Critiques

QUADRAS (Critique Saison 1) Une référence…

SYNOPSIS: Alex et Agnès se remarient en secondes noces. La fête bat son plein lorsque le dîner débute. À la table des mariés : huit couverts, huit vies, huit crises… Tout au long de la soirée, de nombreuses révélations vont éclater, à commencer par celle que va faire la mariée au détour de son discours… et à cause de laquelle le mariage va tourner à la catastrophe. Pour Alex et Agnès, ce ne sera sans doute pas le plus beau jour de leur vie… mais certainement le plus inoubliable.

On le dit et on le répète depuis des années, la comédie de qualité à la télévision française est une denrée rare, longtemps résumé au seul succès de Fais pas çi Fais pas ça, avant que Dix Pour Cent n’offre de nouvelles perspectives. Aussi quand M6 enfin de retour à la production de créations originales depuis un an, ose sortir de ses shortcoms à succès (Scènes de Ménages, En Famille) propose Quadras, on la regarde forcément avec les yeux de Chimène, un peu angoissé quand même, à l’idée de découvrir un ersatz de ce que le cinéma français nous propose à longueur d’année: Des comédies formatées, souvent insipides et à l’humour tout relatif. Il suffit pourtant de quelques instants pour que nos à priori ne s’envolent grâce à un début sur les chapeaux de roue, c’est le cas de le dire. La route qui mène jusqu’au château où la fête du mariage va se dérouler suffit à caractériser magistralement les personnages avec d’entrée des dialogues incisifs qui seront tout au long des 8 épisodes, la marque de fabrique de la série. Intelligemment Quadras s’empare du format de plus en plus prisé des créateurs, la dramédie, qui s’autorise à brasser la comédie et la gravité afin de dessiner la cartographie des personnage et c’est fait avec un tel brio que l’on est embarqué en un claquement de doigts dans cette œuvre originale au rythme qui ne faiblit pas et dont on se délecte de bout en bout. Instantané de la vie d’hommes et de femmes, Quadras s’intéresse aux problématiques de la vie de couple et nous emporte dans un festival de dialogues réellement tordants dits avec gourmandise par des comédiens qui se régalent avec un matériau de tout premier ordre.

En tricotant un récit d’apparence simple, les créateurs de la série Mélissa Drigeard (Jamais le premier soir, Hard) et Vincent Juillet surprennent très vite avec la sophistication de leur narration en utilisant des flashbacks qui vont mettre petit à petit à jour les personnalités des différents invités et éclairer leur passé. Outre cette construction qui s’avère d’une imparable fluidité, la réalisation de Mélissa Drigeard et de Isabelle Doval contribue à ce que Quadras soit très efficace autant dans la comédie pure que dans les moments plus émouvants qui se font jour dès que les personnages sont présentés dans leur intimité. La série interroge sur le rapport à la famille, au cercle amical, sur la maturité et les prises de décision et fait tout ça avec une pertinence et un sens de l’à-propos prodigieux. On voudrait citer tous les dialogues tellement ils sont savoureux, drôles, bien sentis, dits sur un ton totalement adéquat. Quadras c’est la comédie à son meilleur lorsqu’elle se drape d’une écriture au cordeau et d’une interprétation au rasoir, mélange enthousiasmant et jubilatoire, une réussite totale, un vrai bonheur de télévision. Alternant la tendresse, faisant passer le sel de l’amitié, les soubresauts de l’amour et tendant un miroir aux téléspectateurs dans lequel ils ne peuvent que reconnaitre certains de leurs travers croqués avec un indéniable talent et où même les enfants se voient affublés de répliques fabuleuses.

Évidemment si l’écriture est le nerf de la guerre, la qualité apportée aux personnages est toute aussi primordiale. On s’attache à chacun, quels que soient leurs qualités ou leurs défauts, on s’identifie, on s’émeut avant de rire de plus belle. Des personnages profonds, d’une densité qui impressionne, interprétés par une bande de comédiennes et de comédiens qui atteignent des sommets, composant une bande totalement crédible, véritable mosaïque contemporaine de comportements. Tous sans exception ont leur moment (voire leur épisode) et on se régale tant ils tutoient tous la perfection.  De François-Xavier Demaison parfait (et également producteur) à Alix Poisson touchante, de Sarah Le Picard irrésistible de fantaisie à Julien Boisselier tendre et lunaire, de Charlie Bruneau sincère et douce à Hubert Delattre fort et sincère, de Jean-Philippe Ricci amoureux compulsif à Anne Benoit mère castratrice irascible, de Stephan Wojtowicz en amoureux d’une jeunette à Brigitte Sy en maman amère, de Sébastien Chassagne en organisateur de mariage hystérique à Marius Colucci en lourdeau au grand cœur, de Ana Daud en ravissante idiote amoureuse à Thelma Doval en ado gothique, de Lou Bonetti entière et borderline à Mélissa Drigeard elle-même en ex dévastée, c’est le carton plein, Quadras nous faisant coulisser sur le fil du rire aux larmes au gré de ses retournements de situation et de son humour cinglant, pétri d’humanité. On pourrait chercher des défauts et il y en a sans doute (comme un dernier épisode un poil moins maitrisé), mais la qualité est telle que ce serait vraiment pour pinailler. Quatre mariages et un enterrement ou la série La Gifle, entre autres, beaucoup de références sont évoquées à propos de Quadras, mais la série est en passe après cette saison une d’en devenir une à elle toute seule -et de taille-, de référence.

Crédits : M6

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