Critiques Cinéma

GANGSTERS (Critique)

SYNOPSIS: Dans un commissariat de police du 18ème arrondissement de Paris, deux suspects, Franck Chaïevski et une prostituée se nommant Nina Delgado, subissent un interrogatoire musclé. Ils sont accusés d’avoir organisé un hold-up sanglant qui a fait sept morts. Cinq policiers sont chargés de l’enquête. Mais parmi eux se trouvent deux ripoux prêts à tout pour récupérer les 100 millions de francs en diamants bruts. 

Lorsqu’il se lance en 2002 dans l’aventure du long métrage, Olivier Marchal est déjà une figure relativement connue de la télévision française. Outre son passage comme acteur et scénariste de la version moderne de Commissaire Moulin sur lequel il s’est fait la main, il a même été directeur de collection de la série. Suivront ensuite sa participation aux côtés de Sophie Duez dans la populaire série Quai N°1 puis l’aventure Police District qui se terminera au bout de trois saisons en 2003, sacrifiée par M6 malgré ses immenses qualités. Reste que le petit écran est encore trop exigu pour que Marchal qui a beaucoup de choses à dire et à montrer, s’en contente. Un court métrage (Un Bon Flic, à voir sur le DVD de Gangsters) et puis ce Gangsters, un premier film tendu, secoué de décharges d’adrénaline pure où Richard Anconia en tête brûlée amoureux de sa dulcinée (Anne Parillaud) excelle en héros sacrificiel, prêt à toutes les concessions pour que sa compagne soit libérée et devant faire face aux vicissitudes des officiers de police qui l’interrogent, tous peu ou prou flirtant avec l’illégalité, quand d’autres n’ont pas déjà allègrement franchis la ligne rouge. Déjà, dans ce premier film, Olivier Marchal s’intéresse à ces flics borderline mais pétris d’humanité, rongés par leur métier, brûlés par les images imprimées par leurs rétines et les traumatismes inhérents à des enquêtes qui les détruisent à petit feu (comme Marchal le montrera magnifiquement dans MR73). Mais s’il s’intéresse aux flics tendancieux, dont aucun n’est blanc ou noir mais gris, le grand banditisme et le code d’honneur des voyous est aussi dans la mire de son objectif, comme si le réalisateur souhaitait dépeindre une fresque criminelle de grande envergure. Tout Olivier Marchal est déjà là, comme un brouillon d’une œuvre en devenir et c’est ce qui rend Gangsters à posteriori, encore plus dense et intéressant que la première impression que l’on avait pu en avoir.

Or, si l’ambition est clairement là, Gangsters ploie parfois sous le poids de son désir d’en mettre plein la vue et le film a, à certaines occasions un peu de mal à cadrer la générosité d’un réalisateur qui ne parvient pas à éviter tous les scories d’un premier film. Vouloir à tout prix l’efficacité et relâcher l’étreinte pour permettre aux personnages de dépasser leur fonction, voilà la gageure que le film ne tient que partiellement, la faute aussi à un scénario au fil un peu trop ténu et qui aurait eu besoin d’une autre ampleur qui aurait pu lui donner l’occasion de développer certaines pistes qui ne sont du coup qu’évoquées. Malgré ces défauts, Gangsters c’est déjà du Marchal pur et dur. Les voyous comme les flics y sont « bigger than life », les mots dans leur bouche claquent comme des coups de fouet et chacun est campé par des gueules de cinéma fascinantes, pour beaucoup qui deviendront (ou sont déjà) des fidèles du cinéaste (Francis Renaud, Gérald Laroche, François Levental, Catherine Marchal, Guy Lecluysse, François-Régis Marchasson… ). Non seulement les acteurs sont excellents mais ils magnifient les mots d’Olivier Marchal qui confirme un talent hors pair de dialoguiste et un sens de la punchline définitive qui deviendra l’une de ses marques de fabrique. Mais le talent de scénariste de Marchal ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt, car il démontre qu’il est aussi un réalisateur aux aptitudes indéniables pour filmer l’action avec un impact unique et qu’il sait mettre en place une atmosphère.

Sombre, violent, romantique, viscéral, avec Gangsters, Olivier Marchal ressuscite le polar français de la grande époque. Il n’en est pas encore devenu le fer de lance que l’on érigera par la suite, mais il redonne ses lettres de noblesse à un genre tombé en désuétude au cinéma alors qu’il continue de rallier tous les suffrages à la télévision. Mais les Verneuil, Deray et autres artisans du genre ne sont plus là et les jeunes n’ont pas su prendre la relève, laissant le cinéma de genre français à la dérive. Dans les années 70 et 80, on avait entre autres Peur sur la Ville, La Guerre des Polices, La Balance, Le Choix des Armes ou Le Cercle Rouge (Olivier Marchal appelle d’ailleurs -et ce n’est sans doute pas innocent- un de ses personnages Jansen, du nom du personnage interprété par Yves Montand dans le film de Melville). Lorsqu’il déboule sur grand écran avec Gangsters, Olivier Marchal charrie déjà tout un univers et nous offre sa vision du grand banditisme et de la police par le prisme de son regard acéré. « J’ai filmé ce que j’ai vécu » claironnait fièrement l’affiche du film. Et de nous embarquer avec lui dans une épopée de cinéma qui dure depuis maintenant 15 ans.

Titre original: GANGSTERS

Réalisé par: Olivier Marchal

Casting: Richard Anconina, Anne Parillaud, Catherine Marchal

Genre: Policier, Action, Drame

Sortie le: 20 février 2002

Distribué par : United International Pictures (UIP)

TRÈS BIEN

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