Critiques Cinéma

HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES (Critique)

SYNOPSIS: 1977 : trois jeunes Anglais croisent dans une soirée des créatures aussi sublimes qu’étranges. En pleine émergence punk, ils découvriront l’amour, cette planète inconnue et tenteront de résoudre ce mystère : comment parler aux filles en soirée…

En milieu du festival de Cannes a été projeté, hors compétition, How To Talk To Girls At Parties, une récréation queer punko-mystico-psychédélique signée John Cameron Mitchell et écrite par Neil Gaiman (American Gods). Composé d’un casting hétéroclite, regroupant Nicole Kidman, Elle Fanning et la révélation masculine Alex Sharp, How To Talk To Girls At Parties met en scène trois jeunes musiciens anglais qui, un soir de 1977, croisent la route d’extra-terrestres au cours d’une fête organisée dans une étrange demeure. Une façon de résumer How To Talk To Girls At Parties ? Un mélange plutôt agréable et gentiment bordélique entre le Rocky Horror Picture Show, les comédies délurées de John Waters, les films musicaux au spleen élémentaire de John Carney (Once, New-York Melody et Sing Street) et l’aspect baroque de La Soupe Aux Choux (oui oui, la comédie franchouillarde avec le tandem Jacques Villeret/Louis de Funès), le tout mariné au style singulier et excentrique du cinéaste des politiquement incorrects Hedwig & The Angry Inch et Shortbus.

Avec son ambiance bizarre, portée par une direction artistique volontairement kitsch (des costumes de latex versicolores aux maquillages extravagants, en passant par les décors très branchouilles) et quelques idées loufoques, How To Talk To Girls At Parties joue à fond la carte de l’OFNI (Objet Filmique Non Identifié) et surfe sur la nostalgie pour titiller l’hommage parodique aux films de SF. Sur ce point, le film se montre plutôt efficient. Une œuvre originale et rigolote, où s’enchaînent des situations absurdes et burlesques jouées par des actrices en pleine auto-dérision. Il faut voir l’accoutrement de Nicole Kidman pour le croire. Une nouvelle fois hors des canons hollywoodiens, la comédienne australienne apparaît métamorphosée en leader punk, se réinvente et s’amuse comme un farfadet avec son look improbable à la Vivienne Westwood et ses répliques tordantes (« le sexe, c’est dépassé »). Nicole Kidman reste toutefois assez satellite du récit principal. Le cœur de How To Talk To Girls At Parties réside en effet ailleurs, dans deux éléments narratifs distincts mais qu’on peut facilement relier. Premièrement, à travers la romance naïve et touchante arrangée entre Enn (Alex Sharp), un jeune guitariste rêveur évoluant dans le quartier de Brixton à Londres, et Zan (Elle Fanning), une E.T. mutine aux réflexions existentialistes. Alex Sharp et Elle Fanning, tous deux brillants et particulièrement convaincants, campent ces personnages avec innocence et malice. Ils présentent une bonne alchimie, et parviennent aisément à nous faire croire à cette espèce de Roméo & Juliette new-age, bien que leur histoire, trop basique et prévisible dans ses rebondissements, manque de vrais enjeux.

Et deuxièmement, dans la confrontation qui se joue entre les convictions utopistes des trois humains et le fondamentalisme des visiteurs venus d’ailleurs. Cette trame sert, en réalité de métaphore à John Cameron Mitchell pour critiquer, en filigrane, la pression sociale du groupe et les affres du conservatisme en comparant le discours hyper normé des envahisseurs à celui des membres d’une secte. Bonne idée sur le papier, mais cette dimension politico-sociale n’atteint hélas jamais les sphères d’un cinéma libre et militant : trop sage et trop appliqué à créer une atmosphère enivrante, John Cameron Mitchell oublie la subversion et peine à dispenser des trouvailles frappadingues, esquissant tout juste un contexte (les idéaux des humains brisés par l’échec de la mouvance « rock » et anarchiste qu’ils défendent) et quelques pistes sans réellement les incarner par un propos savant (via des sous-textes étayés) ou par sa mise en scène (à travers la puissance d’évocation de ses images). D’aucuns reprocheront donc à son gros délire d’être un peu vain, une coquille à moitié vide, et ils auront sans doute raison cette fois. Sans compter que les musiques sont vraiment peu mémorables. La base d’un film musical, c’est avant tout de bonnes chansons. Peu importe la qualité du récit ou l’écriture des personnages, le long-métrage se doit au moins de proposer des morceaux dignes de ce nom, ce qui n’est jamais véritablement le cas ici. L’instrumentalisation, les mélodies et les paroles des différentes chansons sont charpentées sans génie, relèvent souvent de l’anecdote et de la « soupe musicale », laissant ainsi fantasmer une part de fainéantise chez John Cameron Mitchell, qu’on a connu bien plus inspiré et révolutionnaire par le passé (lorsqu’il célébrait encore la contre-culture).

Mais ce serait dommage, malgré ces défauts forcément préjudiciables, de faire l’impasse sur l’efficacité comique de certaines séquences. Le scénario reste plat, mais John Cameron Mitchell réserve heureusement quelques surprises dans sa hotte, avec deux-trois passages jouissifs et une ou deux tirades qui font mouche. C’est vraiment quand John Cameron Mitchell est hystérique, over-the-top et foutraque que How To Talk To Girls At Parties se montre finalement le plus compétent, même si son spectacle reste superficiel et inutile. La mise en scène est par ailleurs satisfaisante, sans briller de mille feux : les espaces de la baraque surréaliste où résident les E.T. ne sont pas toujours bien filmés (on comprend difficilement l’architecture des pièces), la caméra est parfois mal placée, mais John Cameron Mitchell fait tout de même preuve d’ingéniosité à d’autres niveaux (sens du rythme, dynamisme des concerts) pour sauver la mise. Renouant (un peu) avec le ton et l’esprit de son Shortbus, John Cameron Mitchell revient sur grand écran avec un film en demi-teinte après la déception Rabbit Hole. Avec How To Talk To Girls At Parties, il réalise en effet un film sympathique mais pas franchement inoubliable. Ne boudons pas notre plaisir tout de même : retrouver ce type d’œuvre dans un festival réputé ultra sérieux voire plombant, c’est déjà pas mal en soi.

Titre Original: HOW TO TALK TO GIRLS TO PARTIES

Réalisé par: John Cameron Mitchell

Casting : Elle Fanning, Nicole Kidman, Alex Sharp (I),

Ruth Wilson, Matt Lucas, Jessica Plummer

Genre: Comédie, Science fiction

Date de sortie : Prochainement

Distribué par: ARP Sélection

BIEN

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s