Critiques

FLESH AND BONE (Critique Saison 1) Au cœur du ballet

2,5 STARS MOYEN

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SYNOPSIS: Des corps meurtris, une pression insupportable et des jalousies constantes, tel est le quotidien des danseurs de ballet. Un quotidien dont rêve Claire, jeune danseuse de Pittsburgh fraichement débarquée à New York pour intégrer l’American Ballet Company. Là-bas, la jeune fille devient la coqueluche de Paul Grayson, directeur artistique colérique, sadique et manipulateur qui voit en elle une future star, une Etoile. Elle découvre que le prix à payer pour y parvenir n’est pas que celui de la torture de son corps au fil d’entrainements drastiques et de privations. Cela revient, parfois, à vendre son âme au diable.

Flesh and Bone, c’est le projet chéri de la scénariste Moira Walley-Beckett, ancienne danseuse classique reconvertie en auteure, à qui n’importe quelle chaîne donnerait la lune depuis qu’elle a écrit pour Breaking Bad. On lui doit notamment Ozymandias, antépénultième épisode et meilleur scénario de la série selon nombres de critiques. Autant dire que lorsque Walley-Beckett s’est pointée chez Starz avec son projet de série sous le bras, l’accueil a dû être plus que chaleureux. Et sur le papier, Flesh and Bone a tout du succès garanti : athlétisme, éclectisme, art, culte de l’excellence, de la psychologie noire à ne plus savoir qu’en faire et des acteurs aux physiques de dieux grecs.

Le fait est qu’il y a des choses que la série fait remarquablement bien. D’un point de vue visuel, c’est sublime. La photographie de Terry Stacey et Adam Arkapaw s’allie à la musique de Dave Porter et à la chorégraphie toute en courbes d’Ethan Stiefel d’une manière harmonieuse et complètement hypnotique. Les danseurs sont parmi les meilleurs au monde, avec entre autres Irina Dvorovenko (Kira), étoile russe de l’American Ballet Theater, Sacha Radestky (Ross), que toutes les jeunes filles reconnaîtront comme le Charlie de Danse ta vie, ou encore l’excellente Sara Hay (Claire), soliste du Dresden Ballet, qui fait ses premiers pas d’actrices. Moira Walley-Beckett avait insisté sur le fait qu’utiliser des vrais danseurs ne pourrait que contribuer à la richesse de son monde et c’est vrai que quand on compare Flesh and Bone à Black Swan, autre référence de film se déroulant dans le monde du ballet, c’est un vrai plaisir de ne pas avoir à jongler entre trois corps différents qui tentent de se faire passer pour la même personne. On peut regretter les clichés sur le monde de la danse, remâchés des centaines de fois et resservis à toutes les sauces (le maître de ballet mégalo, le français qui abuse de la faiblesse des jeunes femmes, les filles qui se cherchent des noises dans les vestiaires), mais il est clair que la série est bien moins intéressée par l’idée de faire un portrait honnête de la vie des danseurs, que par le parcours de Claire, qui a très ostensiblement une relation compliquée avec le sexe. Sans entrer trop dans les détails, disons que la sexualité est un fil rouge dans son histoire et un point-clé de sa psychologie. Elle est en quelque sorte, définie par ses expériences sexuelles, et c’est toute une exploration pour elle que de trouver comment se définir autrement. Sara Hay est bien plus à l’aise avec les pas de danse qu’avec les mots, mais elle utilise son art à son avantage et offre finalement à son interprétation de Claire beaucoup de nuances et de délicatesse. Les autres acteurs font comme ils peuvent pour donner un peu de relief à leur personnages, mais – et c’est là que le bât blesse – s’ils peuvent se battre pour insuffler de la vie dans leur répliques, ils n’ont aucun contrôle sur le scénario dans son ensemble.

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Parce s’il y a une chose que la série fait étonnamment et douloureusement mal, c’est son manque flagrant de conflit. A force de vouloir explorer les tréfonds de l’âme humaine et de transformer chaque personnage en être égoïste, blessé, et parfois franchement malveillant, on en oublie de souligner les contrastes ou même d’éclaircir pourquoi chacun fait ce qu’il fait. Il n’y a rien de pire que des actions sans motivation dans une série, et malheureusement, avec Flesh and Bone elles foisonnent. Sans vouloir tomber dans la morale bien-pensante, si tous vos personnages ne sont là que pour avancer leurs propres agendas, sans alliances et sans code de conduite, vous arrivez soit au chaos le plus total, soit, comme c’est le cas ici, à un ennui mortel. Les conflits sont amorcés plus d’une fois, et il y a moult occasions que tout cela monte en neige et finisse en confrontation, mais pour une raison inconnue, chaque conflit se perd dans les méandres sombres du montage, et l’on n’a jamais de catharsis. Décevant que quelque chose d’aussi banal qu’une histoire qui tienne la route soit passée sous trappe au profit de longs moments de silence où rien n’est exprimé vraiment. Quand vous arrivez au point où les scènes de sexe les plus torrides vous donne envie de bailler, c’est qu’il y a un problème quelque part. On a envie de remuer tout ça, de mettre un peu de sang dans les veines de ces personnages, voire même un bon coup de fouet pour que quelqu’un, enfin, n’importe qui, réagisse, agisse, et fasse avancer l’intrigue. Peu importe la direction, du moment qu’on ait du mouvement. Parce que malgré la beauté indéniable de la série, le pauvre spectateur ne peut que se morfondre devant le manque aberrant de complications. Il ne suffit pas de mettre vos personnages dans des situations difficiles : il faut que ces personnages réagissent. Il faut qu’ils apprennent. Il faut qu’ils tentent. Il faut qu’ils bougent. Il faut qu’ils aient des envies, et des faiblesses, et qu’ils ruent dans les brancards, et qu’ils vivent avec les conséquences de leurs actions. Parce que sinon, vous pouvez les dénuder autant que vous voulez, ça restera toujours épouvantablement soporifique.

Crédits: Starz/OCS

 

 

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