Juste une mise au point

JUSTE UNE MISE AU POINT (Billet d’humeur) Blockbuster et Série B

blockbusterBlockbuster et série B sont deux termes qui dominent la cinéphilie depuis des décennies, très plastiques utilisés tantôt de manière péjorative ou positive et semblent définir des notions contradictoires. Sans doute car leurs définitions ont connu au cours des années de nombreuses évolutions. Leur origine se trouve a la grande époque des studios ou les majors organisaient le cinéma. Le terme blockbuster était un des termes (inspiré des bombes anti-bunker de la seconde guerre mondiale) qui désignait déjà un film connaissant un succès considérable au box-office, des fresques comme Quo Vadis, The Ten Commandments, Gone With the Wind et Ben-Hur pouvaient être considérés comme des blockbusters de l’époque.

La série B, elle, était le pendant de ces grandes fresques ou films prestigieux, la seconde division d’Hollywood. Elle désignait des films aux budgets réduits destiné à alimenter les premières partie de double-programme. Avec le déclin de ce mode de distribution, la série B devint synonyme de films à petits budgets généralement d’une durée plus réduite. Si elle ne désigne pas un genre cinématographique, elle devient vite le refuge de genre comme le fantastique ou l’horreur même si le western la domine jusqu’aux années 70.

Mais le 20 juin 1975 la définition des deux termes va connaitre un bouleversement avec la sortie aux USA de Jaws d’un certain Steven Spielberg (dont le nom allait devenir indissociable du premier) considéré comme le jour de la naissance du blockbuster moderne.

L’ère moderne du blockbuster et la naissance de la série B blockbuster et du blockbuster de série B

Avec Jaws pour la première fois un film rapporte plus de 100 millions de dollars de recettes aux USA véritable « mur du son » du Box-Office qu’avaient approché les années précédentes The Godfather (86 millions) et L’Exorciste (89 millions).

jaws

Pour qualifier le phénomène Michael Eisner (à l’époque à la tête de la Paramount et futur dirigeant historique de Disney) lui donne le nom de « super-grosser » qu’il défini plus qu’un succès commercial comme un véritable phénomène de société : il faut absolument avoir vu le film et les spectateurs retournent le voir de multiples fois pour reproduire l' »expérience » en augmentant d’autant les recettes. Sa définition est bonne mais c’est le terme de blockbuster qui refait surface et s’impose dans le langage courant.

Deux ans après le triomphe de Jaws, la sortie explosive de Star Wars de George Lucas va pulvériser à nouveau tous les records précédents faisant définitivement entrer Hollywood à l’ère du blockbuster. Avec Star Wars s’ajoute un élément capital, George Lucas négocie avec la Fox les droits des produits dérivés. A l’époque à l’exception de quelques T-Shirts vus uniquement sous l’angle publicitaire, le merchandising est inexistant et le studio les cède donc sans rechigner. Grave erreur : s’appuyant sur la véritable communauté de fans qu’a enfanté le film l’exploitation de la licence Star Wars va générer une fortune considérable comparable à celle de l’exploitation en salles. LA GUERRE DES ETOILES AFFICHE

Cette naissance conjointe d’un « fandom » et le rachat des grands studios hollywoodiens par des conglomérats industriels vont pousser les majors a créer chaque années des films « événements » (Event pictures) aux budgets de plus en plus élevés s’appuyant sur un bombardement marketing précédant leur sortie en salles. Toute la stratégie des producteurs et distributeurs s’articule alors chaque année autour de « Tentpoles » (comme le pilier principal d’un chapiteau de cirque) qui supportent l’avenir des studios. Dés le début des années 80 les critiques mettent en cause cette politique comme étant la cause de la disparition d’un certain cinéma plus audacieux tels qu’il se pratiquait dans les années 70. Les coûts de production croissant, les studios sont devenus allergiques au risque et leurs films s’alignent sur le « plus petit dénominateur commun » pour attirer les foules. Voulant toucher un public jeune plus consommateur, ces grosses productions privilégient des genres tels que l’action, la fantasy et la science-fiction, genres jadis relégué à la Série B. Ainsi les blockbusters en reprennent les codes, ses créateurs en réhabilitent les grandes figures, beaucoup y ayant d’ailleurs fait leurs classes.

Avec le blockbuster moderne le terme de série B se voit donc également utilisé pour quelques films très coûteux, qui empruntent aux codes traditionnels des séries B ou bien de manière péjorative un film de genre sans ambition artistique. On peut ainsi qualifier malgré leur budgets conséquents des films comme Independence Day comme étant des séries B. Logiquement de par ce rapprochement le blockbuster moderne est marqué dès sa naissance du stigmate du mépris critique, malgré son succès et ses qualités. Jaws ne remporte aucun Oscar majeur et il faudra attendre le triomphe du Return of the King de Peter Jackson pour que cet anathème (provisoirement) soit levé.

Par ricochet l’avènement du blockbuster marque aussi une renaissance de la série B, renaissance amplifiée par l’émergence de la vidéo ou des productions modestes peuvent poursuivre une carrière commerciale lucrative. Comme à la grande époque des carrières vont s’y bâtir comme celle de celui qui deviendra le maître du blockbuster James Cameron. Si elles retiennent moins l’attention des critiques que les grosses productions, les séries B sont parfois un lieu d’expérimentations et d’une grande ingéniosité artistique. Ainsi le terme de série B désignera parfois des film vifs et énergiques, délesté des contraintes imposées par les productions de grandes envergures.

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Le cas de James Cameron est exemplaire : le premier Terminator est une vraie série B au sens premier du terme, un film de S.F à petit budget, sa suite elle est un des plus grands blockbusters de tous les temps, premier film dont le budget passe la barre des 100 millions de $ pourtant est il si différent dans l’esprit ?  La stratégie des studios va faire subir au terme de blockbuster un glissement sémantique. Défini jadis par son succès le blockbuster se voit qualifié désormais par l’ampleur de son budget et la puissance de son marketing. Chaque année déferlent donc des films conçus pour un succès maximal tant est si bien que le blockbuster devient presque un genre dans l’esprit du public. Il devient concevable de se référer à des films à la fois comme des blockbuster et des fours au box-office ce qui n’aurait eu aucun sens après les sorties de Jaws ou Star Wars. Suivant leur destin les deux définitions peuvent s’appliquer. De nouveaux termes sont apparus entérinant la disparition de la frontière entre série B et blockbuster, termes que beaucoup pensent en opposition : un film doté d’un budget réduit dont on attend pas un grand succès mais qui réalise des recettes de blockbusters sera qualifié de Sleeper hit.

L’influence de l’inflation du prix du ticket du cinéma, du parc de salles et des budgets va faire évoluer le seuil qui qualifie un blockbuster. La barre des 100 millions reste symbolique est remplacée de nos jours par celle des 200 millions de recettes sur le territoires US. De même James Cameron sera le premier à réaliser un film dépassant les 100 (T2) puis les 200 millions de $ (Titanic) devenu depuis des budgets de production courants de ce type de films (il a même passé la barre des 400 millions avec Avatar). Le territoire américain devient insuffisant pour amortir ces coûts considérables d’autant qu’il faut ajouter au budget de production la même somme en budget marketing. Jadis négligés les marchés extérieurs deviennent capitaux , il n’est plus rare de voir le ratio entre recettes US et internationales pencher du côté de ces dernières. Ainsi une nouvelle catégorie de blockbuster émerge, devenu le Graal des studios avec son seuil propre : le Billion Dollar Movie film rapportant un milliard de $ de recettes sur son exploitation internationale. Ce club très fermé compte 26 films à ce jour depuis le premier d’entre eux le Titanic de James Cameron.

titanic-affiche

En dehors de films qui deviennent de véritables phénomènes de société comme Titanic ou Avatar le marché asiatique en particulier est devenu indispensable pour atteindre ce niveau de recettes. L’apport de la 3D (quelque part un autre héritage de la série B) en gonflant le prix du ticket permet aussi d’atteindre cet objectif même si la tendance est plutôt à la baisse. L’extension du marché chinois a déjà un impact sur la nature des blockbusters , les studios entrent en coproduction avec des firmes locales ou créé des montages spécifiques pour le pays avec des scènes tournées avec des acteurs locaux. Ainsi le Blockbuster et la Série B, termes génériques, couvrent de nombreuses réalités et ne cessent d’évoluer au gré des évolutions stylistiques, commerciales et techniques.

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2 réponses »

  1. Yep : mais Avatar c’est « seulement » 300 M$ (J. Cameron in The Hollywood reporter) et on parle de 425 dans certains cas (Cf. The numbers.com) le club des millardaires c’est 27 oeuvres depuis quelques jours : en tout cas c’est une belle mise au point

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