Critiques Cinéma

MULHOLLAND DRIVE (Critique)

2,5 STARS MOYEN

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SYNOPSIS: A Hollywood, durant la nuit, Rita, une jeune femme, devient amnésique suite à un accident de voiture sur la route de Mulholland Drive. Elle fait la rencontre de Betty Elms, une actrice en devenir qui vient juste de débarquer à Los Angeles. Aidée par celle-ci, Rita tente de retrouver la mémoire ainsi que son identité.

Être un réalisateur reconnu de ses pairs et d’une grande majorité de la critique, pouvant par ailleurs justifier de sa connaissance du médium avec sa série Twin Peaks, n’aura pas permis à David Lynch d’échapper aux fourches caudines du Network ABC qui en mai 1999 annula la diffusion du pilote de ce qui était alors destiné à être une série télé : Mulholland Drive. C’est grâce à Studio Canal qui racheta les droits détenus par Imagine Entertainment et apporta le financement nécessaire au tournage de plusieurs nouvelles scènes que David Lynch pu prendre une éclatante revanche sur ce mauvais sort et réaliser ce long métrage désigné comme le meilleur film de ce siècle par les 177 critiques participant au classement commandé en 2016 par la BBC.

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Du pilote de série télé rejeté par un network au long métrage adulé par la critique, Mulholland Drive est devenu un objet de culte, un film au statut assez unique qui continue à être un objet de fascination et de discussion qui s’étend au delà du cercle des adorateurs de Lynch, qui pour beaucoup le considèrent comme son meilleur film. On y retrouve en effet les grandes thématiques qui parcourent sa filmographie et ce goût pour l’expérimentation tant formelle que narrative. Pour condenser sur la durée d’un long métrage une trame qui devait s’étirer sur la longueur d’une série télé, David Lynch joue des ellipses et nous perd dans un labyrinthe dont lui seul connaît le chemin. Fidèle à la conduite adoptée depuis Eraserhead, il s’est en effet toujours gardé de donner les clés de compréhension d’un film dans lequel il faut accepter de lâcher prise et qui se prête à de multiples interprétations. Ce saut de la foi est cependant, à nos yeux, encore plus vertigineux que dans ses autres films et au final bien moins satisfaisant. En tout cas, il ne suffit pas à lever nos réserves sur le déséquilibre profond dont souffre le film dont les deux premiers tiers enchaînent les saynètes entre deux histoires qui n’ont d’abord aucune connexion entre elles et dont le dernier tiers plus expérimental les entremêle et nous amène à reconsidérer tout ce qui précède.

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Lorsque l’auteur de ses lignes, jusque là Lynchien convaincu,  découvrit Mulholland Drive au moment de sa sortie en salle, il naviguait entre perplexité et fascination, ayant pour la première fois le sentiment que la symbolique et l’expérimentation lynchienne tournait quelque peu à vide, au trip formel et même à l’auto citation d’un réalisateur qui surplombe son film et pour lequel le récit n’est plus devenu qu’un accessoire. Tourné pour la télévision, Mulholland Drive hérite par ailleurs d’une facture télévisuelle sur laquelle on peut passer pour peu qu’on se laisse totalement prendre au jeu dès le début mais qui laisse songeur lorsqu’on se rappelle de la beauté des premières œuvres de ce plasticien de formation. Néanmoins, Mulholland Drive est de ces films dont on sort un peu sonné après leur découverte et auquel on repense pour en reconstituer le puzzle narratif et en analyser le sens. Avec le temps, ces films s’installent dans une zone tampon dans l’attente de leur redécouverte, les tenant éloignés jusque là de tout jugement définitif. La nouvelle sortie de Mulholland Drive dans une version remasterisée a donc sonné comme l’heure du jugement dernier, faisant de l’auteur de ces lignes l’hérétique qui au milieu du consensus critique tente de faire entendre une voix discordante.

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De même que Twin Peaks avait comme canevas le soap opera, genre qui triomphait alors à la télévision américaine et à partir duquel Lynch et Mark Frost ont créé leur propre univers décalé entre thriller, fantastique et horreur, Mulholland Drive joue d’une imagerie, de personnages et situations qui font partie du paysage des séries télé des années 90. Betty Elms (Naomie Watts) est une actrice qui arrive à Los Angeles dans l’espoir de décrocher un jour le rôle qui ferait d’elle une star d’Hollywood. La résidence dans laquelle elle demeure près de Sunset Boulevard ressemble à celles dans lesquelles résident ses alter égo télévisuels (Melrose Place notamment), impression renforcée par la facture télévisuelle du film. L’élément disruptif est la rencontre avec cette mystérieuse femme  (Laura Harring) qui a perdu la mémoire après avoir survécu à un accident de la route survenu à Mulholland Drive. Sans que l’on ne puisse alors en saisir la raison profonde, Betty va totalement s’investir dans la quête d’identité de cette inconnue qui se fait d’abord appeler Rita. Si son personnage cherche son identité, Laura Harring semble également chercher la sienne. Son interprétation désincarnée et son jeu le plus souvent d’une extrême platitude n’aide pas à trouver un véritable intérêt dans cette partie du récit dont l’étrangeté diffuse sonne faux. On peut se laisser prendre au jeu et se sentir récompensé et trouver des justifications dans ce qui suivra mais on peut aussi légitimement profondément s’ennuyer devant ce récit qui ne semble aller nulle part, ce rythme languissant, ce mystère dont la résolution nous est à vrai dire indifférente. Sous le très fade vernis de cette intrigue peu inspirante et inspirée, on comprend, en sous texte, le propos sur Hollywood et la façon dont le système broie les identités de ses aspirantes stars et, la scène du casting de Betty est un sommet de malaise qui nous sort de notre torpeur, mais demeure ce sentiment de voir Lynch assembler laborieusement les pièces d’un puzzle trop grand pour le format d’un long métrage.

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Parallèlement au récit de Betty et Rita, il pose les pièces de deux autres parties du puzzle et en particulier celles d’un metteur en scène (Justin Théroux) en passe de se faire broyer lui aussi par son studio qui entend lui imposer son actrice, ou plutôt celle désignée par une mystérieuse organisation. Toute aussi nébuleuse, cette partie du récit ne fonctionne que lorsqu’on l’analyse rétrospectivement, à l’aune de la révélation de sa véritable nature qui devrait justifier le fait qu’elle soit une succession de saynètes parfois absurdes. Là encore, on peut adhérer à cette mécanique mais, pour la première fois, David Lynch donne le sentiment d’avoir sacrifié la forme et le récit au profit d’une symbolique assez lourde. Eraserhead, à priori un film beaucoup plus expérimental et, pourrait-on penser, moins abouti, est de notre point de vue bien plus lisible et à la fois exigeant. Lorsque Mulholland Drive déroule son récit il le fait avec une forme de paresse jamais rencontrée chez Lynch et lorsqu’il devient un pur objet Lynchien, cultivant le bizarre et le mystère, il le fait de façon quasi fétichiste et en tout cas, à nos yeux, stérile. Le revoir débarrassé de l’attente fébrile du fan du metteur en scène et, de cette indulgence qui nous pousse à nous dire que si l’on ne comprend pas, c’est sûrement qu’il faut y réfléchir encore et encore, que la pensée du grand maître nous échappe, est un exercice assez douloureux. Il aura toutefois le mérite de nous faire aimer encore plus ses précédents films et d’admettre que même les plus grands metteurs en scène peuvent être rattrapés par leur égo et finir par se caricaturer.

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Titre Original: MULHOLLAND DRIVE

Réalisé par: David Lynch

Casting : Naomie Watts, Laura Harring, Justin Theroux …

Genre: Drame, Thriller, Fantastique

Date de reprise : 10 mai 2017

Distribué par: Tamasa Distribution

2,5 STARS MOYEN

MOYEN

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