Lettre ouverte à...

LETTRE OUVERTE ET POST-SCRIPTUM A CLAUDE LELOUCH, HOMME A FILMS

Cher Claude Lelouch,

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Je suis ému de vous écrire aujourd’hui. J’éprouve depuis des années une passion intense pour votre cinéma qui ne s’est jamais démentie, même lorsqu’au plus fort de la houle vous étiez moqué et honni par vos pairs. Certaines histoires d’amour entres spectateurs et cinéastes ne répondent pas toujours à une quelconque logique mais plutôt à des sentiments inexplicables qui sont personnels à tout un chacun. De l’écho que certaines histoires, thématiques, interprétations, dialogues peuvent avoir avec sa propre vie, font qu’un réalisateur et un spectateur se télescopent parfois pour toujours dans l’intimité de la salle obscure. Je suis un cœur d’artichaut, cher Claude Lelouch, aussi je ne vous ferais pas l’affront de vous mentir et de vous dire que vous êtes le seul metteur en scène que j’aime sans compter, mais vous êtes l’un de ceux avec qui cela dure. Et plus précisément pour ma part, cela date paradoxalement, non pas d’une rencontre avec l’un de vos films au cinéma, mais du passage à la télévision dans les cours des années 80 de Les Uns et les Autres. Le gamin que j’étais alors ne comprenait pas tout ce qu’il découvrait sur l’écran mais il savait déjà reconnaitre une distribution exceptionnelle quand il en voyait une, et je me rappelle aussi parfaitement de ce sentiment devant la beauté de certains plans qui, combinés à la musique absolument divine de Francis Lai et de Michel Legrand, m’avaient grandement impressionnés. Et bien entendu la découverte du Boléro de Ravel dont la magnificence était surmultipliée par votre caméra lyrique et aérienne. Si mon coup de foudre pour votre travail date du visionnage de Les Uns et les Autres, je n’ai pu réellement prendre la mesure de ce phénomène qu’en 1988 quand j’ai pris en pleine tête la claque Itinéraire d’un enfant gâté. Belmondo, dont j’étais depuis toujours un fan enamouré, dans un film de Claude Lelouch, même si ce n’était pas le premier, l’occasion était trop belle pour l’ado fan de cinéma que j’étais alors.

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Et j’ai adoré Itinéraire… c’est un film que j’aime passionnément, que je revois régulièrement et qui est parsemé de scènes qui sont un vrai régal. L’émotion et l’humour se répondent constamment et l’on est emporté par la magie de vos images, cher Claude. Pas sûr que Jean-Paul Belmondo, mon héros pour la vie, ait jamais été aussi bien filmé que dans ce film magique. Dès lors, je n’ai plus jamais manqué un rendez-vous avec vos films en salles (si ce n’est à deux reprises pour des raisons indépendantes de ma volonté) et j’y ai toujours, même dans vos films peut-être les moins abordables, trouvé des moments uniques et magnifiques, comme si vous saviez si bien me toucher au cœur. Votre trilogie avortée qui vous a valu de nombreux quolibets et moqueries, Le genre humain, et bien moi je l’adore, enfin j’aime les deux films qui ont été exploités, Les Parisiens et Le Courage d’Aimer. J’aime la musique, les acteurs que vous dirigez si bien, certaines séquences que je trouve délicieuses… Hommes Femmes Mode D’Emploi où vous dirigiez Bernard Tapie et qui vous a valu lui aussi des critiques acerbes, La Belle Histoire, Les Misérables du XXème siècle et d’autres encore sont chers à mon cœur, je trouve tellement souvent mon bonheur dans votre cinéma que chaque rendez-vous à venir est une promesse de plaisir. Les sujets les plus improbables deviennent sous votre regard, sources de délicieux moments et votre amour de la musique comme son utilisation (bien aidé notamment par votre fidèle et merveilleux Francis Lai) se sent, se ressent et se partage avec une force que vos images développent plus encore. Je ne vais pas citer tous les plaisirs de cinéma que j’ai eu grâce à vous, le remède anti-morosité que vos films deviennent parfois, car même de l’ombre de certaines de vos thématiques jaillit régulièrement la lumière des rires et des sourires. Vous êtes un orfèvre cher Claude Lelouch, qui maitrisez VOTRE art de la narration à  la perfection. On vous a souvent reproché vos flash-backs ou certains de vos montages, mais dès lors qu’on s’y laisse prendre, qu’on se laisse porter par l’élégance de vos plans, le rythme intrinsèque de vos images, les pulsations de votre petite musique et les emballements de votre grande musique, dès lors que tout ce mélange au shaker savamment préparé et distillé est prêt à être servi vous savez conquérir les cœurs et les âmes. J’avais envie de vous le dire, de vous l’écrire, de vous remercier d’être entré dans ma vie et d’avoir mis votre talent sur ma route, de m’avoir permis de m’emballer, d’être ému aux larmes, de rire aux éclats, parfois les deux en même temps, parce que si le cinéma est votre vie, vous avez fait entrer la vie dans votre cinéma et par ricochets dans la mienne. Alors merci de n’avoir jamais cédé aux sirènes de la mode, d’être resté intransigeant tout le temps et de continuer à nous émouvoir, à nous toucher, à nous émerveiller. Un Plus Une est votre prochain cadeau et il sort à quelques semaines de Noël et pour l’avoir vu j’ai encore envie de vous dire merci pour ce nouveau cadeau et en enfant jamais suffisamment rassasié, j’aimerais vous dire: A quand le prochain?

Votre dévoué Fred Teper

Post-scriptum par Erwan Darbellay

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Cher monsieur Lelouch, à mon tour de vous raconter une histoire… nous sommes en 1992, à Fribourg en Suisse, j’ai 17 ans, avec quelques copains nous décidons d’aller voir Terminator 2… Malheureusement la séance est complète. Si mes amis laissent tomber, moi je suis venu pour me faire un ciné, je vais donc me faire un ciné. A l’époque je découvrais avec un peu de retard le cinéma des années 80. Je me nourrissais de Spielberg, Zemeckis, Dante, etc… et je ne connaissais absolument rien au cinéma français. Bref, dans l’autre salle un film intitulé La Belle Histoire. Sur les photos promos des soldats romains, et comme je suis passionné d’histoire, particulièrement de la Rome antique, pas d’hésitation, je vais donc voir mon premier film d’un certain Claude Lelouch… Imaginez bien que pour la partie historique j’ai été déçu… mais en contrepartie je me suis pris mon premier grand choc cinématographique sur grand écran… réflexion philosophique sur la réincarnation, la mort, l’amour, film fleuve rythmé par les abeilles d’Israël et la musique de Francis Lai. Une œuvre de 3h30, votre cinéma dans toute sa démesure, un film détesté par les uns et adoré par les autres.

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J’ai depuis découvert vos autres films, vos chefs d’œuvres, vos grands films, et même vos films moins réussis mais toujours réalisés avec passion et enthousiasme. Votre cinéma, Claude Lelouch, c’est aussi des chabadabada, de la musique, beaucoup de musique, un cinéma virevoltant, qui parle d’amour, d’amitié, de grands hommes et de petites gens, c’est beaucoup d’émotion, des rires, de la passion, des fresques impressionnantes et des petits films tout simple. Finalement c’est une patte reconnaissable entre mille, certains diront en ricanant que c’est des tics, et d’autres qu’il s’agit tout simplement de la marque d’un grand réalisateur qui raconte certes toujours un peu la même histoire, mais comme c’est une belle histoire on aime à l’entendre encore et encore… Merci Claude Lelouch d’avoir mis des Chabadabada dans ma vie !

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