Critiques

BARON NOIR (Critique Saison 1) Noblesse oblige

4-stars-excellent

baron noir affiche

SYNOPSIS: L’épopée politique et judiciaire de Philippe Rickwaert, député-maire du Nord, porté par une irrépressible soif de revanche sociale. Lors de l’entre-deux tours des élections présidentielles, il voit son avenir politique s’effondrer lorsque son mentor, le candidat de gauche, le sacrifie pour sauver son élection. Déterminé à se réinventer une carrière, Philippe va utiliser élections et temps forts politiques pour s’imposer pas à pas, contre celui qui l’a trahi, mais fort d’une alliance nouvelle avec la plus proche conseillère de son ennemi. Indispensable mais incontrôlable, aussi menteur que sincère, cultivant des amitiés dans toutes les strates de la société, y compris au sein de la police et du grand banditisme,sa vie est un fascinant chaos organisé, un combat de chaque instant contre ses ennemis – et ses propres démons.

Regarder droit dans les yeux l’histoire politique de son pays et s’efforcer d’être en prise directe avec l’actualité est une rareté dans le paysage audiovisuel français où observer par le trou de la serrure les arcanes du pouvoir, les ausculter à la loupe et dénoncer leurs travers n’est pas une habitude fréquente. Là où par ailleurs réussissent très bien les américains (House of Cards, A la maison blanche, Veep) ou les danois (Borgen) en créant des œuvres marquantes, nous tentons difficilement de nous rapprocher de leur talent pour conter des récits qui nécessitent également de s’approprier un ton et un point de vue. En 2006, L’état de grâce s’y était essayé sans succès par le prisme d’un ton décalé mais rien de notable jusqu’à la première saison des Hommes de l’Ombre qui parvint à décrire la mise en orbite d’une candidate à la présidentielle par l’intermédiaire des communicants qui gravitent autour d’elle. Mais de véritable série politique qui prend le pouls de la société, nulle trace. Dès ce lundi 8 février, Baron noir va rectifier ce manque en prenant elle, une tout autre perspective en nous plongeant directement au cœur même de l’appareil politique et au centre d’un parti, en l’occurrence le parti socialiste et en nous immergeant dans un milieu où l’idéalisme des uns se fracasse sur les désillusions des autres là où chacun est capable de renier ses idéaux pour préserver ses intérêts. Ce n’est pas dans le clinquant de sa distribution, au demeurant excellente, que se trouve le centre névralgique de Baron noir. Ici le fond prévaut et l’on découvre aussi bien les alliances qui se forment à contre courant que les accords tacites bafoués, les pressions qui sont monnaie courante et que chacun supporte plus ou moins facilement ou les guerres intestines auxquelles se livrent les candidats, les petites saloperies que les uns distillent sur les autres, la violence verbale qui se distingue par son onctuosité dénuée de vulgarité, la violence psychologique qui s’exerce sans états d’âme… Le tout s’inscrivant dans le filigrane d’un récit à la construction implacable, sans céder aux sirènes d’un sensationnalisme que les anecdotes peu vertueuses disséminées ça et là auraient pu convoquées.

baron noir 1

Sur 8 épisodes la série raconte comment Philippe Rickwaert (Kad Merad), député-maire de Dunkerque va chercher à reconquérir un pouvoir qu’il avait à portée de main et qui lui a été arraché par le futur président de la République également son mentor Francis Laugier (Niels Arestrup). Entre vengeance personnelle et politique, les deux hommes vont croiser le fer dans une lutte sans merci avec au milieu Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis), d’abord conseillère, avant d’obtenir un rôle de premier plan au cœur de cette bagarre. Réalisée par Ziad Doueiri et co-écrite par Jean-Baptiste Delafon et Éric Benzekri (qui fut militant politique, pratiqua le syndicalisme étudiant et fut même conseil de certains députés, ministres et candidats à la présidentielle) la force principale de Baron Noir est de ne pas faire de la politique un prétexte ni une trame périphérique mais d’être bien le sujet même de cette histoire, sans sacrifier ni à l’authenticité ni au romanesque. En témoigne la nécessaire création de personnages qui ne cèdent jamais à la caricature et dont la substance est indéniable. En choisissant de s’ancrer dans la réalité en utilisant le nom du Parti socialiste et non pas une entité fictive et de décrire un trident ni tout blanc ni tout noir mais avec des zones d’ombre et une réelle ambiguïté, les scénaristes ne magnifient pas un instant leurs personnages ni la charge de leurs responsabilités. Parvenant également à alterner entre les descriptions du milieu populaire dont est issu Rickwaert et le luxe qui a cours dans les antichambres des ministères, les auteurs nous plongent dans un milieu où tous les sentiments sont exacerbés et nous permettent d’assister en parallèle tant aux combats locaux qu’aux enjeux nationaux, dessinant en creux une carte extrêmement précise et passionnante de ce qui fait l’essence de la politique contemporaine. Mélange de série politique et de thriller addictif, Baron Noir réussit de manière éclatante ce que personne n’avait réussi avant dans ces proportions.

baron noir 2

Cependant la série n’est pas une réussite totale, le premier épisode notamment après dix premières minutes efficaces et des dialogues percutants qui campent d’emblée les deux personnages principaux, sont suivies de vingt minutes redondantes qui annihilent le rythme de départ avant que la tension ne remonte d’un cran pour retomber à nouveau avant une dernière scène très alléchante. Les travers français de l’épisode pilote qui se cherche et prend des raccourcis plutôt que d’être uniquement percutant. D’autres séquences éparses au fil des épisodes s’éloignent un peu du coeur du récit et semblent s’insérer un peu gratuitement dans l’histoire sans réelle justification (notamment deux scènes avec la fille de Rickwaert dans les épisodes 3 et 5). Kad Merad met un peu de temps à apprivoiser son personnage mais il devient vite excellent, nuançant son jeu et s’éloignant considérablement des rôles comiques qui ont fait sa gloire. Niels Arestrup lui est parfait comme d’habitude, intense et imposant comme son rôle l’exige. Anna Mouglalis possède elle ce magnétisme et cette étrangeté qui lui confèrent un charisme qui ne se dément pas un seul instant. Autour d’eux, Hugo Becker (qui n’en finit pas de s’imposer après Chefs et Au service de la France), Damien Jouillerot, Laurent Spielvogel ou encore le formidable Michel Muller, complètent un casting vraiment réussi. Décrivant autant les petites magouilles des circonscriptions que les combats sur les plus hautes cimes du pouvoir, la manipulation affective que les alliances entre partis pour mettre l’ennemi commun sous l’éteignoir, Baron noir nous met face au miroir de notre société avec sa dramaturgie en toile de fond. C’est âpre, violent et sec, mais servi par des dialogues de haut vol et un vrai fond intelligent et respectable comme on en voit trop peu, ce qui, malgré les petites faiblesses évoquées, permet de rallier tous les suffrages.

Crédits: Canal +

 

Advertisements

2 réponses »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s