Critiques Cinéma

TAIPEI STORY (Critique)

4-stars-excellent

taipei story affiche cliff and coSYNOPSIS: Lung et Chin se connaissent depuis de nombreuses années. Lui est un ancien joueur de base-ball sans véritable ambition professionnelle ; elle a un poste de secrétaire au sein d’un grand cabinet d’architectes. Le sentiment qu’ils éprouvent l’un pour l’autre est un mélange d’amour et d’affection profonde, aux contours flous. Mais le licenciement brutal de Chin va bientôt fissurer leur couple et compromettre leur projet de vie commune… 

Certains films sont indissociables de la ville dans laquelle ils sont tournés, qu’ils la prennent pour décor ou qu’ils en fassent un « personnage » à part entière d’un récit qui en saisit la sociologie et les mutations  ou parfois même quelque chose de plus charnel, de plus intime, qui entre en profonde résonance avec la vie de ses habitants. Si New York est ainsi indissociable de Martin Scorsese et Woody Allen, Rome de Federico Fellini et Los Angeles de Michael Mann, Taipei restera indéniablement attaché à Edward Yang. Pour son deuxième film, celui qui fut avec Hou Hsiao-Hsien à l’origine de ce que l’on appela le nouveau cinéma Taïwanais, pose son regard à la fois sur une ville en pleine transformation, tiraillée entre son passé et  sa profonde mutation, et sur un couple dont les difficultés naissent à la fois de leur environnement et de raisons plus intimes.

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Au cœur des années 80, le modèle occidental étend son influence sur la ville de Taipei, capitale d’un pays en plein boom économique (période qui fut appelée « le miracle taïwanais »), comme sur ses habitants et notamment Lon qui revient d’un long séjour aux États-Unis qui l’a profondément marqué et dont il semble ne pas être réellement revenu. Taipei Story est un film sur le délitement, celui d’un couple d’abord mais aussi celui d’une ville et d’un pays qui sont, au cœur des années 80, à un tournant économique et sociologique de leur histoire. Le récit de ces deux personnages qui ne parviennent plus à se comprendre, à s’aimer, alors qu’ils se retrouvent après le long séjour de Lon aux États-Unis est aussi celle de ce pays fracturé entre son passé, ses traditions et un avenir incertain dans lequel l’argent régit les relations entre les individus. Ni Chin qui perd son emploi au début du récit, ni Lon qui vit dans la nostalgie de son séjour aux États-Unis et de son passé de joueur de baseball, ne parviennent à trouver leur place dans cette société. La toile de fond se confond ici avec le récit. La ville de Taipei en devient un personnage à part entière, une ombre qui pèse sur les personnages et ses immeubles sans âme deviennent le reflet de ce qui se passe dans ce couple. Pas d’éclats de voix ou de portes qui claquent, chez Edward Yang le désenchantement l’emporte sur la colère. L’incommunicabilité au sein de ce couple est un ver qui ronge lentement ce qu’il reste d’amour entre ces deux êtres lestés de leur solitude et de leurs regrets. La narration est contaminée par la mélancolie qui nimbe le récit et émane de ses personnages. Son rythme languissant entre rêverie et fin d’un monde nous plonge dans le même spleen que Lon et Chin que l’on voit lentement perdre pied. Edward Yang joue des silences, des non dits, d’une photographie particulièrement sombre qui est en accord avec le ton du récit et ce qui se dégage de ce couple en train de disparaître comme une partie de l’âme de Taipei.

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Hou Hsiao-Hsien co-scénariste et acteur de ce film au tempo si particulier qu’il pourra tenir à l’écart de nombreux spectateurs, interprète Lon avec une justesse et une économie de jeu qui en disent déjà long sur la sensibilité avec laquelle il aborde un personnage et donc sur le directeur d’acteurs qu’il deviendra quelques années plus tard, qui continue encore de nous enchanter. Il porte en lui et sur lui le spleen qui donne des semelles de plomb à Lon, ces mots qui ne parviennent pas à sortir, cette colère qui n’éclatera qu’à une seule reprise dans une scène commencée avec une infinie douceur pour se terminer dans la plus noire des amertumes. Chin-Tai dont on peut regretter de ne l’avoir ensuite vu que dans seulement deux autres films (Dei Ha Ching de Stanley Kwan et un petit rôle dans Une Belle Journée d’été à nouveau dirigée par Edward Yang) compose un portrait de femme fragile et effacée, derrière ses grosses lunettes de soleil qu’elle ne quitte que rarement et qui lui donnent une allure de working girl typique des années 80 aux USA. Avec Taipei Story, Edward Yang a réussi à capter avec une grande acuité, tout en les faisant dialoguer, le zeitgeist de cette ville à un tournant de son histoire et l’intimité de deux âmes prisonnières de leur passé entre lesquelles l’amour s’est érodé comme les vieilles pierres de ces bâtiments condamnés à disparaître.

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Titre Original : TAIPEI STORY

Réalisé par: Edward Yang

Casting :  Hsiao-Hsien Hou, Su-yun Ko, Tsai Chin

Genre: Comédie Dramatique

Sortie le: 12 Avril 2017 – Version Restaurée

Distribué par: Carlotta Films

4 STARS EXCELLENT EXCELLENT

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