J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Jean Rochefort (Hommage)

Cher Jean Rochefort,

J’ai appris ce matin votre disparition et si je ne peux pas dire que ce fut une réelle surprise (vos ennuis de santé avaient été relayés par la presse) c’est une infinie tristesse qui m’envahit aujourd’hui. A l’instar de vos camarades Philippe Noiret, Victor Lanoux ou Claude Rich vous faisiez partie intégrante de ma vie depuis toujours, de ma vie de cinéphile évidemment mais de ma vie tout court, tant votre empreinte et par ricochet, celle de vos rôles, aura imprégné mon existence. Je ne compte plus les répliques, les intonations, les humeurs, que je vous ai empruntées, souvent à mon corps défendant. Votre bonhomie, votre malice, votre sourire, votre moustache frétillante, vos éclats de rire me reviennent en mémoire à l’instant où j’écris ces lignes et je ne peux réprimer un regret, celui de ne pas avoir eu l’opportunité de vous témoigner mon respect d’une façon plus directe que par le biais de ces mots. J’ai bien eu l’occasion dans une autre vie professionnelle de vous rencontrer et alors que j’avais osé vous témoigner mon admiration, vous m’aviez rétorqué un « merci infiniment Monsieur » de votre voix inimitable. Je me souviens parfaitement de mon émotion à ce moment là, de votre élégance non feinte, de votre politesse et de votre modestie. J’aurais dû vous en dire plus à cet instant, amorcer une discussion, essayer de vous soutirer quelques anecdotes, mais ce n’était alors ni le lieu, ni le moment. C’eut été un privilège de vous écouter mais aujourd’hui, qu’il est trop tard, je me dis que tant bien que mal, ces mots vous parviendront peut-être, via je ne sais quel miracle.

Car oui je vous aimais Jean Rochefort autant comme homme que comme artiste. Comme homme, parce que sans vous connaitre, vous laissiez percevoir de vos apparitions publiques ou médiatiques, une humanité, une chaleur humaine, une sincérité et une bienveillance qui nous donnaient l’impression d’être proche de vous et entendre votre timbre de voix si caractéristique donnait la sensation d’être près d’un feu de cheminée aux flammes caressant nos âmes. Vous nous faisiez du bien cher Jean Rochefort, votre présence dans l’espace temps de nos vies était comme un souffle rassurant sur nos nuques.

Et je vous aimais bien évidemment comme acteur car je ne compte plus vos rôles et vos personnages qui ont rythmé ma cinéphilie et mon existence, vous retrouver au détour d’un rôle inattendu ou dans le confort d’un personnage plus traditionnel, peu importait, puisqu’en fait l’important était que vous soyez là, à irriguer la pellicule de votre douce folie et de votre œil goguenard. En relisant votre filmographie, c’est tout un pan du cinéma français qui nous saute au visage. Alors oui, de Cartouche aux Tribulations d’un Chinois en Chine, du Grand Blond avec une Chaussure Noire à L’Héritier, de Salut L’Artiste à L’Horloger de Saint-Paul, de Que la Fête Commence à Calmos en passant bien évidemment par Un Éléphant ça trompe énormément et Nous Irons tous au Paradis, Le Cavaleur ou Courage Fuyons, puis ensuite à partir des années 80, L’Ami de Vincent Tandem, Le Mari de la Coiffeuse, Ridicule, Le Placard, j’en passe et des meilleurs, vous avez construit une filmographie unique dans les annales, vous insinuant dans le cœur des spectateurs pour toujours, ce qui n’est pas une mince affaire lorsque l’on connait la versatilité des français, mais aussi leur indéfectible fidélité lorsqu’ils savent l’honnêteté et la probité de celui qu’ils prennent en affection.

Dans mon cœur de midinette j’ai mis deux de vos personnages dans mon panthéon personnel cinéphilique. Ils y figurent en bonne place et n’en sortiront jamais car votre personnalité transpire de ces deux rôles et qu’ils m’ont confortés dans l’admiration sans bornes que j’éprouvais à votre égard. Le Étienne Dorsay de Un Éléphant ça trompe énormément et Nous Irons Tous au Paradis et le Michel Mortez de Tandem, deux morceaux bruts d’humanité, deux personnalités auxquelles vous avez prêté votre allure de dandy, de cavalier, de père, d’homme déchu de son piédestal et animé d’une douce folie. Pour ces deux personnages, pour votre amitié avec « la bande du conservatoire » qu’il était un bonheur d’observer même de loin, pour votre jeu toujours juste, subtil ou décalé, pour le bonheur que vous avez transmis, pour tout ça merci cher Jean Rochefort. « Vous qui pénétrez dans mon cœur, ne faites pas attention au désordre » disait Étienne dans Nous Irons tous au Paradis. Ça vous pouvez en être sûr qu’en tirant votre révérence vous avez mis le mien sans dessus dessous.

Votre dévoué Fred Teper

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