J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Jerry Lewis (Hommage)

Cher Jerry Lewis,

Vous nous faites une mauvaise blague en ce dimanche du mois d’août, un tour pendable même, mais comme il s’agit de votre tout dernier tour de piste, on vous le pardonnera aisément. Je vous ai aimé follement Jerry Lewis, vous m’en avez arraché des larmes, mais des larmes de rire, car vous étiez un génie de cet art si délicat qui consiste à offrir du bonheur à ses contemporains. Votre faculté par votre corps, vos mimiques, votre sens du rythme, votre inventivité, votre folie, à rendre hilare des millions de gens était telle que vous avez été longtemps le métronome du rire à l’américaine, une sorte de maître étalon qu’il convenait sinon d’imiter du moins de s’inspirer. Je vous dois tant de bons souvenirs associés à mon enfance, de ces madeleines parfumées qu’on trimballe tous dans sa vie et qui vous remémorent l’odeur de la quiétude de l’appartement familial et les fous rires partagés pendant ces soirées télé passées devant vos grimaces et votre gestuelle, vos regards ahuris et votre maladroite tendresse.

Je repense aux films qui m’ont tant fait vous aimer, au premier rang desquels je place Artistes et modèles (Ah ce tandem avec Dean Martin était tellement parfait et vous étiez tellement bien assortis) Docteur Jerry et Mister Love (votre chef-d’œuvre à mes yeux) et Boeing Boeing (celui-là pas sûr qu’il soit souvent cité, mais gamin j’avais adoré) mais aussi Le tombeur de ces dames, Le Zinzin d’Hollywood et quelques autres qui ont fait de vous un artiste génial capable de jouer l’imbécile avec une telle vérité que vous ne pouviez être que diablement intelligent pour restituer la bêtise, la maladresse et l’innocence avec tant de brio. Bon dans les années 80 vous m’avez même poussé dans les salles pour découvrir les tristes Par où t’es rentré on t’a pas vu sortir et Retenez-moi où je fais un malheur si ça ce ne sont pas deux preuves de dévotion, franchement… Et il y eût votre versant sérieux évidemment qui même si il se résume surtout à La Valse des Pantins de Scorsese où vous renvoyiez la balle à De Niro de manière brillante ainsi qu’à vos participations mémorables dans les séries Un flic dans la Mafia, New York Unité Spéciale et Dingue de toi, il n’en est pas moins digne et caractéristique du magnifique artiste que vous étiez.

Cependant je vous dois une confession Jerry Lewis. Depuis des années je vous avais délaissé dans l’antichambre de mes souvenirs, comme un amour ancien qui reste dans le cœur mais auquel on ne pense plus que par à-coups quand la mémoire se remet en marche. Je m’en veux de vous avoir laissé de côté alors que vous m’avez tant donné. Il devrait exister un pacte tacite entre les artistes et leurs admirateurs qui impliquerait que ces derniers ne devraient jamais laisser flétrir la flamme qui les a unie. J’aurais dû être là envers et contre tous, quand bien même vous ne faisiez plus l’actualité et que l’on vous associait uniquement à une image de clown vieillot, d’ailleurs mille fois plus populaire en France que dans votre propre pays. J’aurais dû vous consacrer ces lignes avant qu’il ne soit trop tard et qu’un concert de louanges ne vous soit adressé par delà l’existence. Je me souviens vous avoir croisé sur votre petite voiturette électrique pendant le Festival de Cannes 2013 et entrevoir votre sourire malicieux en passant à travers les forêts de jambes. J’aurais dû vous lancer un « Jerry je vous aime » ou un « Jerry merci » mais je n’ai rien fait d’autre que de vous observer avec un air de benêt que vous auriez sans doute affectionné. C’est un bout de mon enfance qui s’évapore avec vous cher Jerry Lewis, et c’est précieux les souvenirs d’enfance. Je pense forcément à mon père et à mon frère qui vous ont aimé encore plus que moi, passionnément, infiniment. Car ce n’était pas le moindre de vos talents de cimenter les liens familiaux au-delà des générations. Je pense aussi que vous rejoignez Louis De Funès au paradis des clowns, De Funès à qui vous aviez remis un César d’honneur dans un numéro hilarant où la rencontre évidente de deux génies et je me dis qu’ils vont se bidonner là-haut, les veinards. Je vous garde dans mon cœur pour toujours Jerry Lewis, c’est une maigre consolation, mais au moins votre étoile dans mes yeux continuera de briller au firmament.

Votre dévoué Fred Teper

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