Critiques Cinéma

UNDER THE SHADOW (Critique) L’Étrange Festival 2016

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Téhéran, 1988. Shideh, mariée et mère d’une petite fille, va débuter une écolde de médecine. Son mari est appelé au front durant la Guerre entre l’Iran et l’Irak. Shideh se retrouve alors seule avec sa fille. Mais bien vite celle-ci commence à avoir un comportement troublant et semble malade. La mère se demande alors si sa fille n’est pas possédée par un esprit… 

Dernière séance de ce festival de l’étrange et l’une des plus attendues, Under The Shadow que nous étions très impatient de découvrir depuis sa présentation au festival de Sundance 2016, se dévoile enfin. Si la comparaison a pu être faite avec Ana Lily Amirpour dont le premier film, s’inscrivant lui aussi dans le genre fantastique, avait soulevé l’enthousiasme de Sundance, deux ans plus tôt, elle s’arrête à l’énoncé de ces simples faits. Contrairement à Ana Lily Amirpour, Babak Anvari est né et a grandit en Iran et y a acquis une conscience politique qui irrigue son long métrage, quand A Girl Walks Home Alone At Night était avant tout un très beau mais assez vain exercice de style. Il ne s’agit pas de dire du mal d’Amirpour mais plutôt de dissiper un malentendu qui empêcherait d’apprécier Under The Shadow à sa juste valeur. Two and Two (2012), le court-métrage multi récompensé de Babak Anvari, avait déjà pour cadre l’Iran et était une allégorie sur la dictature de la pensée exercée en Iran. En partant d’un concept aussi absurde, mais parlant, qu’un professeur voulant obliger ses élèves à croire que 2 et 2 font 5, il démontrait l’absurdité et la violence de la dictature Iranienne qui formate les esprits et brise les volontés individuelles dès le plus jeune âge. Under The Shadow dont le récit se déroule à la fin des années 80, pendant la guerre Iran-Irak , porte également en lui une dimension politique très forte qu’il aborde par le biais du genre fantastique.

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Babak Anvari ancre d’abord son récit dans son contexte historique, en ouvrant le film par un panneau présentant en quelques lignes la guerre qui opposa l’Iran à l’Irak puis, par des images d’archives, montrant notamment des populations en train de fuir les villes bombardées. La première partie du film est abordée comme un drame sur une famille touchée de plein fouet par ces deux guerres qui ravagent le pays depuis la chute du Shah d’Iran et le début du conflit avec l’Irak. Il y a d’abord cette guerre menée de l’intérieur par ce pouvoir qui appelle « révolution culturelle » l’instauration d’un ordre et d’une morale conforme à son interprétation de l’islam. Shideh (Narges Rashidi) en est directement victime, dès le début du récit, lorsqu’elle est convoquée par le recteur de l’université de médecine pour se voir signifier son exclusion en raison de son activisme politique. Un portrait de l’ayatollah Khomeni au mur de son bureau, ce recteur obéit aux ordres de ce régime qui à son arrivée au pouvoir avait fermé les universités pendant près de 2 ans, pour les « purger » de leurs enseignants et étudiants contestataires et rendre les programmes « conformes » à ses préceptes. Shideh qui, en tant que femme, se voit déjà dénier le droit de sortir et s’habiller comme elle le souhaite, se voit ainsi priver de la possibilité de se réaliser professionnellement et de tenir la promesse faite à sa mère décédée 6 mois auparavant. Assignée à son seul rôle de mère et de femme au foyer, elle se heurte en plus au manque de compassion de son mari, Iraj (Bobby Naderi), pourtant « progressiste », qui ne prend pas la mesure du traumatisme que vit son épouse et l’interprète comme un refus de se consacrer entièrement à l’éducation de leur fille. Chez elle, Shideh vit à l’occidentale, fait sa gymnastique devant les VHS de Jane Fonda, notamment lorsque le stress la gagne. Le jeu de Narges Rashidi n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de ces grandes actrices des années 70. Dégageant à la fois beaucoup de force et de sensibilité, elle tient le film sur ses épaules. En optant pour une mise en scène très réaliste, sans effet, sans musique, Babak Anvari pose les bases du drame intime que traverse cette femme et à l’aune duquel, le spectateur sera libre de trouver une explication aux phénomènes et apparitions/ visions dont elle est sera victime dans la deuxième partie. Shideh est l’incarnation d’une génération maudite qui a connu la guerre et l’obscurantisme mais aussi l’incarnation de la résistance et de l’espoir, de cette volonté qui ne se brise pas, comme cet élève qui dans le court métrage de Babak Anvari refusa jusqu’au bout de céder aux injonctions et menaces de son professeur. Cette partie du récit existe par elle-même, elle est traitée avec beaucoup de justesse et n’apparaît pas comme un rouage de la mécanique que souhaite mettre en place le metteur en scène.

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Le « monde » de Shideh va encore un peu plus se fracturer, à cause de cette autre guerre, opposant son pays à l’Irak. En quelques scènes, quelques détails comme ces scotchs posés sur les fenêtres pour les protéger du souffle des explosions, Babak Anvari pose le cadre anxiogène qui alourdit le quotidien de cette famille, vivant désormais sous la menace de ces missiles irakiens. Son mari appelé au front, Shideh se retrouvera bientôt seule avec Dorsah dans cet appartement au charme cossu, qu’elle se refuse de quitter et qui sera le théâtre d’apparitions et de phénomènes fantastiques que Dorsah attribue aux djinns, des esprits maléfiques. À l’instar de ce que faisait Roman Polanski dans Le locataire, Babak Anvari joue sur la frontière entre le drame psychologique et le fantastique. Under the shadow a une double nature. Il peut se voir comme un film sur la lente dégradation mentale d’une mère et de sa fille, traumatisées par cette guerre dont elles ont eu la première manifestation concrète avec ce missile qui s’est écrasé, sans exploser, sur leur immeuble. La première partie du récit a posé un cadre dans lequel il est possible de trouver des explications aux visions de Dorsah et au basculement progressif de Shideh, dont on sait qu’elle a déjà souffert de troubles du sommeil liés au stress. Cette croyance dans les djinns étant par ailleurs très répandue, personne ne peut les ramener à la raison. Par cette contamination du récit par l’imaginaire et les peurs d’un enfant exposé à des croyances ou histoires qui le dépassent, Under the Shadow rappelle aussi The Babadook (Jennifer Kent). Mais Babak Anvari utilise moins de grosse ficelles et dans son traitement du fantastique est plus proche de Polanski ou de Jack Clayton (Les innocents). La mise en scène ne se départit pas d’un certain et bienvenu classicisme et ne se repose pas sur la moindre musique. Elle reste à la fois totalement cohérente avec le début du récit mais se dérègle légèrement, notamment dans ses cadres pour souligner subtilement le basculement psychologique de ses deux personnages. Cette même cohérence se retrouve dans le propos, le fantastique n’est pas déconnecté du réel et du contexte politique de l’Iran des années 80. Alors que le film entre de plein pied dans le fantastique et que Shideh et Dorsah tentent de fuir, Babak Anvari insère même une scène qui est un violent et cruel rappel au réel et qui en même temps renforce ce sentiment d’une femme prise au piège d’un monde qui lui est résolument hostile. Under the Shadow est un modèle d’intelligence par sa capacité à utiliser le genre pour porter un propos politique d’une remarquable cohérence. C’est un coup d’essai qui ressemble à un coup de maître.

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Titre Original: UNDER THE SHADOW

Réalisé par: Babak Anvari

Casting :  Narges Rashidi, Bobby Naderi, Arash Marandi ,

Ray Haratian, Bijan Daneshmand, Hamid Djavadan  …

Genre: Epouvante-Horreur, Thriller

Sortie le: –

Distribué par: –

4,5 STARS TOP NIVEAUTOP NIVEAU

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