Critiques

LE BUREAU DES LEGENDES (Critique) Ressources humaines

3,5 STARS TRES BIEN

le bureau des légendes affiche

SYNOPSIS: Au sein de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), un département appelé le Bureau des légendes (BDL) pilote à distance les agents les plus importants des services de renseignements français : les clandestins. En immersion dans des pays hostiles, leur mission consiste à repérer les personnes susceptibles d’être recrutées comme source de renseignements. Opérant dans l’ombre « sous légende », c’est-à-dire sous une identité fabriquée de toutes pièces, ils vivent durant de longues années dans une duplicité permanente. De retour d’une mission clandestine de six années à Damas, notre héros – plus connu sous le nom de code Malotru – est promu au sein du BDL et reprend peu à peu pied dans sa vraie vie. Mais contrairement à toute procédure de sécurité, il semble ne pas abandonner sa légende et l’identité sous laquelle il vivait en Syrie…

Avertissement: Nous avons pu voir les sept premiers épisodes de la série

En 1994, pour son troisième -et meilleur- film, Eric Rochant réalise Les patriotes avec Yvan Attal dans le rôle principal, dans lequel il s’intéresse aux arcanes du Mossad, les services secrets israéliens. Fascinante plongée dans un monde ténébreux, sur ses chausses-trappes et ses manipulations diverses et variées, le film est pourtant un implacable et inexplicable échec public. Il y a deux ans, le cinéaste, pour son dernier film à ce jour, Möbius, qui mettait en vedette Jean Dujardin et Cécile De France, revenait dans le monde trouble du renseignement et si le film avait du mal à trouver son équilibre entre romance et film d’espionnage, il recelait de très beaux moments et confirmait l’inclinaison du cinéaste pour un monde opaque et mystérieux dont le secret est la raison d’être aussi bien que la raison d’État. Rochant, qui entre deux films s’est piqué à la découverte de la série télé en réalisant plusieurs épisodes des saisons 2 et 3 de Mafiosa est aujourd’hui à la tête de la nouvelle création originale de Canal Plus, Le Bureau des Légendes qui durant 10 épisodes va à nouveau permettre au réalisateur d’ausculter un univers qu’il comprend et dont il a appris à connaitre et décrypter les codes. Construit sur un modèle de production américaine avec un showrunner (Rochant) qui chapeaute une équipe d’auteurs (Camille de Castelnau, Emmanuel Bourdieu, Cécile Ducrocq…) et de réalisateurs et avec un contrat sécurisant la présence des comédiens sur les trois premières années, Le Bureau des Légendes est innovant sur bien des points. Tourné en grande partie à la  Cité du Cinéma de Luc Besson où l’écriture et le montage ont également été centralisées, la série, dont la saison 2 est déjà en développement avancé, pourrait revenir dès l’an prochain si la chaine donnait son accord. Souhaitant atteindre le réalisme le plus criant, le réalisateur a par ailleurs pu obtenir le concours de la DGSE pour arriver à ses fins et la grande force du Bureau des Légendes, c’est que l’on n’imagine pas un instant qu’il puisse en être autrement que ce qui nous est montré.

LE BUREAU DES LEGENDES 1

Ce qui fascine dans la série, c’est que, au-delà du milieu dans lequel elle nous plonge, elle autopsie avec acuité les relations entre les agents tout comme la formation de ceux appelés à devenir des clandestins ainsi que la gestion des crises régulières que les services sont amenés à gérer. A des années lumière de l’univers de James Bond, Jason Bourne et consorts, Le Bureau des Légendes  est plus proche des conditions de travail décrites par John Le Carré dans ses romans et par bien des aspects on se rapproche de ce qui en est l’une des toutes meilleures adaptations: La taupe (2011) de Tomas Alfredson. Mais il ne faut surtout pas s’arrêter à l’aspect austère qui pourrait émaner des premiers épisodes. Rythme lent, méticulosité dans la description des procédures, mise en scène sobre et élégante, sans fioritures superflues, interprétation en dedans sans extériorisation des sentiments… Tout cela pourrait faire reculer mais c’est paradoxalement tout ce qui fait que la série est précieuse et précise. A cette vision entomologiste, se greffe un suspense nécessaire autour de la disparition d’un agent clandestin ce qui met en péril la couverture de tous les autres. Mais la série creuse son sillon ailleurs que dans les multiples rebondissements. Elle se focalise sur des personnages extrêmement bien caractérisés où l’on trouve les typologies les plus variées, de l’agent de retour après une infiltration de plusieurs années à la jeune apprentie qui découvre ce monde et ses codes, de la psy candide qui rejoint le service au haut gradé sans certitudes et perclus de doutes, chacun permet au téléspectateur de se trouver un point d’ancrage dans un univers qu’il ne maitrise pas. Et la série peut également se targuer d’une distribution de tout premier ordre qui aurait pu vampiriser le sujet mais ce n’est heureusement pas le cas. Mathieu Kassovitz dans un jeu tout en retenu est remarquable et dans la continuité de ce qu’il montrait dans Un illustre inconnu. Il est magnifiquement entouré par Sara Giraudeau, Léa Drucker, Jonathan Zaccaï ou encore Jean-Pierre Darroussin pour ne citer que les plus connus, mais c’est l’ensemble du casting qui parvient à conférer son équilibre à la série. Au-delà de la banalité apparente, c’est la facilité avec laquelle ces hommes et ces femmes se sortent de la complexité des situations auxquelles ils sont confrontées qui interpelle. La série capte avec intelligence les interstices entre la vie privée et la vie fabriquée de ces gens ordinaires qui font un métier extraordinaire. Et ça, ce n’est pas une légende.

Crédits: Canal Plus

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