J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Higgins (Hommage à John Hillerman)

Cher Higgins,

Je viens d’apprendre la disparition du comédien qui vous prêtait ses traits, John Hillerman et je ne peux réprimer un pincement au cœur tant vous et lui par voie de conséquence, faisiez partie intégrante de ma vie de téléspectateur depuis qu’au début des années 80 j’ai découvert la série Magnum qui relatait les aventures de votre ami détective mais aussi les mésaventures qu’il vous faisait subir. Ne faites pas la moue quand je dis votre ami, vous avez beau tout tenté pour masquer ce sentiment, nous ne sommes pas dupes de ce que vous éprouvez pour Magnum avec qui vous avez partagé pas moins de 162 enquêtes. Certes vous étiez là pour lui mettre des bâtons dans les roues, mais avouez-le c’était devenu au fil du temps un jeu entre vous, ces escarmouches à fleurets mouchetés ? Si la mort de John Hillerman est un coup rude, fort heureusement on peut éviter de dire que vous allez nous manquer Jonathan, même si j’entends d’ici les plaintes de Zeus et d’Apollon, si je vois Rick ravaler ses larmes et si Terry est sûrement parti faire un tour en hélico pour tenter de se changer les idées. Vous n’allez pas nous manquer parce qu’il suffira toujours de glisser un DVD dans le lecteur (et bientôt un blu-ray qui restituera à n’en pas douter vos tenues immaculées et votre distinction inimitable) pour vous revoir vous escrimer (pas seulement avec le fleuret évoqué plus haut) face aux facéties de Magnum. Il suffira de se replonger dans cette série magique pour vous écouter à nouveau conter vos campagnes diverses et variées dans l’armée, vos anecdotes interminables sur vos exploits d’antan, vos stratagèmes pour placer Magnum dans l’embarras, vos organisations de charité, votre minutie à monter vos maquettes en allumettes où votre délectation à déguster un cigare ou un alcool de prix. Des goûts de luxe qui, pour un intendant, auront été jusqu’à créer la suspicion sur votre véritable identité. Et si finalement vous n’étiez ni plus, ni moins que Robin Masters cher Jonathan ? On ne pourra que le subodorer et ne jamais en avoir la certitude désormais. John Hillerman parti, vous apparaissez comme privé d’une partie de vous même, qui nous empêchera pour toujours de cerner les zones d’ombre que vous vous êtes ingénié à créer. Vos origines britanniques, votre apparence non feinte de gentleman qui prend toujours soin de tout, votre usage d’un vocabulaire toujours plus châtié tout cela et beaucoup d’autres choses encore, vous les deviez à John Hillerman. C’est la force d’un comédien d’habiter un rôle avec une telle force, de faire en sorte que se confondent le rôle et l’acteur, d’une telle manière qu’on finisse par ne plus voir la différence entre l’un et l’autre. Certes John Hillerman était apparu dans un grand nombre de séries télé (outre Arabesque et Simon & Simon où il vous prêtait encore vos traits cher Jonathan) et on l’avait vu au cinéma chez Peter Bogdanovitch, Clint Eastwood ou Roman Polanski, mais c’est vous, votre personnage qui en a fait une icône de l’histoire de la télévision américaine. Si c’est injuste pour l’acteur, vous, cher Higgins, y avez trouvé votre compte en terme de popularité.

Je regarde une photographie de John Hillerman puis me vient en mémoire comme un kaléidoscope de séquences où vous apparaissez cher Higgins, que ce soit en haut de l’escalier des dépendances de Magnum arborant votre air revêche ou lorsque vous portiez une attention assidue la sécurité de la propriété où encore quand vous vous entrainiez à la méditation, quand vous chouchoutiez vos fleurs ou que vous prépariez avec minutie une réception dont vous aviez le secret. Il ne se passe pas un épisode où vous n’évoquiez la stratégie militaire où bien où l’on vous voit prendre le thé avec Agatha Chumley votre amie qui vous a tant aidé dans les préparations des réceptions évoquées plus haut et avec qui vous pouviez être parfois assez sec bien que vous l’appréciez bien plus que vous ne le laissiez croire. C’est un peu comme avec Magnum en fait. Vous aimez les gens qui vous entourent mais votre pudeur naturelle vous contraint à garder une certaine distance pour que votre carapace ne soit pas percée au grand jour. Vous avez les manières de ces lord anglais, cette appétence pour l’élégance et l’usage de mots choisis avec soin. Votre passé d’élève officier, votre notion du devoir envers vos camarades, ainsi que votre passé familial tumultueux qui s’est dessiné au fil des épisodes de la série, tout ceci vous a caractérisé brillamment mais c’est John Hillerman qui vous aura donné votre identité Jonathan Quayle Higgins III, celle que l’on gardera pour toujours dans nos cœurs ainsi que ce surnom mutin que vous donnait Magnum. N’est-ce pas p’tit bonhomme?

Souhaitons un bon voyage à John Hillerman, Higgins vous voulez bien ? Restez stoïque si vous voulez, mais je vois bien l’émotion qui vous étreint. Asseyez-vous Higgins, servez-vous un verre de Whisky ou un Cherry, allumez un cigare, ouvre un bon livre, dispensez quelques caresses à Zeus et Apollon, et regardons s’éloigner votre silhouette dans le jardin de la propriété de Robin Masters. Tant que vous resterez à portée de nos vies, Jonathan, on supportera le poids de l’absence ou tout du moins on essayera.

Votre dévoué Fred Teper

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2 réponses »

  1. Un hommage de Sir Fred qui fait encore mouche par sa sincérité avisée. On attend avec impatience ceux de Thomas pour son frère d’arme qui le malmenait si bien.

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