Critiques Cinéma

BLADE RUNNER 2049 (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

SYNOPSIS: En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…

Blade Runner fait partie de ces œuvres qui, en dépit d’un cuisant échec public et critique ont fini par acquérir un statut de classique, la vision du futur de Ridley Scott s’est imposée comme l’esthétique définitive du cinéma de Science Fiction, son influence s’étendant même au delà du genre (nous vous invitons à revoir par exemple le Seven de David Fincher pour en juger). La surprise fut donc grande à l’annonce que  Sir Ridley en développait une suite, même si il venait de revisiter la saga Alien avec Prometheus.   Plus surprenante encore l’annonce du retour d’ Harrison Ford dans le rôle de Deckard quand on sait à quel point furent orageuses les relations entre Scott et sa vedette sur le tournage de l’original. Ce dernier, prudent, confie toutefois la réalisation  au  québécois Denis Villeneuve qui en l’espace de quatre films (Prisoners, Sicario, Enemy et Premier Contact) s’est imposé  comme un des réalisateurs les plus demandés, son style à la fois visuellement somptueux et énigmatique semblant parfaitement convenir à cet univers. Malgré tous ses talents réunis l’ombre de l’original semble si immense que la peur est grande qu’elle écrase le film sous le poids d’attentes démesurées. Ces craintes s’évanouissent au bout de quelques minutes : Blade Runner 2049 appartient au club très fermé des grandes suites.

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Trop de suites succombent à la tentation de reproduire de manière voilée la structure ou les moments mémorables du film original qu’elles tentent de surpasser par une débauche de moyens ou d’effets spéciaux. Ici heureusement les cinéastes et le studio n’ont pas tenté de remodeler Blade Runner 2049 en  blockbuster d’action pour plaire au grand public, il demeure un film de pure science fiction mâtiné de film noir qui progresse à un rythme délibérément mesuré. Il y a bien sur  des scènes d’action, mais elles  sont brèves, brutales, jamais là pour remplir un quota de  spectaculaire. Elles participent à l’intrigue  et nous renseignent sur ses personnages. Bien-sur Denis Villeneuve revisite les figures imposées de  l’univers,  les voitures volantes survolent toujours un  Los Angeles  baignant dans un smog permanent qu’illumine seulement les néons de publicités holographiques géantes (Atari et Pan Am sont toujours aussi prospères qu’en 1982), son héros en parcoure les rues multiculturelles balayées par la pluie mais,  en étendant l’intrigue au delà des limites de la mégalopole – on la découvre  entourée de favelas, cernée par  des montagnes de détritus  – le scénario signé  Hampton Fancher (co-scénariste de l’original) et Michael Green (Logan)  lui permet de se tailler son propre espace esthétique. Avec ces paysages  qu’on imagine glacés comme son Canada natal  où s’étalent d’immenses fermes, ces décharges cyclopéennes ou bien encore ce Las Vegas qui baigne dans la fumée ocre des radiations d’une mystérieuse catastrophe, Villeneuve et son directeur de la photographie Roger Deakins (c’est leur troisième collaboration) composent des images monumentales qui ne doivent rien au film de mille neuf cent quatre vingt deux. Leur richesse picturale et chromatique constitue peut-être le meilleur travail à ce jour du technicien anglais. Dans un paysage cinématographique de plus en plus numérique le monde de Blade Runner 2049 est particulièrement tactile, on y ressent le passage du temps dans les décors monumentaux de Dennis Gassner  (The Truman Show). Les effets numériques sont bien présents, un travail impeccable de MPC et de la société française Buf en particulier lors d’une séquence à la fois troublante et poétique qui compte parmi les plus belles du film.

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De la même façon  en conservant le même écart temporel entre l’action des deux films que celui qui sépare leurs sorties le scénario  permet à Blade Runner 2049 de se distinguer de son modèle sur la base d’événements qui ont modifiés en profondeur son univers. Plane ainsi une ambiance post-apocalyptique, on devine que depuis 30 ans l’humanité et ses élites ont poursuivi la colonisation de mondes lointains laissant les populations les plus pauvres se débattre avec la pollution, les radiations et les réplicants. Les fans seront satisfaits de voir les éléments de l’original utilisés de façon  à l’étendre et l’enrichir. Comme lui, Blade runner 2049 mêle à la pure science fiction la sombre sensibilité du film noir. C’est d’ailleurs un des domaines où il surpasse l’original, l’enquête de K  qui, au fil de rencontres prend une tournure plus personnelle et le conduit à s’interroger sur son passé colle mieux aux archétypes du polar hardboiled. Le film  poursuit les réflexions existentielles déjà présentes dans le film de Scott et l’œuvre de Philip K.Dick sur ce que signifie être humain, la nature des souvenirs et du réel. Mais Villeneuve est plus sentimental que le misanthrope Scott et s’intéresse à des questions plus émotionnelles sur la nature de l’amour, ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécu et la croyance que certaines valeurs valent de la sacrifier.

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Si il partage la tête d’affiche avec Ford, Blade Runner 2049 est bien le film de Ryan Gosling, présent dans quasiment toutes les scènes. On retrouve dans son personnage des échos de celui qu’il incarnait dans Drive, des hommes tranquilles et déterminés, secrètement fragiles à la recherche d’un idéal au-delà de leur excellence dans leur profession. Ainsi quand à lieu enfin la  rencontre freudienne avec Deckard, joué avec une misanthropie hagarde par Harrison Ford le spectateur est pleinement investi dans sa quête plus que dans l’attente de réponses aux questions du premier film. Si le buzz autour d’une nomination à l’Oscar pour Ford semble prématuré, on retrouve enfin dans son jeu une émotion, une souffrance contenue qu’on y avait plus vu depuis longtemps. A leurs cotés les principaux personnages féminins nommés Joi (Ana Dearmas) et Luv (Sylvia Hoeks) sont particulièrement riches. La relation entre Joi et K. est non seulement  très émouvante mais  au cœur des aspects les plus science-fictionnels du film. Sylvia Hoeks , mannequin hollandais (comme Rutger Hauer !) devenue comédienne, fait de Luv, l’implacable émissaire de Wallace, une des meilleures méchantes de l’année. Dans le rôle de l’industriel demiurge  Niander Wallace justement Jared Leto compose  une figure méphistophélique dont la confrontation avec Ford est un des points d’orgue du film. Au final le plus incroyable dans le travail de Denis Villeneuve c’est qu’il parvient également à répliquer l’expérience sensorielle hypnotique ressentie devant l’œuvre de Scott. Le spectateur est pris dans un rythme envoûtant où le temps semble s’abolir sous les pulsations du score immersif  et imposant de Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch (doù surgissent des éclats de celui de Vangelis). En conclusion véritable « film cathédrale » Blade Runner 2049 est une grande suite qui honore et prolonge l’original tout en étant marqué par l’esthétique et les thématiques de son auteur.

BR2049-cliff-and-coTitre Original: BLADE RUNNER 2049

Réalisé par: Denis Villeneuve

Casting : Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto

Genre: Science fiction, Thriller

Sortie le: 4 octobre 2017

Distribué par: Sony Pictures Releasing France

4,5 STARS TOP NIVEAUTOP NIVEAU

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