Evénements/Festivals

JOURNAL DE BORD CANNES 2017 Saison 4 Episode 6

Festival de Cannes, Saison 4 épisode 6.

6ème réveil du festival, asthénie matinale de plus en plus importante, d’autant plus avec la phénoménale soirée d’ouverture de la Semaine de la Critique dans les pattes. Nespresso a assuré, comme chaque année, avec un lancement super festif sur sa traditionnelle plage allouée et la présence d’invités de marque, dont la jeune Noée Abita, révélation du film Ava, et Thomas Cailley, le réalisateur des Combattants. Petite Redbull Express avant de me diriger vers Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos, mon énorme attente du festival (The Lobster était l’un de mes gros coups du cœur du festival en 2015). Le réalisateur grec est de retour en compétition officielle avec un film qu’on espère tout aussi mélancolique et zinzin que son précédent long-métrage.

Zinzin, c’est pas vraiment le mot qui vient à la bouche en sortie de séance. Vous en saurez plus en lisant la critique complète sur notre site (instant putassier).

Un petit passage au stand Nespresso pour choper un bon café brésilien forte intensité avant de rejoindre fissa la salle Buñuel pour rattraper The Villainess, film coréen réalisé par Jung Byung-gil et projeté la veille au Grand Théâtre Lumière en séance de minuit.

SYNOPSIS: Depuis l’enfance, Sook-hee a été entraînée pour devenir une tueuse sans pitié. Lorsque Madame Kwon, chef du Service des renseignements sud-coréen, l’engage comme agent dormant, elle lui offre une seconde chance. “Donne-nous dix ans de ta vie, tu auras la liberté.” Sa nouvelle identité est Chae Yeon-soo, 27 ans, actrice de théâtre. Avec la promesse d’une liberté complète en échange de servir son pays pendant 10 ans, Sook-hee commence une nouvelle vie. Pour cette femme qui a vécu comme tueuse, mener une existence normale n’est pas une tâche facile. Mais quand deux hommes entrent dans sa vie, les secrets de son passé sont dévoilés. 

Spectaculaire et inventif dans ses combats et ses chorégraphies, The Villainess pâtit hélas de quelques vilains défauts. Pour commencer, une trame déjà vue cent fois, traitée sans réelle originalité : Sook-hee, une ex espionne à la Nikita, est engagée par Madame Kwon, chef du Service des renseignements sud-coréen, pour reprendre du service comme agent dormant. Avec la promesse d’une liberté complète en échange de servir son pays pendant 10 ans, Sook-hee commence alors une nouvelle vie en tant que Chae Yeon-soo, actrice de théâtre, mais son passé ressurgit quand deux hommes mystérieux font irruption dans son quotidien, menaçant alors de révéler les secrets de son ancienne identité.

De ce postulat à la Au revoir, à jamais (actioner sous-estimé des 90’s, scénarisé par l’excellent Shane Black), Jung Byung-gil tire un film d’action très efficace dans l’ensemble, mais qui pêche un peu – c’est là sa seconde tare – par des personnages caricaturaux et surtout une narration brouillonne, avec montage parallèle de deux histoires mal agencées (flashs-backs au passé et comédie romantique improbable au présent), qui dessert le récit et empêche le jaillissement d’émotions qu’on aurait pu et dû ressentir. De plus, le film présente un rythme en dents de scie, alternant gauchement les montées de tension et les plages d’accalmie, quand Jung Byung-gil pose sa caméra pour tenter de raconter quelque chose à travers des scènes « romantiques » inégales. The Villainess a ainsi du mal à tenir sur la longueur, d’autant plus qu’il dure tout de même 2h25 et que ce qu’il développe reste archi banal.

Fort heureusement, Jung Byung-gil se rattrape dans l’action. L’ouverture ahurissante, une baston ulra jouissive de Sook-hee versus une bande de malfaiteurs, filmée en vue subjective à la première personne (comme dans un jeu-vidéo FPS) et tournée en plan-séquence (truqué, mais les raccords sont invisibles à l’écran) dans un couloir comme une sorte de croisement badass entre Hardcore Henry et Old Boy, et le climax, bourrin à souhait, permettent à The Villainess de dissimuler ses quelques défectuosités. De même que la mise en scène, immersive, accrocheuse et dynamique avec des plans sensationnels et rarement vus auparavant. The Villainess enchaîne ainsi quelques morceaux de bravoure et d’ultra violence complètement dingues, dont un qui fera sans doute date : une course-poursuite folle furieuse à moto, avec une caméra placée à des endroits impossibles, un découpage malin qui confère une visibilité totale des mouvements et où le désir survolté de Jung Byung-gil de satisfaire l’audience transpire à chaque plan. Une forme d’action qui rappelle parfois (sans le vouloir?) la virtuosité du fleuron récent du genre : The Raid 2 : Berandal. On pense aussi, dans une moindre mesure, aux films de deux tandems : Neveldine/Taylor (les opus HyperTension) et Stahelski/Leitch (John Wick et sa suite), et aussi à Kill Bill de Tarantino le temps d’un clin d’œil appuyé. En dépit de ces références, The Villainess reste assez frais dans ses séquences d’action pure avec des choix de décors, une audace et un dynamisme qui donnent la banane. Il ne faut pas négliger non plus le talent de Kim Ok-vin, qui, dans la peau de l’espionne, dépasse ses limites physiques en interprétant la plupart de ses scènes sans le moindre cascadeur et parvient, sans difficulté, à rendre toutes ses séquences crédibles.

Retour sur la croisette et je croise toujours plus d’hommes et de femmes bien habillés au fur et à mesure que la journée avance. Cannes est décidément une autre planète, une sorte de ville casino comparable à Las Vegas, mais en moins vulgaire peut-être.

Prochaine étape : How To Talk To Girls at Parties, nouveau film de John Cameron Mitchell. John Cameron Mitchell, connu pour avoir mis en scène le déjanté Hedwig & The Angry Inch et le libertin Shortbus, retrouve aujourd’hui Nicole Kidman, actrice qu’il avait déjà dirigé dans son dernier film en date, le décevant Rabbit Hole, pour l’afficher cette fois aux côtés d’Elle Fanning et Alex Sharp en rockeuse délurée au look improbable dans une œuvre gentiment psychédélique, punk et queer. Genre de « bonbon » fortement appréciable à mi-festival.

La journée se termine par mon second passage à l’Espace Miramar, qui héberge chaque année la Semaine de la Critique, pour voir Oh Lucy !, premier film de la japonaise Atsuko Hirayanagi avec Shinobu Terajima et Josh Hartnett dans les rôles principaux. Ennui profond devant ce long-métrage, qui, en dépit de ses prouesses (introduction surréaliste intrigante, comédiens bien dirigés, variation de tons surprenante), peine à captiver. Ce récit de liens créés entre une femme mûre maltraitée par le système japonais et un jeune prof d’anglais affirmé permet en fait surtout à Hirayanagi d’engager un propos assez subtil et résolument optimiste sur le suicide et le rêve américain comme échappatoire illusoire au quotidien professionnel japonais réputé très difficile dans certaines entreprises.

Bon rythme de croisière encore aujourd’hui avec 4 films visionnés. Mon record personnel de nombre de films vus à Cannes risque d’être rapidement pulvérisé à cette vitesse. Je perds toutefois la notion du temps, je ne sais plus quel jour on est. Pendant ce temps, mon palmarès personnel commence tranquillement mais sûrement à se dessiner (Okja Palme d’or, Mise à mort du cerf sacré Grand Prix, Jupiter’s Moon prix de la mise en scène, Wonderstruck Prix du Jury, Garrel en prix d’interprétation masculine) tandis que les pronos de la presse française affichent 120 battements par minute ou Vers la lumière comme grands gagnants potentiels du festival. Je les rattraperai en temps et en heure.

Publicités

1 réponse »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s