Critiques Cinéma

LE PONT DES ESPIONS (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

le pont des espions affiche

SYNOPSIS: James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé.

Alors que Le Soldat Ryan, La Liste de Schindler, Munich, La Guerre Des Mondes, Cheval de Guerre ou Lincoln ont nourris l’imaginaire déjà bien fourni du cinéaste, voilà que Steven Spielberg s’intéresse à un conflit inédit de son œuvre : La Guerre Froide. Celle où il n’y a ni soldat, ni front et où la bataille est principalement celle de l’information. Entre les deux grandes puissances, la guerre essentiellement souterraine se déroule par mouchards interposés, permettant à Spielberg d’explorer le monde mystérieux de l’espionnage (peu représenté jusque-là) et à nouveau celui de la justice dans sa 4ème et nouvelle collaboration avec Tom Hanks. Pendant que la menace d’une attaque nucléaire plane sur l’Amérique, Rudolf Abel (Mark Rylance), un espion russe présumé, est mis aux arrêts car soupçonné de servir le camp opposé. James Donovan (Tom Hanks), avocat en assurance, est alors dépêché pour constituer la défense d’Abel. S’inscrivant dans la lignée directe du précédent film Lincoln (et d’Amistad, sorti en 1997), la première heure du Pont Des Espions place la justice au centre de ses enjeux. Tel le 16ème président utilisant les textes de lois fondamentales comme un indéfectible instrument de la liberté, Donovan va au bout de ses idéaux et entend assurer la meilleure des défenses en offrant un procès équitable à un ennemi de la nation, comme à n’importe quel autre client. Vibrant plaidoyer en faveur des Droits de l’Homme et du respect de la Constitution, Spielberg met en avant le droit à l’égalité devant la loi pour tous les individus. Trouvant une raisonnance toute particulière dans la situation actuelle (comme Minority Report à son époque), on y dénote un propos sur les dangers de l’exception morale en période de crise et des actions faites hors-cadre juridique. Et on soupçonne aisément que ce n’est pas tant le traitement des espions soviétiques qu’a forcément en tête le réalisateur mais plutôt des affaires contemporaines, comme les conditions de détention du camp controversé de Guantánamo, le tout accompagné d’une critique de la politique et de la droite américaine via des raccords puissamment évocateurs (des images de bombe nucléaire suivant un chant patriotique d’écoliers). A travers son combat envers la partialité des institutions, le personnage de Tom Hanks est sublimé dans sa détermination à servir une cause humaine et juste, malgré les instincts idéologiques, les intimidations de ses concitoyens et les dangers de mort qui touchent sa famille. Comme le déclarera Abel, un « homme debout » (« Standing Man ») devant la Cour, qui n’est pas sans rappeler le rôle de Gregory Peck dans Du Silence Et Des Ombres, mais surtout celui de James Stewart dans Mr. Smith Au Sénat, pour qui la lutte devient aussi bien physique que verbale quand il se force à rester littéralement debout jusqu’au triomphe de la liberté. Comme dans le film de Frank Capra, l’homme simple face au groupe est engagé en vulgaire exécutant pour sauver les apparences mais décide d’accomplir son devoir en servant la justice coûte que coûte. Chez les deux réalisateurs, cela se traduit par une foi et un discernement implacable traversant leur personnage respectif.

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Des personnages qui, chez Spielberg, pourraient presque faire office de frères jumeaux tant leur mission semblent se rejoindre. Pour le soldat Tom Hanks, il s’agit encore de franchir des frontières et sauver des vies dans une seconde partie de film marquée par un humanisme inaltérable. Loin de jouer le jeu du manichéisme primaire, les hommes, qu’ils soient américains ou soviétiques, sont placés sur un même pied d’égalité dans un propos suffisamment nuancé et une absence de parti-pris idéologique. Fidèle à lui-même, Spielberg produit plusieurs moments de grâce en faisant dialoguer ses propres films entre eux. Ainsi, la question de l’identité est mise sur la table dès le premier plan (l’espion qui se tire un autoportrait en regardant son miroir) dans des jeux de rôles subtils (qui est qui ?) à base de bluff et de mise en scène. On retrouve ensuite dans des paysages européens dévastés par le fascisme, toute la bonté d’Oskar Schindler chez Donovan, pour qui chaque « personne de plus » est cruciale mais aussi l’entretien de 2 hommes de camps adverses finissant par conclure « nous devons avoir la discussion que nos gouvernements sont incapables d’avoir » en nous ramenant à l’une des grandes scènes de Munich, en plus de convoquer sa photo joliment surexposée et ses citoyens happés par leur pays. Et c’est au passage ce que Spielberg s’évertue à exprimer depuis quelques décennies : face à un argument toujours sécuritaire, cette idée qu’au-delà des camps, des guerres, des frontières et des idéologies, nous sommes tous semblables et que seule l’humanité compte. Attendu systématiquement comme le messie, le nouveau Spielberg ne déçoit pas et prouve que le bonhomme est plus que jamais dans la course. Foisonnant d’idées dans la mise en scène, le montage et le mouvement, le réalisateur d’E.T offre un thriller politique aussi captivant qu’humainement profitable, aidé par un scénario des frères Coen écrit au cordeau et une musique (n’ayant pas à souffrir de l’absence de John Williams) tantôt échevelée, tantôt poétique signée Thomas Newman. Dans le rôle du meilleur assureur vie, Tom Hanks, capable d’émouvoir avec seulement un regard, suscite instantanément la bienveillance et l’humour de son personnage en proposant une composition à l’image de ses travaux antérieurs avec Spielberg. Une association de virtuosité à regarder comme une saga passionnante qui se renouvelle et dont le Pont Des Espions serait l’aboutissement final, en regroupant tous les refrains des mélodies précédentes (l’humanisme du Soldat Ryan, la question de l’identité d’Arrête-Moi Si Tu Peux et la critique acide de l’Amérique raciste du Terminal). Un duo qui, sans aucun doute, a encore beaucoup de choses à nous raconter et qu’on prendra chaque fois plaisir à retrouver.

le pont des espions affiche

Titre Original: BRIDGE OF SPIES

Réalisé par: Steven Spielberg

Casting : Tom Hanks, Mark Rylance, Scott Sheperd,

Amy Ryan, Alan Alda, Sebastian Koch…

Genre: Thriller

Sortie le: 02 décembre 2015

Distribué par: Twentieth Century Fox France

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