Critiques

UN VILLAGE FRANÇAIS (Critique Saison 7 Partie 2) Choisir et réussir sa sortie…

SYNOPSIS: Dans les derniers épisodes, la série offre aux spectateurs une nouvelle perspective : ayant fouillé la vie privée et la psychologie des personnages durant soixante-six épisodes, que peut-on deviner de leur avenir ? Que sont devenus Daniel, Hortense, Bériot, Lucienne, Antoine, Suzanne, Gustave, dix, trente, soixante ans après la déflagration de l’Occupation ? Comment ont-ils été marqués ? Qu’ont-ils oublié, ou refoulé, au risque des examens de conscience tardifs ?

Mettre fin à une série qui aura marquée de sa finesse, de son intelligence et de son importance la télévision française n’est pas une chose aisée. Choisir sa sortie est un luxe, la réussir est une gageure. Avec la seconde partie de sa saison 7 et sa salve de six derniers épisodes Un Village Français réussit l’impossible avec une force et une intensité bouleversantes. Comme nous le confiait l’an dernier Frédéric Krivine, créateur (avec Philippe Triboit et Emmanuel Daucé) et showrunner de la série, dans cette seconde partie de la saison 7 « on est beaucoup plus tourné vers l’avenir, car il y a des séquences qui se passeront des décennies plus tard. La première moitié de la saison était consacrée à la construction des mémoires et la seconde moitié de la saison sera consacrée à comment est ce que la mémoire permet d’imaginer ce qui peut se passer plus tard. » (entretien intégral à lire ici ) Une note d’intention respectée et qui va même au-delà de ce simple postulat. C’était gonflé de choisir de sortir de la narration « classique » que la série a magnifiquement fait sienne depuis ses débuts et de basculer dans le futur. Gonflé de nous montrer les personnages que nous suivons passionnément se présenter à l’écran, grimés, afin de donner l’illusion de la vieillesse. Sauf que ces ultimes épisodes ne nous donnent pas une illusion à voir mais une réalité palpable à découvrir. Grâce à des maquillages réellement bluffants et par la grâce de récits brillants, cette ultime saison d’Un village Français continue d’éclairer l’Histoire et ses conséquences à coups de flashbacks et donc de flashforward parfaitement amenés !

Découvrir ce que sont devenus Hortense, Daniel, Raymond, Antoine, Lucienne et consorts, voir les stigmates du temps sur leurs visages (leurs voix restant intelligemment quasiment les mêmes), comprendre comment ce qu’ils ont traversés a influé sur leurs existences, le tout éclairé par des évènements du passé, voir leurs tentatives de reconstruction, les souffrances qu’ils ont endurés et leur recherche d’apaisement tout en essayant de vivre avec le poids de l’histoire qui les hante, voici les enjeux de ces derniers épisodes. Forts en émotions, intenses et denses, cette fin permet à Un Village Français de sublimer cette œuvre moderne et envoûtante qu’elle est, capable de nous apporter, par le truchement d’un montage d’une fluidité étonnante, des conclusions à la hauteur de toutes ces immenses figures qui auront marquées l’histoire de la télévision française. Des destins souvent lourds de ce qu’ils ont vécus durant la guerre, des luttes intérieures pour supporter l’horreur et surtout vivre avec, des personnages qui vivent ou qui meurent sous nos yeux et dont on comprend encore avec plus d’acuité ce qu’ils ont traversés, ce qu’ils ont dû faire preuve, soit de probité pour certains ou de compromissions pour d’autres. Dans ces derniers épisodes ce sont aussi les non-dits qui racontent la petite histoire et les destinées de ces gens ordinaires. Ces sauts dans le temps, alors que la Grande Histoire se trouve elle désormais dans les manuels scolaires, offrent un nouvel éclairage sur la vie des personnages.

Brillamment écrits par Frédéric Krivine (aidés pour le développement des intrigues par le sacro-saint atelier d’écriture où officiaient cette saison Marie Roussin, Brigitte Bémol, Emmanuel Salinger et Hugues Girard) ces derniers épisodes doivent également beaucoup à la mise en images et à la réalisation de Jean-Philippe Amar qui rend justice à ces dernières heures passées auprès des habitants de Villeneuve. Jamais dans l’emphase ou la démonstration, avec des choix justes et précis de mise en scène et des intentions claires, filmant au plus près les visages marqués ou tendus, moins souvent apaisés, la mise en scène contribue à faire monter le récit à son paroxysme émotionnel. Mais c’est surtout le montage qui fait des merveilles passant sans transition d’une année à l’autre, les séquences se répondant l’une l’autre comme une réponse aux problématiques posées des décennies auparavant.

Les comédiens qui ont portés leurs personnages des années durant ont droit à des adieux chiadés et chacun d’entre eux quitte son alter ego avec une émotion surmultipliée. De François Loriquet  à Emmanuelle Bach en passant par Martin Loizillon, Constance Dollé ou Bernard Blancan, ils livrent chacun des prestations étonnantes, dramatiques, émouvantes ou déchirantes. Mais on retiendra plus encore quatre des comédiens emblématiques de la série, quatre des personnages tellement caractéristiques de l’ADN d’Un Village Français: Thierry Godard, Marie Kremer, Audrey Fleurot et Robin Renucci. Ils ont tous les quatre droit à des séquences absolument bouleversantes. Il faut voir Thierry Godard chevaleresque fort et digne malgré la litanie des épreuves, Marie Kremer capable d’incarner avec tant de douceur et d’émotion les difficultés auxquelles Lucienne est confrontée, consumée de l’intérieur et dévouée jusqu’au vertige. Il faut voir Audrey Fleurot, donner corps aux luttes effroyables d’Hortense contre la folie avec une vérité, un dénuement et une puissance indescriptibles. Et enfin il faut voir Robin Renucci épouser les tourments et les sentiments de Larcher avec une maîtrise infinie telle la clé de voûte de la série qui jusqu’au bout essayera de sauver ce qui peut encore l’être. La grande histoire désormais derrière eux laisse les personnages, au crépuscule de leur existence, devant régler les ultimes comptes que la vie leur tend. La saga Un Village Français s’éteint et laisse ces hommes et ces femmes se glisser désormais dans les pages des livres d’histoire. On repense mentalement aux évènements qu’ils ont traversés, comme on tourne les pages d’un album de photos de famille, on les revoit, comme s’ils étaient nos proches, leur vérité étant désormais la nôtre. Eux c’est nous et le village peut désormais continuer de bruisser des bruits de la vie, il nous restera pour toujours l’écho de ce qu’il fut ainsi qu’une indélébile et unique histoire de télévision.

Crédits: France 3 / Tetra Media Fiction

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