Critiques Cinéma

LA DISPARUE DE DEAUVILLE (Critique)

SYNOPSIS: Victoria, une actrice célèbre en son temps, à l’aura et au charme saisissants, est morte il y a trente ans dans des circonstances troublantes. Elle réapparaît mystérieusement dans la vie d’un flic solitaire, Jacques, enquêtant sur une disparition, au coeur d’un palace de Normandie… Que veut cette femme comme surgie d’une autre époque ? Pourquoi a-t-elle choisi Jacques ? Quels secrets se cachent derrière le luxe de ce palace ? 

Sophie Marceau réalisatrice, c’est une drôle d’histoire. Dans un premier temps, elle avait dit Parlez-moi d’amour en racontant assez subtilement une histoire très personnelle, pour ne pas dire clairement autobiographique – on y avait deviné une relecture de son histoire avec le réalisateur Andrzej Zulawski. Dans un second temps, ce fut le virage à 180° du côté du thriller hitchcockien, avec, à la clé, un joli bide en salles et un sacré paquet de fous rires nerveux chez le spectateur. Grosso modo, un flic veuf (Christophe Lambert avec des cernes) enquête sur le mystère entourant une célèbre actrice soi-disant morte (Sophie Marceau avec des lunettes noires) qui vient de réapparaître à Deauville. A moins que… Bon, on ne sait pas trop si l’intention de la belle Sophie était de refaire Vertigo (s’il vous plait, ne riez pas…), mais elle ne s’est en tout cas pas gênée pour en dupliquer la plupart des composantes – on a même droit à la sempiternelle poursuite sur les toits. On a beau les adorer, elle et Christophe Lambert (qui auront d’ailleurs entamé une histoire d’amour juste après le tournage), les voir dans des rôles qui ne collent ni à leur tempérament ni à leur look met déjà le film dans une posture très embarrassante. Et dès que le scénario balance ses premières cartouches en visant un peu n’importe où (un flic se fait vomir dessus, Robert Hossein bute un inconnu sur une plage, Lambert voit des fantômes chez lui, Marceau le pétrifie en lui soufflant sa fumée de cigarette dans la gueule, etc…), on sait déjà que le film est mort.

L’édifiant ratage de ce thriller ni fait ni à faire n’a pour origine rien d’autre qu’une absence totale de sujet et – surtout – de point de vue de mise en scène. Marceau dessine ici un démembrement de sujets disparates (folie, deuil, inceste, filiation, obsession, homosexualité…) sans jamais être capable de les relier au sein d’une vraie colonne vertébrale narrative, et du coup, on ne saisit jamais ce qu’elle avait cherché à raconter. Était-ce la fascination amoureuse d’un flic pour le fantôme d’une femme morte qui ferait écho à sa petite amie défunte ? On en doute fort : le film n’émeut jamais sur ce terrain-là, n’exploite jamais cette idée (si ce n’est au travers d’une bande-son surchargée de souffles répétitifs), n’utilise même pas le travail du héros (un enquêteur, tout de même !) pour articuler ce qui aurait pu donner une vraie investigation introspective, et se permet même de changer de point de vue en milieu de bobine. D’autant que ce personnage de flic-un-peu-cinglé-mais-peut-être-pas-en-réalité ne trouve jamais la moindre justification intime et émotionnelle au sein du canevas dramatique exploré : en effet, l’enquête n’avance que pour la simple raison que la femme fatale, lookée au passage comme un « Dahlia Noir » de défilé Givenchy, lui amène des éléments qui font avancer le rythme du récit à défaut de faire avancer l’intrigue elle-même. On pourrait à la limite envisager là un processus d’écriture instinctive, mais face à un tel néant d’enjeux, on pencherait plutôt pour un pilotage automatique mal paramétré.

Dans un certain sens, on se croirait presque revenu à la grande époque des sagas d’été policières du type Laura ou Dolmen, qui prenaient place dans un contexte naturel très spécifique afin d’y installer des mystères tarabiscotés pour pas grand-chose, avec juste ce qu’il fallait de glamour et de mystère pour tenir son spectateur éveillé entre deux cuites à la sangria. Sans parler d’une résolution pataude, grillée en moins d’une demi-heure sous l’effet d’un amas de maladresses narratives. Le pompon sera même décroché lorsque les seconds rôles de cette intrigue absconse viendront paralléliser malgré eux la notion de « jeu d’acteur » avec un exercice de saut à l’élastique sans élastique. Entre une Firmine Richard en secrétaire d’hôpital à dreadlocks (!), un épouvantable Robert Hossein qui se fourvoie dans l’éructation vulgaire et un Nicolas Briançon qui intègre une abyssale frustration sexuelle dans une psychologie de gamin de dix ans, la Palme du ridicule revient à la grande Marie-Christine Barrault, ici en marâtre paralytique à lourd secret dont la fameuse scène d’hystérie zulawskienne en fauteuil roulant (merci au travelling circulaire !) nous encouragerait presque à appeler un exorciste. Quelques autres membres du casting sont là juste pour faire de la figuration, dont la pauvre Marilou Berry qui passe tout son temps dans une bagnole à manger du fast-food ! Aucune cohérence, on vous dit…

N’ayant rien à raconter ni à incarner, Sophie Marceau s’est donc attachée à en faire des caisses dans la technique, abusant ici et là d’effets de style dont elle ne comprend ni le sens ni l’utilité. Passons sur ces effets de flou ou de shooting à six images/seconde qui ne servent à rien – pourquoi diable se la jouer Tony Scott du pauvre pour accompagner l’entrée du flic dans un hôtel ? Osons même passer un minimum l’éponge sur cette longue liste de raccords insondables entre des actions qui ne s’interpellent pas – on a rarement vu un montage parallèle aussi mal géré. Mais on ne peut pas pardonner à Sophie Marceau d’avoir échoué à filmer la discussion mentale entre un vivant et un mort : le temps d’un dialogue d’outre-tombe entre Christophe Lambert et Judith Magre, la réalisatrice gère sa scénographie à la hussarde, enchaînant plans d’ensemble surligneurs et contrechamps incompréhensibles dans une mise en scène qui s’agite sans se diriger. On aimerait vraiment l’inviter à revoir plus attentivement Vertigo, ou même, mieux encore, n’importe quel thriller gigogne de Brian De Palma pour assimiler à quel point un mystère se bâtit par la cohérence et non par l’errance. En cherchant à vouvoyer la forme du thriller sans en comprendre les ficelles, elle a fini par tutoyer le fond du nanar. Et comme le fou rire fait ici jeu égal avec la déconfiture, contentons-nous de dire qu’elle s’est paumée en beauté.

Titre Original: LA DISPARUE DE DEAUVILLE

Réalisé par: Sophie Marceau

Casting : Sophie Marceau, Christophe Lambert, Robert Hossein,

Nicolas Briançon, Simon Abkarian, Marie-Christine Barrault…

Genre: Thriller, Policier

Date de sortie : 23 mai 2007

Distribué par: SND

TRÈS MAUVAIS

Publicités

1 réponse »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s