Critiques

HOMELAND (Critique Saison 6) Le come-back

4,5 STARS TOP NIVEAU

homelandtop-cliff-and-coSYNOPSIS: Carrie Mathieson est retourné aux États-Unis, où elle travaille désormais dans un cabinet d’avocats spécialisé dans les cas abusifs contre les citoyens américains musulmans. Elle s’occupe également de Quinn, encore en rééducation. Elizabeth Keane se prépare à prendre le poste de Présidente, affichant des idées pacifistes et anti-militaristes qui inquiètent Saul et Dar Adal.

ATTENTION SPOILERS INSIDE

Souvent on suit des séries plus par habitude que par intérêt mais rares sont les séries qui arrivent à nous surprendre  comme vient de le faire Homeland dans sa sixième saison, peut-être sa meilleure. On retrouve Carrie (Claire Danes) retournée aux États-Unis après son expérience  allemande pour élever sa fille Frannie tout en travaillant désormais dans un cabinet d’avocats spécialisé dans les cas abusifs contre les citoyens américains musulmans. Elle s’occupe également de Quinn (Rupert Friend) en rééducation dans un hôpital militaire après que son empoisonnement dans la saison précédente l’ai laissé hémiplégique. Au même moment, fraîchement élue Elizabeth Keane ( Elizabeth Marvel) se prépare à prendre le poste de Présidente, affichant des idées pacifistes et anti-militaristes qui inquiètent Dar Adal (F.Murray Abraham) et Saul Berenson (Mandy Patinkin) qui sont chargées de la briefer sur les questions de renseignement. Là où le revival de 24 n’a pu sortir d’un manichéisme daté avec son énième complot de cellules terroristes islamistes mené par un énième avatar de Ben Laden, Homeland (ironiquement animée par d’anciens piliers de 24Alex Gansa et Chip Johannessen) se réinvente comme elle avait déjà su le faire dans sa saison 3 en sacrifiant son personnage principal mais de manière encore plus brillante.

La série revient à ses fondamentaux en offrant une intrigue d’espionnage paranoïaque qui ravira les fans des classiques des années 70 des Trois jours du Condor  à Marathon Man. Nos protagonistes naviguent dans une zone grise où le danger rode mais où il est difficile de distinguer ses vrais ennemis. On est fasciné par l’intelligence de sa construction avec trois intrigues parallèles apparemment  sans rapport entre elles qui vont finir par converger avec une précision d’horlogerie. Carrie pour défendre Sekou Bah (J. Mallory McCree), un jeune homme né de parents nigérians que le FBI soupçonne d’incitation au terrorisme sur son site internet va devoir utiliser ses liens avec la future présidente qu’elle conseille en secret alors que Saul mène une mission non officielle pour déterminer si l’Iran tente d’acquérir l’arme atomique, mission qui va le conduire d’Abou Dhabi aux territoires occupés. Quinn est persuadé que Carrie est surveillée et va se lancer seul dans une enquête d’autant plus périlleuse qu’il  a  sombré dans la drogue et la paranoïa.

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Clairement les concepteurs de cette saison avaient tablé sur la victoire d’Hillary Clinton aux présidentielles US en introduisant le personnage d’Elizabeth Keane  présidente élue visiblement démocrate pourtant jamais la saison ne nous semble anachronique, d’une part car l’intrigue est très prenante mais aussi parce qu’elle traite de thématiques récurrentes du débat politique US. Elle évoque la question du terrorisme en se concentrant sur la meilleure façon de garder le pays en sécurité tout en protégeant les droits des citoyens. Une approche « dure » ne crée-t-elle que plus de violence? Que se passe-t-il lorsque le devoir de prévenir une attaque viole les libertés individuelles? On y traite ainsi de  la radicalisation des jeunes musulmans, de l’accord nucléaire avec l’Iran et des tensions qu’il provoque entre les USA et ses alliés comme Israël mais aussi de l’essor du phénomène des « fake news » et du mouvement « alt right ». Steve Bannon le controversé millionnaire propriétaire du site de « droite alternative » Breitbart, artisan de la victoire et  éminence grise de Trump est présent de manière transparente à travers le personnage (odieux) de Brett O’Keefe incarné par l’excellent Steven Weber (L’armée des morts). Les enjeux politiques et émotionnels ne sont jamais éloignés dans Homeland saison 6 ainsi le dévouement de Carrie à Quinn pose un problème similaire à la politique étrangère des « faucons » en réaction aux attentats. Carrie se sent responsable de Quinn –  parce qu’elle se sent coupable de son état (l’ayant contre l’avis des médecins réveillé d’un coma afin d’obtenir des informations sur une attaque potentielle dans le final de la saison 5) et pourtant, sa présence pousse Quinn dans une spirale autodestructrice. De même la quête de vérité de Saul va le conduire à s’opposer à sa sœur qui habité dans une colonie illégale en Israël.

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Homeland même dans ses pires moments a toujours pu se reposer sur ses comédiens : le jeu à fleur de peau de Claire Danes , la densité incroyable de Mandy Patinkin, l’ambiguïté de F.Murray Abraham mais cette saison est la saison de  Rupert Friend qui relève brillamment le défi de faire de son personnage archétypal de super-agent un homme brisé par une attaque cérébrale qui s’enfonce dans une dépression profonde et qui va devoir affronter dans cet état diminué les démons de son passé et les dangers mortels du présent. Cette saison si elle sait développer un propos politique et soigner son coté émotionnel est avant tout un thriller ultra-efficace pleins de retournements imprévisibles (jusque dans ses ultimes moments) et de scènes de tension incroyables. L’épisode 8 « alt.truth »en particulier  concentre toutes ses qualités et constitue l’une des meilleures heures de télévision de l’année. Alors que la série a été renouvelée par la chaîne Showtime pour deux ultimes saisons, la fin de la saison six laisse penser que ses showrunners ont décidé de lui offrir une grande conclusion. Par la densité des intrigues, l’intelligence de sa construction, du traitement de ses thématiques, son interprétation parfaite et sa réalisation impeccable jusque dans son dernier plan cette sixième saison d’Homeland  est non seulement la meilleure de la série mais se montre digne des grands thrillers paranoïaques des seventies.

Diffusion sur CANAL+ à partir du 8 juin, les jeudis à 21H (2 épisodes/soirée)

Crédits: Showtime / Canal+

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