Juste une mise au point

Juste une mise au point (Billet d’humeur) État du cinéma américain

J’ai grandi dans les années 90 et j’ai toujours vécu par et pour le cinéma américain. Mes films cultes sont quasi tous des films ayant été réalisés outre-atlantique. Et pourtant depuis une petite dizaine d’années, je ressens un petit malaise devant le peu d’engouement que me procure le ciné US. Où sont passés les films qui me mettaient mal à l’aise, qui brisaient mes certitudes en mille morceaux, qui me bousculaient ? Où sont les Kubrick, Spielberg, Scott, Scorsese, Coppola, Lucas, Friedkin, Polanski, Cimino, Allen, Friedkin, De Palma, Siegel, Lumet, Leone, Argento, Mann, Miller, Cameron de demain ? Étant un fan absolu des années 70 où chaque film apportait une vraie réflexion sur l’Amérique et plus généralement sur la condition humaine, j’ai un peu de mal à voir autre chose qu’une industrie rivée sur les chiffres du box-office du premier week-end.

Je pense tout d’abord que le meilleur film des années 2010 a été fait par un vieux monsieur de 70 ans du nom de Georges Miller. Ce réalisateur a réinventé l’action et la réalisation en un seul film. Mais surtout, ce qui transpire à tous les plans, c’est l’exigence absolue et le respect envers son public. Malheureusement tout ce qui a disparu dans le ciné actuel populaire américain. Une composante que j’avais finie par oublier avant de voir le film était le pouvoir de l’image. Tout peut passer par le montage, la réalisation ce qui va à l’inverse du ciné explicatif actuel. Tout doit être expliqué par l’image et surligné par les dialogues.

J’entends certains qui associent qualité des films et résultat du box office mais est-il simplement possible d’étudier des films comme Star Wars 7, Jurassik World, Fast and Furious 7, Avengers 1 et 2 et La Belle et la Bête ? Je n’en suis pas tellement convaincu.

Je ne suis pas un pessimiste de nature. L’entrée en salle est toujours un moment particulier pour moi, c’est toujours comme la première fois. J’ai décidé du film que je voulais voir et ce n’est pas un choix par défaut sinon je préfère regarder des vieux films chez moi. J’attends toujours quelque chose de spécial d’une séance.

Beaucoup de films m’ont plu cette année : La la Land, Moonlight, The Lost City of Z, Dunkerque, Ghost in the Shell, La Planète des Singes, Get Out, Detroit, Loving, Logan Lucky pour les films les plus connus et American Honey, The Rider, It comes at Night, Good Time pour des films plus confidentiels. Malheureusement je n’ai pas pu prendre encore ma claque annuelle comme je l’avais prise sur Gravity ou sur Mad Max, Fury Road. Je n’ai toujours pas vu A Beautiful Day avec Joaquin Phoenix qui pourrait bien être celui-là.

Je ne remets pas en cause leurs qualités indéniables mais il faut parfois remettre en perspective ces films avec des chefs d’œuvres du 7ème art et là, le compte n’y est pas.

Il m’est impossible de ne pas citer les films qui ne m’ont pas seulement déplu cette année mais profondément agacé. On peut noter deux constances de ces films : l’absence d’écriture des personnages (pour ne pas dire leur profonde stupidité) et l’absence de mise en scène. Pour ne citer qu’eux : La Momie, Wonder Woman, Life, Alien Covenant, Kong : Skull Island.

Par extrême mauvaise foi, je rajouterais mais ne les ayant pas vu: XxX Reactivited, Power Rangers, Fast and Furious 8, Le Roi Arthur, Pirates des Caraïbes, Transformers 5.

Je fais une parenthèse sur le cinéma de super-héros. Associer cinéma et supers-héros quand on parle du MCU et DCU me fait mal puisqu’on ne parle plus de cinéma. Je l’appelle d’ailleurs le cinéma ‘Touche pas à mon poste’. C’est débile, c’est laid mais c’est fun. L’exemple qui pour moi a été marquant cette année est la réception de Wonder Woman. De quoi a-t-on parlé pendant toute la promo du film ? De Patty Jenkins, première femme à avoir été choisie comme réalisatrice d’un blockbuster et du personnage de Wonder Woman, première super héroïne. Mais qui a parlé de la Direction Artistique la plus atroce de l’année, de l’absence de mise en scène, de la débilité des personnages, du méchant grotesque. Cela n’intéresse d’ailleurs plus personne bien évidement puisqu’on parle de cinéma. L’intérêt de ces ‘films’ est son score du premier week-end, son cast, ses suites, son reboot et ses dollars. Je tire d’ailleurs mon chapeau aux critiques de cinéma qui ‘analysent’ ces films quatre ou cinq fois par an et pondent une critique sérieuse. J’imagine le futur chef d’œuvre du cinéma que sera Justice League au regard de l’immondice du trailer faisant suite au plus grand attentat cinématographique de l’histoire du cinéma : Batman Vs Superman

Un autre phénomène qui m’a aussi interloqué est le Ça de Andy Muschetti. Un tapage médiatique aussi important me faisait dire que le réalisateur avait réalisé un très grand film mieux, il avait réinventé le cinéma d’horreur. J’allais sortir de la salle souillée et anxieux. Le résultat du box-office m’a fait un peu peur. Plus de 200 millions de dollars pour un film d’horreur ? Effectivement le film ne fait pas peur, ne met pas mal à l’aise, est bien fait, ni plus ni moins mais pour l’époque, les médias ont tranché : c’est le film à voir et à adorer. Même les films d’horreur deviennent grand public à mon grand regret.

Mais ces films ont toujours existé me dira-t-on. C’est vrai mais ils ne se prenaient pas au sérieux et on savait ce qu’on allait manger. J’ai d’ailleurs une certaine admiration pour les personnes qui débattent sur Thor ou Kong : Skull Island. Ces films ne racontent strictement rien ni à travers leurs personnages ni à travers leur histoire.

Mon souhait serait de retrouver des films du milieu avec des budgets confortables. Des réalisateurs comme Jeff Nichols ou James Gray sont très intéressants à suivre. Jordan Peele avec son Get Out est aussi à suivre.

Heureusement pour moi, il reste les séries : Game of Thrones, le meilleur blockbuster actuel, Narcos, sorte d’Affranchis de Scorsese, The Handmaids Tale, très grande série d’anticipation et The Deuce, grande série d’ambiance. La recette de ces réussites : de superbes acteurs et une écriture parfaitement ficelée. Le cinéma espagnol et coréen est aussi très intéressant (Sans Pitié et Que dios nos perdone par exemple)

Le cinéma américain devrait s’en inspirer quitte à ne pas satisfaire ses financiers. Mon souhait ? Retrouver des producteurs qui aiment le cinéma.

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