Critiques

PARIS ETC. (Critique Saison 1) Des fragments de vie entre gravité et émotion…

SYNOPSIS: Cinq façons d’être, de pleurer, de hurler de rire, de rater le bus, de serrer les dents, de jouir, de ne pas jouir, de boire trop, de grandir, de résister, de faire un enfant ou pas, de ne pas vouloir rentrer chez soi… Cinq façons d’aimer. Cinq héroïnes du quotidien qui traversent Paris, depuis la rentrée des classes jusqu’aux vacances de Noël.

La Création Originale Canal Plus a donné lieu à de nombreux rendez-vous depuis 2005 et la première saison d’Engrenages. Les dernières nées (Guyane, Baron Noir, Versailles, Le Bureau des Légendes …) sont toutes plutôt sombres et du format traditionnel de 52 minutes et, à l’exception notable de Kaboul Kitchen, le format roi américain de 30 minutes, était plutôt délaissé jusque là. C’est désormais visiblement réparé. Avant Vernon Subutex adapté de la trilogie de Virginie Despentes, c’est Paris Etc. qui épouse cette durée pour douze épisodes qui composent une première saison très attendue. Sur une idée originale de Maïwenn (a t-elle été inspirée par son expérience dans Les Parisiens de Claude Lelouch où elle jouait en 2004 ?), qui a participé un temps au développement et à l’écriture, Paris Etc. a été écrite par Zabou Breitman (qui réalise également l’intégralité des 12 épisodes) et la romancière Anne Berest. Près de 4 ans d’écriture pour une série de prestige auxquelles de nombreuses personnalités du cinéma prêtent leur concours nous faisant nous demander si ces artistes aussi talentueux soient t-ils n’allaient pas nous faire « une série comme un long film » comme on a coutume de l’entendre dire. S’adapter au média qu’on embrasse est déjà un premier gage de sérieux et force est de constater que l’équipe créative qui préside aux destinées de Paris Etc. nous semble avoir respecté cette évidence.

Ces douze segments construits pour nous raconter cinq parts d’humanité, cinq façons d’être une femme au XXI ème siècle dans la capitale française en développant la narration de l’automne à l’hiver fonctionnent à l’instar des kaléidoscopes, nous donnant à voir des fragments de vie et nous tendant un miroir pour nous y retrouver lorsque les morceaux épars se rassemblent et forment un tout cohérent. C’est la qualité et le défaut majeur de cette première saison : raconter des bouts de l’existence de ces femmes, sans cohésion apparente, sans une histoire forte en filigrane qui permettrait à la charpente de tenir sans peine et de passionner puis de faire s’emballer le téléspectateur. Si certains resteront hermétiques à cette construction évanescente qui semble nous échapper dès lors que l’on cherche à la capter, d’autres, dont nous sommes, se laisseront prendre au récit des tribulations de ces cinq héroïnes, vivantes, vibrantes, faillibles, amoureuses, naïves, brisées ou en reconstruction. Paris Etc. c’était aussi la promesse d’être en prise directe avec la ville comme pouvait l’être New York dans Sex and The City par exemple mais si la série avance au rythme des pulsations de la ville dont on prend le pouls à intervalles réguliers, on regrettera qu’elle ne soit pas encore plus en prise avec la vie extérieure, les monuments, les endroits emblématiques de la capitale, certains se contentant de n’être que des passages touristiques obligés, n’apportant rien de plus à la narration qu’un cadre propice à nous faire vagabonder dans les rues. Passées ces réserves, voici une série belle, élégante, à l’émotion diffuse qui parvient à nous emporter dans son sillage, dès lors que sa petite musique, sa singularité, son charme et sa densité dramatique ne nous enveloppent.

La grande force de Paris Etc. c’est sa distribution pléthorique et exceptionnelle: Valeria Bruni Tedeschi, Anaïs Demoustier, Naidra Ayadi, Lou Roy-Lecollinet, Zabou Breitman, Bruno Todeschini, Yannick Choirat, Hippolyte Girardot, Niels Schneider, Denis Podalydès, Noémie Lvovsky, Judith El Zein, Mélanie Doutey, Jacques Boudet, Michèle Moretti, Thomas VDB, Esteban, India Hair… excusez du peu, mais la qualité de l’interprétation, la justesse des situations font de la série un objet tantôt attachant, tantôt intriguant mais toujours sincère et doté d’un vrai parti pris artistique se permettant de bousculer la narration avec des retours en arrière dans le récit,  des scènes montrées de différents points de vue ou des images d’archives qui apparaissent çà et là. En prise avec la réalité (les attentats sont évoqués au détour d’une réplique, le harcèlement sexuel, les idées opposées sur l’éducation des enfants, la stigmatisation des minorités…) la série se pare également de séquences oniriques, décalées voire absurdes (pas toutes justes, ni réussies soyons honnête) qui lui confèrent son identité et sa personnalité. Si la série nous conte les destins croisés de cinq Parisiennes d’âges et de milieux différents, disséminées dans différents quartiers de Paris, chacune confrontée à sa crise de la « dizaine », « leurs histoires d’amour, de cœur, de sexe, d’amitié, de famille, leurs secrets, leurs fantasmes, leurs peines et leurs névroses » comme le dit le dossier de presse… la série n’en oublie pas pour autant de parler aussi de leurs hommes et de leurs enfants.

Paris Etc. parvient la plupart du temps à mixer réalisme et poésie, mais n’échappe pas pour autant à certains scories, le personnage de Lou Roy-Lecollinet notamment, aussi touchant et intéressant qu’il soit, ne résiste pas toujours à une naïveté poussée à l’extrême, qui confine à plusieurs reprises à la caricature. Mais comme chacune des cinq femmes au cœur du récit, elle est un personnage en mutation dont la trajectoire est plus complexe qu’il n’y parait. On se surprend pourtant à se laisser prendre par une atmosphère ouatée, où l’émotion nous souffle par instants (un monologue puissant de Valeria Bruni Tedeschi au téléphone dans le 3ème épisode, les réactions à fleur de peau à deux ou trois reprises de Naidra Ayadi, la douleur et les doutes du personnage d’Anaïs Demoustier face aux drames qu’elle traverse…). Cette dramédie polyphonique, qui passe par l’humour et la gravité, qui nous bouleverse ou nous séduit par sa sensibilité brute (grâce aussi à une musique, absolument splendide signée Benjamin Biolay, Keren Ann et Alexis Rault), qui sait être impertinente et crue, raconte en fait subtilement l’influence des rencontres sur les destinées dans le brouhaha de la vie. « J’ai pleuré partout dans tous les quartiers de Paris » dit à un moment le personnage de Valeria Bruni Tedeschi. On se croirait dans du Lelouch et vu de notre fenêtre c’est un beau compliment.

Crédits: Canal +

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