Critiques Cinéma

QUE DIOS NOS PERDONE (Critique)

SYNOPSIS: Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI. C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion… Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Que dios nos perdone est le troisième long métrage de Rodrigo Sorogoyen, qui passe au policier après deux histoires d’amour et une grande quantité d’épisodes de séries espagnoles. Il a choisi de placer cette enquête sur un serial killer tueur de vieilles femmes au milieu d’un chaudron brûlant : Madrid à l’été 2011. Alors que les marches et manifestations des indignés du mouvement 15-M battent leur plein, le pape arrive à Madrid pour les Journées Mondiales de la Jeunesse et une participation estimée à 2 millions de personnes. La chaleur est écrasante, la police débordée, la tension palpable à chaque coin de rue. C’est à ce moment qu’un tueur en série se déchaîne et commence à accumuler les victimes. Alors que toute la jeunesse est vibrante et sonore dans la rue, deux hommes doivent enquêter sans faire de vagues sur le meurtre de femmes âgées.

Sorogoyen évite le cliché des « deux inspecteurs que tout sépare » car, malgré leurs caractères et attitudes très différentes, Alfaro et Velarde se complètent. C’est parce qu’il possède un immense respect pour les capacités de déduction de son collègue qu’Alfaro met en branle sa présence physique et sa brutalité pour dégager l’espace dont Velarde a besoin pour travailler, c’est ce respect et ce besoin mutuel qui fait que leur duo fonctionne et ne ressemble pas à la classique caricature du duo de flics que tout oppose. On évite également l’affreux cliché de la tentative d’expliquer pourquoi le tueur est devenu un tueur. Ici on saisit très bien le mobile, la frustration, le ressentiment et le raisonnement qui le pousse à tuer, mais jamais le film ne tente de le justifier, de l’expliquer ou même de lui trouver des excuses. Pas de grosses ficelles pour humaniser un tueur et essayer de le rendre plus attachant. C’est aussi ce qui le rend plus terrifiant, le simulacre de vie et de réalité dans lequel il se cache et les rouages implacables qui l’animent.

Que dios nos perdone est avant tout un film sur la violence, la frustration et l’isolement, la différence entre Alfaro, Velarde et le tueur n’est finalement pas si grande. Chacun exprime ses frustrations différemment mais elles sont toutes reliées à un mal-être profond. Pas de chevalier blanc, tout est plus ou moins noir. Chacun a des choses à se reprocher, commet des actes amoraux qui le torturent ensuite. C’est cette profondeur qui fait de ce film un vrai polar hard-boiled, dans lequel on suit plus les individus que l’enquête, qui n’est qu’un prétexte à présenter les blessures de chacun.

Après La Isla Minima qui plongeait brillamment dans les années de tension extrême suivant la chute du régime franquiste et la réintégration de ses agents dans une Espagne nouvelle, Que Dios nos perdone est un nouveau polar espagnol brillant à l’atmosphère étouffante et à l’écriture très fouillée. Le cinéma hispanique semble devenir un nouvel eldorado du bon polar et de l’écriture soignée après une période de disette et c’est extrêmement encourageant. Encore !

Titre Original: QUE DIOS NOS PERDONE

Réalisé par: Rodrigo Sorogoyen

Casting : Antonio de la Torre, Roberto Álamo, Javier Pereira…

Genre: Policier, Thriller

Sortie le: 09 août 2017

Distribué par: Le Pacte

EXCELLENT

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