Summer Fever 2020

SUMMER FEVER 2020: Une sélection cinéma préparée par la rédaction – Épisode 8

Durant tout l’été la rédaction va vous accompagner avec des sélections de films à voir et à revoir, des découvertes à faire, des curiosités à explorer, des films doudous à savourer, des blockbusters, des séries B voire même des nanars pour s’éclater… Un été cinéma même chez soi, pour que cette année particulière reste aussi celle de la célébration de cet art qu’on dit 7ème mais qui reste le premier dans nos cœurs.

THE FUTURE (2011)

THE FUTURE AFFICHE CLIFF AND CO

SYNOPSIS: Sophie et Jason, un couple trentenaire, vivent dans un petit appartement à Los Angeles. Dans un mois, ils adopteront Paw Paw, un chat abandonné. Un peu paniqués à l’idée de perdre leur liberté, ils quittent leur travail et se donnent 30 jours pour accomplir leurs rêves. Sophie et Jason vont tenter toutes les expériences jusqu’à traverser l’espace-temps pour donner une nouvelle chance à leur futur.

Avec un stylé unique, délicieusement décalé, à la fois poétique et irrévérencieux, en partant d’un élément déclencheur original (la décision d’adopter un chat) The future parle de la peur de l’engagement mais surtout du sentiment de perte de sa liberté et du renoncement à ses rêves. Jason et Sophie sont tous deux comme des enfants qui veulent être pompier un jour, vétérinaire le lendemain, sauver la planète, devenir une danseuse célèbre, ce ne sont pas des « do-ers » mais des rêveurs invétérés. À travers leur parcours, on comprend que ce qui compte ce n’est pas tant nos accomplissements présents mais de conserver la liberté de rêver, de se réinventer.  Il y a de la fragilité et de la grâce chez Miranda July comme dans son cinéma. Cette femme d’apparence maladroite ose tout avec candeur et sincérité, emmenant le spectateur dans son univers si particulier auquel il est difficile de rester insensible.

CALL ME LUCKY (2015)

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Synopsis: Chronique de la carrière de l’humoriste et critique social Barry Crimmins, évoquant le douloureux passé qui l’a poussé vers un militantisme pacifique.

Avant de regarder ce documentaire que Drew McWeeny cite dans son top 10  (ici) de l’année 2015, je ne connaissais pratiquement rien de Barry Crimmins. Il n’était pour moi qu’un comique américain, anarchiste, spécialiste des coups de gueule contre la politique étrangère de son pays. 105 minutes plus tard, admiratif du parcours et du courage de cet homme, je cherchais à  me procurer ses ouvrages et enregistrements. La forme de ce documentaire est classique, reposant sur les témoignages de Crimmins, de ses proches et de sa famille, retraçant le parcours et les combats de cet homme hors norme. Comme  le personnage de James B. Donovan interprété par Tom Hanks dans Le Pont des Espions (Steven Spielberg, 2015) , Crimmins est un homme debout qui défend ses valeurs quelles que soient les pressions et le contexte. A ceci près que physiquement, comme dans ses manières, il ressemble plus à Bud Spencer qu’à James Stewart, distribuant  ses bourres pif contre le gouvernement américain, l’église et tous les tenants d’un système qu’il combattra jusqu’à son dernier souffle. Imagine t’on les réactions que susciterait en France, un comique qui lors d’un stand up, une bière à la main, s’étonnerait que personne n’ait encore assassiné Emmanuel Macron et conclurait par « Tuez le. Pissez sur sa tombe »? Crimmins l’a fait à propos de Nixon. Voilà qui pose le personnage. La première partie du documentaire nous dresse le portrait de cet homme dont on ne peut douter de la sincérité  mais dont la colère intérieure qui l’anime et semble même le ronger, pose question. C’est là dans cette deuxième partie terrassante que l’on apprend les viols répétés dont il fut victime dans son enfance. Que la gorge serrée, on découvre ce récit tragique que la plupart des spectateurs  américains connaissent déjà mais que, pour l’essentiel d’entre nous, nous ignorons de ce côté de l’Atlantique. C’est là que sidéré, nous découvrons le combat qu’il mena devant le sénat, au début des années 90, pour contraindre AOL à exclure les pédophiles de chat rooms, devenues des lieux d’échanges de photos pornographiques souvent prises par les parents des victimes . Pour cela il n’hésita pas à aller dans ses chat rooms, se faisant passer pour un enfant et rassemblant des preuves pendant des mois, des années, pour contraindre AOL à agir. Il y laissa sa santé, perdant une cinquantaine de kilos mais il m’est impossible d’imaginer comment cet homme, victime de ses horreurs, a pu trouver le courage de se remettre dans la peau d’une victime pour mener ce combat. Cet homme qui s’estime heureux d’avoir survécu et de ne pas être devenu lui même pédophile, totalement lucide sur le fait que la plupart de ces monstres ont été des victimes comme lui, a  transformé sa douleur en colère pour combattre sans cesse toutes les injustices. Si les 10 dernières minutes purement hagiographiques sont de trop, ce documentaire, peut-être trop classique dans sa forme, porte un message qui était très salutaire à sa sortie où l’idéologie xénophobe de Trump était alors relayée complaisamment par les médias, occultant les vrais maux d’une Amérique dont Crimmins est l’un des personnages les plus admirables.

THE FALLING (2014) – CAROL MORLEY

the falling affiche cliff and co

SYNOPSIS: Abbie et Lydia sont deux élèves d’une école pour fille de l’Angleterre de la fin des années 60. Lydia souffrant du manque d’affection de sa mère, cherche une forme de reconnaissance dans son amitié avec Abbie, dont la forte personnalité et les moeurs libérées détonnent dans cet univers très strict. Phénomène inexplicable ou mimétisme, Lydia puis les autres élèves vont soudainement être victimes des mêmes malaises répétés qui ont fini par provoquer la mort d’Abbie.

Premier film de Carol Morley qui œuvrait jusqu’à présent dans le documentaire, The Falling est certainement un des premiers films les plus singuliers que l’on ait pu découvrir durant la décennie écoulée. Maisie Williams (Lydia) et Florence Pough (Abbie) emmènent ce casting de jeunes filles qui rappelle forcément, Picnic à Hanging Rock (Peter Weir, 1975) et sans se retrouver écrasé par la comparaison. The Falling n’est pas le genre de film devant lequel le spectateur pourra rester passif ou indifférent tant il ne cesse de poser des questions et de cultiver les mystères de son récit, ne craignant pas d’ailleurs d’en laisser plusieurs en suspens, ce qui est peut être déstabilisant dans l’ère du cinéma pré-mâché et formaté, mais absolument pas rédhibitoire. The Falling fait tout autant appel à nos sens qu’à notre raison grâce au parti pris très fort de Carol Morley qui  arrive à traiter de thèmes aussi sensibles que l’adolescence, l’absence, le deuil, l’inceste, dans une atmosphère flirtant sans cesse avec le fantastique.

COGAN – KILLING THEM SOFTLY (2012)

killing them softly affiche cliff and co

SYNOPSIS: Lorsqu’une partie de poker illégale est braquée, c’est tout le monde des bas-fonds de la pègre qui est menacé. Les caïds de la Mafia font appel à Jackie Cogan pour trouver les coupables. Mais entre des commanditaires indécis, des escrocs à la petite semaine, des assassins fatigués et ceux qui ont fomenté le coup, Cogan va avoir du mal à garder le contrôle d’une situation qui dégénère…

Après avoir fait la quasi unanimité avec L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, film dont on ne soulignera jamais assez l’immense beauté formelle au delà des réserves que l’on pourra formuler sur sa narration, Andrew Dominik était très attendu, ce qui valu à Killing Them Softly de se retrouver dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2012 qui lui réserva finalement un accueil assez mitigé. Même si Cannes semble prendre un malin plaisir à démonter les films américains de la sélection officielle, cette fois ci les critiques auront été dans l’ensemble plutôt justifiées. Pendant une bonne partie du film , en tout cas sa première moitié, on s’interroge très fortement sur les intentions de Andrew Dominik qui semble s’être perdu dans une pâle copie d’un film de Quentin Tarantino. Ça bavarde, ça digresse et le casting emmené par Brad Pitt se révèle très inégal. Mais progressivement le film commence à prendre sens et les intentions de son metteur en scène se font jour. Non, Killing Them Softly n’est pas uniquement un petit film mineur, un vain exercice de style, une incursion ratée dans un genre très codifié. Killing Them Softly est un film sur une Amérique en crise qui ne semble plus croire en rien ni en elle même. Le film commence pendant la campagne de 2008 et s’achèvera sur le discours d’investiture d’Obama et les personnages évoluent régulièrement avec un discours de campagne en fond sonore diffusé à la télévision ou la radio. Dans cette Amérique en crise, même ces grands capitalistes que sont les gangsters sont totalement désabusés.

 

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