Critiques Cinéma

TRANSFIGURATION (Critique) L’Étrange Festival 2016

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: Queens, New York. Milo a 14 ans. Orphelin, son seul refuge est l’appartement qu’il partage avec son grand frère. Solitaire, il passe son temps à regarder des films de vampires. L’arrivée d’une nouvelle voisine fera naître en lui des sentiments inédits… 

Après deux grosses déceptions (The Darkness, Hime-Anole) que peine à faire oublier une très belle découverte (Girl Asleep), la perspective de voir un film qui a enthousiasmé la plupart de nos collègues qui ont pu le découvrir à Cannes, est une vraie bouffée d’air frais. Aussi loin que l’on s’en souvienne, les films de vampire ont toujours nourri notre cinéphilie avec parfois des approches radicalement différentes, permettant au « genre » de ne jamais nous lasser. Plusieurs des réalisateurs que nous admirons le plus se sont emparés de cette mythologie dans des films aussi différents que passionnants: Roman Polanski (Le Bal des Vampires),Werner Herzog (Nosferatu), George Romero (Martin), John Carpenter (Vampires), Kathryn Bigelow (Near Dark), Francis Ford Coppola (Dracula),  Abel Ferrara (The Addiction), Park Chan Wook (Thirst), Jim Jarmusch (Only Lovers Left Alive). A l’instar de Tony Scott (Les prédateurs), c’est donc par ce genre que Michael O’Shea entame sa carrière de réalisateur. Si nous découvrons Transfiguration avec en mémoire tous ces films qui constituent l’ADN de notre cinéphilie,  nous n’avons en revanche aucun repère dans la carrière de Michael O’Shea dont c’est non seulement le premier long métrage mais aussi le premier scénario porté à l’écran.
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Lorsque Sophie (Chloe Levine) lui demande quel est son film de vampire préféré, Milo (Eric Ruffin) a le (très) bon goût de citer Near Dark, Morse et Martin. C’est tout sauf anecdotique, tant l’influence de ces films est perceptible . Mais c’est assurément avec Martin que Transfiguration entretient le lien le plus étroit dans son approche du genre. Oubliez le folklore auquel Milo comme Martin ne croit absolument pas, le récit de Michael O’Shea propose un traitement très réaliste du vampirisme, vu ici plus comme une condition résultant d’un choc psychologique ou une maladie mentale, qu’une nature. On imagine tout à fait Milo reprendre à son compte la réplique de Martin : « It’s not magic. it’s sickness ». La transfiguration de Milo se produit dès la première scène où on l’entend d’abord puis le découvre, dans des toilettes publiques, en train de boire le sang d’une de ses victimes. Sa vraie nature ou plutôt donc, sa condition, nous est ainsi révélée dès le début du récit. Milo est un jeune adolescent qui vit seul avec son grand frère dans une cité de la banlieue de New York. Ce cadre n’est pas un décor et a une grande importance dans son histoire et son parcours. S’il entre tout de suite de plein pied dans le genre, Transfiguration est bien plus que cela. Ce n’est pas un film de vampire qui se donne des airs de film social pour se démarquer de la production habituelle mais un film social dont le personnage principal se comporte comme un vampire. Il vit avec sa condition comme s’il devait composer avec une maladie et ne prend aucun plaisir à tuer et encore moins à boire le sang de ses victimes. S’il y a chez lui une forme de fascination qui le pousse à regarder encore et toujours des films de vampire, il s’en sert aussi pour acquérir les connaissances qui lui permettent de mieux comprendre, accepter sa condition et organiser sa vie en fonction. Il prend des notes, coche sur un calendrier les jours où il devra partir en « chasse » et obéit donc plus à un code de conduite qu’à des pulsions irrépressibles. Solitaire et régulièrement moqué par les jeunes de sa cité qui l’appellent « freak », on est bien loin du vampire romanesque et plutôt dans le registre social/dramatique cher au cinéma indépendant américain. L’approche quasi documentaire rappelle notamment le cinéma des Safdie Brothers (Heaven Knows What) et confère  à Transfiguration sa singularité mais aussi une forme d’étrange froideur qui empêche d’y adhérer complètement. Le jeu de mots serait trop facile alors nous éviterons de dire que cela manque de mordant mais on aurait aimé que le film arrive par moment à être plus viscéral. Même si la rencontre avec Sophie et sa relation avec Milo aère le récit, il y a le sentiment qu’il joue toujours sur la même note, retient trop l’émotion à l’instar de son personnage principal. Eric Ruffin que les inconditionnels de The Good Wife connaissent déjà a un jeu étonnamment puissant pour un acteur de son âge et empreint d’une gravité constante qui le rend quelque peu monolithique. S’il est très charismatique et se conforme à l’écriture de son personnage, il contribue à ce sentiment d’étrangeté, que quelque chose nous échappe, et nous laisse un peu extérieur à son histoire. Face à ce bloc de granit, Chloe Levine est solaire et réchauffe heureusement le récit, toujours très juste y compris dans son « jeu sans ballon » (ses gestes, sourires et regards quand elle est en présence de Milo). Sophie est pour le coup typiquement un personnage tel qu’on en croise dans cette veine du cinéma indépendant/social américain. Heureusement, le récit ne s’attarde  pas sur le pathos de sa vie qui reste périphérique mais explique sa personnalité et l’évolution de sa relation avec Milo dont elle est très différente. Leur goût pour les films de vampire sont par ailleurs totalement opposés et permettent d’installer un petit running gag sur Twilight et les films non réalistes. L’intérêt de leur relation n’est pas anecdotique. Par ses questions, Sophie obtient quelques unes des réponses que l’on attendait pour mieux comprendre la psychologie de cet adolescent fasciné par les vampires mais aussi par les morts violentes d’animaux dont il regarde régulièrement des vidéos. Sa relation avec Sophie révèle une autre facette de sa personnalité , une sensibilité qu’il semble vouloir étouffer autant par peur de souffrir que de faire souffrir. Si, comme les autres, elle ignore sa condition, elle ne voit pas en lui un freak et quand ils sont ensemble, ils redeviennent deux jeunes gens de leur âge, deux adolescents insouciants. Elle même ne se sent pas jugée et est rassurée par son caractère posé. Leurs scènes outre le fait qu’elles ont un réel intérêt dans la compréhension de la personnalité de Milo, sont aussi des moments un peu à part, en apesanteur, où l’on perçoit que l’on touche là un sujet qui tient particulièrement à cœur à Michael O’Shea: L’adolescence.

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Loin de jouir de sa condition et d’être habité par un sentiment d’immortalité que l’on rencontre souvent chez ses congénères, ce « vampire » adolescent est hanté par la mort à laquelle la vie l’a confronté très tôt et durement. S’il ne pense pas au suicide, comme il le dit à Sophie, c’est parce qu’un vampire ne peut pas se suicider. Lorsque Michael O’Shea replonge enfin les mains dans le genre pour mettre en scène les « chasses » de Milo, il le fait sans fascination, en jouant sur une bande son, que d’aucuns pourront juger un peu grossière mais qui, quand on pense à la psychologie de son personnage, est totalement en phase avec le basculement qui s’opère alors en lui. A l’instar de Milo, le spectateur n’est pas mis en situation de « jouir » de ces meurtres pour lesquels la mise en scène n’a aucune complaisance. Là aussi, Transfiguration se rapproche du traitement de George Romero sur Martin. On est plus dans un portrait psychologique que dans un film de genre obéissant aux codes habituels, dont il se fait d’ailleurs un malin plaisir à se moquer. Nous nous attendions à quelque chose de singulier et de ce point  de vue, nous avons été totalement satisfait. Pour un premier film, bien que Michael O’Shea ait un parcours très atypique et qu’il ait une maturité et un parcours qui le différencient de ses confrères, la radicalité du dispositif et du propos est bluffante. C’est parfois assez inconfortable et tout du moins déstabilisant mais la conclusion du récit nous a mis KO et est venu valider l’ensemble du dispositif. De notre point de vue, Transfiguration a gagné ses galons de grand film et méritera d’être cité au côté des références du genre.

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Titre Original: THE TRANSFIGURATION

Réalisé par: Michael O’Shea

Casting :  Eric Ruffin, Chloe Levine, Aaron Moten,

Carter Redwood, Danny Flaherty, Lloyd Kaufman…

Genre: Epouvante-Horreur, Drame

Sortie le: 8 Février 2017

Distribué par: ARP Sélection

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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