Critiques

BROADCHURCH (Critique Saison 3 Episodes 3×01 – 3×06) Avec pudeur et sans surenchère…

SYNOPSIS: Trois années se sont écoulées dans la petite ville meurtrie de Broadchurch lorsqu’Alec Hardy et Ellie Miller sont appelés pour enquêter sur la sauvage agression sexuelle d’une habitante, Trish Winterman. La scène du crime semble conduire à une fête à laquelle une centaine de personnes a participé, et tout laisse à penser que cet acte odieux pourrait ne pas être qu’un malheureux concours de circonstances, mais un acte prémédité… Quels sombres secrets restent encore enfouis dans cette petite ville pourtant si minutieusement ratissée ? Et les questions restées en suspens autour de la mort du petit Danny Latimer trouveront-elles enfin des réponses ?

En 2013, Broadchurch débarquait sur les écrans via ITV et a, depuis, contribué à chambouler complètement le paysage télévisuel sur le créneau des whodunnit en vase clos. On citera, dans son sillage, l’islandaise Ófærð (Trapped), la belge La Trêve ou encore la déclinaison française Malaterra (toutes diffusées par France Télévision… quel flair !). Le génial Chris Chibnall a su s’inspirer du meilleur de ce qui se fait chez nos voisins scandinaves – avec pour inspiration principale Forbrydelsen (The Killing) – en y apportant sa touche so british, pour un résultat déconcertant, à l’ambiance très singulière. Une petite ville balnéaire dont personne n’entend jamais parler, qui se retrouve en pleine lumière suite à la mort d’un petit garçon. Un inspecteur taciturne (David Tennant) venu coller des coups de pieds dans la fourmilière, assisté d’une flic du coin (Olivia Colman) qui connaît tout le monde. C’est le début d’un drame à la fois intime et social, qui se résoudra tant sur la scène publique que dans la sphère privée. Broadchurch, c’est l’autopsie d’un carnage, celui d’un fait divers qui fait voler en éclats la quiétude d’une petite bourgade et met en charpie ses habitants.

Dans Broadchurch, nul n’est épargné. Chaque épisode est secoué de soubresauts plus ou moins sordides, plus ou moins honteux, qui éclaboussent sans distinguo suspects, victimes et enquêteurs. A tel point que, lors de la diffusion de la première saison en Angleterre, les bookmakers s’en étaient donné à cœur joie pour pronostiquer sur le coupable potentiel ! L’écriture est dense, la mise en scène, toute en retenue, incroyablement pertinente. Une véritable maestria. Et si, dans la saison 2, l’intrigue se faisait plus confuse, c’était pour mieux enfoncer le clou de l’épilogue dévastateur de la parfaite première saison avec un procès sous haute tension. On était en droit de craindre, la saison 2 finie, qu’une 3ème saison voit le jour, par goût du succès mais sans réelle nécessité d’apporter quoi que ce soit de neuf à l’ensemble. Et pourtant…

« Ce qui me gêne avec cette enquête, c’est que j’ai honte d’être un homme. »

Hasard du calendrier ou signe des temps, l’intrigue principale de cette 3ème et dernière saison trouve un écho important avec l’actualité très chahutée de ces dernières semaines depuis le scandale Weinstein, qui a suscité le raz-de-marée que l’on sait. Cette fois, tout part d’une agression sexuelle qui, une fois n’est pas coutume, va révéler de multiples ramifications quant aux petits secrets d’une partie de la communauté de Broadchurch à laquelle on n’avait pas encore eu affaire.

On retrouve cependant le casting de départ post-trauma, dont Beth Latimer (Jodie Whittaker, le prochain visage de Doctor Who) et Mark Latimer (Andrew Buchan), avec un nécessaire état des lieux de leurs vies après la tempête. Un peu poussif en début de saison, l’enquête se révèle vite très prenante même si, sur le plan émotionnel, quelque chose semble parfois manquer. Le sujet est dur, et traité avec un mélange égal de pudeur et d’incompréhension, sans jamais avoir besoin – et c’est l’ADN de la série – d’avoir à verser dans la surenchère narrative ou visuelle. Alec Hardy (D. Tennant) un peu en retrait au début, cède du terrain à sa comparse Ellie Miller (O. Colman), tous deux secoués à part égale par les événements. Les hommes en prennent évidemment pour leur grade, sans gratuité aucune toutefois, tandis que les questions tourbillonnent autour des femmes : pourquoi garder le silence ? Pourquoi culpabiliser alors que l’on est victime ? Pourquoi craindre le regard des autres ? Pourquoi se sentir jugée parce que l’on est féminine et victime… etc. Bref, totalement d’actualité.

Dans un climat délétère de suspicion toxique, entre besoin de justice, de vengeance ou de rédemption, tous les personnages se débattent une dernière fois avec leurs démons, en quête d’un retour au temps de l’insouciance, quand Broadchurch était encore cet éden où il faisait bon vivre. Un tel retour est-il possible ? Réponse avec les deux derniers épisodes de la saison, diffusés lundi 13 novembre sur France 2 (avec, toujours, les précédents épisodes en replay).

Crédits : France 2

 

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