Critiques Cinéma

KILL ME PLEASE (Critique)

4 STARS EXCELLENT

kill me please affiche

SYNOPSIS: Le docteur Kruger est un pionnier décidé à faire entrer le suicide dans la modernité. Sa clinique reçoit une subvention gouvernementale afin que le suicide ne soit plus une tragédie, mais un acte médical assisté. Son rêve est de trouver un cadre thérapeutique à l’intérieur duquel la médecine parvient à dominer cette pulsion de destruction que les désespérés, ou les malades, veulent exercer contre eux-mêmes. Chaque jour, le docteur Kruger reçoit ses malades et les écoute. Tour à tour, les patients défilent dans son bureau et examinent avec lui les motifs qui justifient — ou non — leur suicide à venir. Lorsque la décision est prise, chacun a le droit de voir exercer un dernier souhait : déjeuner spécial, vin d’excellence, lubie personnelle. Le docteur Kruger est un humaniste qui cherche à rendre la mort des autres plus douce. Mais dans la montagne isolée où il a décidé de bâtir son rêve de « suicide idéal », quelque chose vient lui rappeler que personne ne contrôle la pulsion de mort : la mort elle-même. 

Au début, tout paraît étrange. Ce noir et blanc charbonneux, cette idée assez farfelue d’une clinique pratiquant le « suicide assisté », cette façon de parler de la mort avec un mélange de sérieux et de détachement, sans parler de la présence d’un Benoît Poelvoorde en star prétendument cancéreuse qui se tranche tout à coup les veines dans sa salle de bain (de là à y voir un d’œil direct à sa dépression de l’époque, il n’y a qu’un pas). Tous les ingrédients font alors penser à une nouvelle farce à la C’est arrivé près de chez vous, encore aujourd’hui le prototype statufié de la comédie noire et grinçante prompte à rigoler de tout, surtout du pire. C’est le cas, mais nos voisins du plat pays ne sont pas foncièrement du genre à oser le surréalisme et l’absurde sans une bonne idée derrière la tête. Ici, le postulat vaut son pesant de cacahuètes : le suicide n’est plus considéré comme une tragédie humaine, mais comme un acte médical qu’il convient d’encadrer afin d’accompagner le patient vers une mort douce et paisible. En guise de « dernière cigarette » pour tous ces condamnés à la déprime absolue, tout est envisageable, comme le fait de finir au lit avec du champagne et une étudiante à poil ! Et dans cette clinique, une seule règle est imposée aux infirmiers vis-à-vis des patients : « La compassion oui, les liens d’amitié non ! ».

kill me please 1

On l’avoue, les premières scènes de Kill me please sont sidérantes par leur incapacité à privilégier le rire ou le malaise. En mêlant ces deux tonalités avec un brio d’autant plus stupéfiant que sa réalisation reste des plus modestes, Olias Barco – triomphalement revenu de l’échec commercial de Snowboarder – s’inscrit surtout dans une tradition de cinéma belge libre et sans concessions qui ne craint pas de tordre le schéma analytique de son audience, quitte à superposer le malaise à l’hilarité. On peut déjà s’amuser du personnage central du film, ce fameux docteur Kruger (Aurélien Recoing, impeccable comme toujours), dont le calme solennel et le discours prétentieux (« Un jour, le suicide sera un droit de l’Homme, écrit noir sur blanc dans la Constitution ») sont à deux doigts d’évoquer une posture de gourou dissimulateur (de tueur ?). Autour de lui gravitent un bon paquet de spécimens barrés qui se font concurrence dans la lâcheté et la loose : un quadragénaire traumatisé par la mort de sa mère (Saul Rubinek), une chanteuse qui a perdu sa voix (Zazie de Paris), un homme qui a perdu sa femme au cours d’une partie de poker (Bouli Lanners), un désaxé qui veut mourir durant une partie de paintball (Virgile Bramly), sans parler d’une belle inspectrice des finances (Virginie Efira) qui cache bien son jeu.

kill me please 2

Plus le récit avance, plus l’ambiance passe de la déprime carabinée au jeu de massacre absurde façon Les percutés, en particulier lorsqu’une poignée de villageois bien énervés se mettent à tirer sur tout ce qui bouge. Tout le film passe alors en mode « bazooka », poussant le cauchemar existentiel de chacun vers le point de non-retour, laissant chacun exacerber son tempérament suicidaire face à la mort qui survient, et révélant le côté ubuesque des caractères (la scène où le personnage de Bouli Lanners révèle son code éthique vis-à-vis du jeu de poker est à hurler de rire). Kill me please s’impose alors en farce barrée, profondément perturbante dans son propos, mais qui peine hélas à trouver une porte de sortie digne de ce nom. Certes, la volonté de Barco d’emmener l’intrigue vers une impasse totale apparaît des plus logiques, mais on peut tout de même imaginer qu’il existait sans doute plus original et plus frappant que cette banale Marseillaise chantonnée in fine par Zazie de Paris. Pour autant, avec ce film osé et grinçant (qui plus est multi-récompensé à sa sortie), il révèle de sacrées dispositions pour l’humour noir teinté d’une vraie amertume existentialiste, et c’est déjà énorme.

kill me please affiche

Titre Original: KILL ME PLEASE

Réalisé par: Olias Barco

Casting :  Aurélien Recoing, Benoît Poelvoorde, Virginie Effira,

Bouli Lanners, Zazie de Paris, Saul Rubinek…

Genre: Comédie

Sortie le: 3 novembre 2010

Distribué par: Le Pacte

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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