça va bien, je ne suis pas Donald Trump mais ça va et il est vrai que mes enfants n’ont absolument pas les mêmes problèmes que moi et c’est vrai que pour eux aller au ski c’est normal. Mais bizarrement, aujourd’hui alors que ça va, j’ai plus de mal à réunir ma famille que ma mère à l’époque quand elle faisait ses Noël où on était tous là ensemble unis, réunis. Ce film c’est aussi parler des difficultés à réunir sa famille au sens large. Mais tout le monde a son truc à faire de son côté, ce sont les aléas de la vie c’est comme ça et c’est pour ça que je voulais appuyer dessus. C’est la raison pour laquelle il y a des nouveaux comme le beau-père. Je me dis que le beau-père qui n’a jamais aimé mon personnage va peut-être tomber les armes en cette période de Noël qui est un temps de paix.

Faire un film comme ça en ces temps plus que troublés avec des valeurs familiales et de partage, c’est quelque chose qui vous tenait aussi à cœur par rapport à l’époque dans laquelle on vit?

Oui oui tout à fait, ce sont de vraies interrogations que j’ai. On est dans une période en pleine mutation que ce soit politique ou sociétale, il y a un vrai mouvement. Mes films s’inscrivent là-dedans, dans cette réflexion, je veux qu’on y pense tous ensemble. Les contours ne sont pas encore définis donc tout est possible. Je ne suis pas un conservateur, c’est pas ça, j’aimerais juste qu’on y pense.

Ce sont sans doute les hasards du calendrier, mais vous avez deux films qui sortent en 2017. Ils ont été faits dans la continuité ?

Peu de gens m’en parlent mais c’est bien, il y a un mec qui a vu que j’avais travaillé et que j’avais un film sorti en début d’année et un deuxième en fin d’année (Rires) Je pense pas qu’on soit beaucoup de réalisateurs français à avoir fait ça. Ils ont vraiment été faits en parallèle, pendant que je faisais le montage de l’un, j’écrivais l’autre, c’était vraiment du boulot. Je suis boulimique de travail mais là il faut que je me calme parce que mes enfants m’appellent monsieur, ma femme croit que je suis le facteur (Rires)…

 

Comment se passe le travail plus spécifiquement avec Firmine Richard ? On sent presque une jubilation quand vous êtes ensemble à l’écran.

Mais Firmine elle a la vis comica, elle pourrait lire le bottin elle est drôle. C’est magnifique une actrice comme ça et surtout Firmine c’est ma mère, c’est un copié collé et elle vient créer un nouveau type de personnage dans le cinéma français. Avant il y avait la mère juive, la mère pied-noir pleine d’éloquence ou la mamma italienne et bien maintenant il y a la maman antillaise. Comme j’aime à lui dire, « là tu n’es ni infirmière, ni femme de chambre », tous les rôles stéréotypés qu’on peut lui donner, « tu es une mère, une grand-mère, une femme » et pour couronner le tout elle représente ma mère. Quand j’écris les répliques pour Firmine, je pense à ma mère et ça vient tout seul. Et comme elles ont le même accent, ça marche super.

Vous croquez des seconds rôles assez savoureux interprétés notamment par François Bureloup, Medi Sadoun… Est-ce que c’est important pour un réalisateur de soigner ses seconds rôles? C’est une chose de plus en plus rare dans le cinéma français.

Je suis très frustré sur mes films parce que mes personnages, ceux que j’interprète ne peuvent pas se perdre. Je ne peux pas m’écrire des rôles jusqu’au-boutiste donc je me venge sur tous les seconds rôles, je les emmène très loin. Avec eux je me permets ce que j’aimerais que les réalisateurs s’autorisent avec moi, je les emmène très loin. Par exemple, Edouard Montoute, je lui fais faire une performance à la Di Caprio toutes proportions gardées,  comme j’avais fait dans Il a déjà tes yeux avec Vincent Elbaz, ce personnage complètement dingue. On m’avait dit que c’était génial. Je leur donne ce que j’ai trop peu dans le cinéma français, un vrai personnage sur lequel on fait un vrai travail à la table en amont. Et puis c’est là où je peux le mieux m’exprimer. Moi je n’ai pas de formation de réalisateur mais j’ai une formation d’acteur donc c’est là où je m’exprime le mieux et comme avec mon équipe technique ça roule, ils savent que j’ai besoin de ce temps de travail avec les comédiens. Donc on bosse beaucoup en prépa parce que j’ai peu de temps de tournage, mais on a bien travaillé avant, donc une fois sur le plateau, je passe plus de temps sur un comédien que sur un cadre ou une lumière.

Et l’arrivée d’un comédien aguerri comme Roland Giraud dans la famille ça s’est passé comment ?

L’arrivée de Roland Giraud ça a été magique. Je ne lui ai pas fait faire d’essais, j’en avais pas envie et je savais qu’il avait de toutes manières le potentiel. Quand il m’a dit qu’il avait fait la guerre, qu’il jouait du cor, j’ai pris tout ça. Et puis surtout c’est un monsieur qui a une fêlure et je savais qu’on pourrait partir d’un personnage à la Papy fait de la résistance pour arriver à un personnage rhomerien très intérieur, très posé. Et sa relation avec le petit est magnifique. Avant le tournage de la scène qu’ils ont ensemble il m’a dit « Tu sais Lucien, je n’aurais jamais de petit-fils« . Je lui ai dit « Ba voilà donc je n’ai rien à vous dire, faut jouer maintenant, restez là-dessus » et ça a donné ce moment merveilleux.

Il y a aussi une très jolie séquence en hommage à Bernadette Laffont. Vous pouvez nous en dire un mot ?

Vous vous rendez compte, il y a quand même des gens qui m’ont demandé par qui j’allais remplacer Bernadette. Ça je trouve c’est le sommet du cynisme du cinéma. Quand j’ai écrit La Première Étoile qui était une histoire personnelle à 85% autobiographie, je ne démarrais pas une franchise, j’écrivais pas Tintin ou Astérix. Je me devais de rendre hommage à Bernadette avec qui j’étais devenu ami, une vraie amitié hein, pas une amitié de showbiz. Elle m’avait ouvert son cœur et je lui avais ouvert le mien, on était restés très proches et j’avais beaucoup de mal à imaginer La Deuxième Étoile sans elle et je m’étais dit que si je faisais le film, il fallait que je lui rende hommage. Moi j’avais fait le plan où je rentre dans le chalet et où je vois sa photo mais c’est Sahra Mekki la monteuse, qui a eu cette belle idée de mettre des images du premier film en plus et là j’ai eu les larmes et voilà.

 

C’est quoi pour vous un bon film de Noël ?

C’est un Capra. Un bon film de Noël c’est La Vie est Belle.

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Comment vous décririez votre personnage et est-ce que vous avez senti une évolution dans votre jeu par rapport au premier film ?

Non pas forcément parce que le personnage de Bonne Maman s’inspire de la mère de Lucien et il représente pour moi une femme comme ma mère qui est venue ici dans les années 60 pour donner une meilleure vie à leurs enfants, ce sont des femmes que j’appelle des femmes courage et je suis très honorée d’incarner un tel personnage qui est authentique. Dans La Deuxième Étoile, elle n’est pas sur place et on la voit arriver avec un cochon, ce qui est un clin d’œil de Lucien à la tradition de Noël qui comprend Chanter Noël, le porc et la messe de minuit.

Quel type de réalisateur est Lucien Jean-Baptiste ?

Il sait de quoi il veut parler. Quand il arrive sur le tournage le matin il est en pleine forme et dégage une vraie énergie alors qu’il est devant et derrière la caméra mais comme il raconte des histoires authentiques il sait de quoi il parle, il est très juste et les gens le suivent de bon coeur.

C’est votre troisième film ensemble. Comment a évolué votre collaboration depuis le début ?

Entre deux films on ne se voit pas du tout parce qu’il est très pris, il fait autre chose, il joue en tant qu’acteur. Là j’attendais qu’il m’appelle pour me dire qu’on allait faire La Deuxième Étoile. C’est comme pour Dieu Merci quand il m’a appelé il m’avait dit qu’il avait une histoire qu’il avait envie de raconter, qu’il voulait que je sois sa mère et j’ai dit ok que j’étais partante.

On ressent presque une jubilation quand vous êtes ensemble à l’écran…

Oui parce que nous formons une famille et c’est une famille que je connais. Je connais la famille antillaise, nous nous racontons, nous ne sommes pas caricaturés, nous parlons de nous et nous ne pouvons qu’avoir du plaisir à nous raconter. On nous a tellement racontés et caricaturés que quand nous pouvons nous raconter nous et partager nos histoires avec les autres nous prenons du plaisir à le faire parce que c’est nous.

Et comment s’est passée la rencontre et la collaboration avec Roland Giraud ?

Tout le monde connait Roland Giraud et le travail s’est vraiment bien passé avec lui. Il est adorable, c’est un homme agréable même si il était vraiment le personnage tel qu’on le voit à l’écran : Lunaire, pète-sec, militaire mais adorable.

Et les retrouvailles avec les jeunes comédiens qui jouent vos petits enfants ? Vous les avez trouvés changés ?

Forcément. Entretemps certains ont pu travailler et ils ont pris conscience de ce qu’était le cinéma. J’ai trouvé des ados qui sont dans l’air du temps.

Qu’est-ce qu’un bon film de Noël pour vous ?

Tout dépend de l’histoire qu’on veut raconter. Nous nous avons parlé du Noël antillais mais un bon film de Noël c’est un film où l’on va raconter quelque chose où on va faire passer une émotion quelconque. Je pense que les gens ont envie en ce moment d’avoir des histoires drôles, des histoires gaies. Forcément si à Noël on leur raconte des histoires de famille ils peuvent s’identifier et ça peut les faire rêver. C’est une période où on peut se retrouver et se rassembler.

Depuis vos débuts au cinéma dans Romuald et Juliette vous trouvez que le cinéma a changé et si oui de quelle manière ?

Maintenant tout le monde peut faire des films donc oui ça a changé. Beaucoup plus de films sortent chaque semaine mais leur qualité est très diverse et je pense que ce que j’ai vécu à la sortie de Romuald et Juliette en 1988 ça ne ressemble en rien avec ce que l’on va vivre avec La Deuxième Étoile, ni même avec ce qu’on a vécus pour La Première Étoile.

Vous recevez plus de propositions diversifiées qu’à l’époque ?

Pas tant que ça. J’ai lu un synopsis il n’y a pas tellement longtemps que j’ai trouvé très audacieux mais aussi très casse-gueule. Je lis des pièces aussi, j’ai lu un projet de série. Des choses se présentent mais pas tant que ça, je ne reçois pas deux ou trois scenari chez moi par jour. Mais je ne me plains pas, je suis parmi les comédiennes noires qui travaillent un peu plus dans le milieu mais c’est toujours aussi difficile pour les femmes et pour les femmes noires dans ce cinéma-là.

Quels sont vos prochains projets ?

Je serais dans Le Rêve Français sur France 2 réalisé par Christian Faure et qui traite du bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer NDLR) J’ai accepté volontiers et j’avais déjà travaillé à deux reprises avec Christian Faure mais il ne m’imaginait pas dans un tel rôle parce que j’avais fait des comédies avec lui. Quand à la fin du film il m’a dit que je l’avais bluffé je lui ai juste dit que j’étais une comédienne. Je suis ravi d’avoir eu l’opportunité de le faire et j’espère que France Télévisions va bien le programmer parce qu’il le mérite. Sinon je me remets pour l’instant d’une prothèse que l’on m’a mise au genou droit mais là je lis des choses pour l’année prochaine et en janvier je verrais ce qui se décante.

Propos recueillis par Fred Teper

Un immense merci à Morgane Paul de l’agence Okarina

 

 

 

 

 

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