Critiques Cinéma

LOST SOUL : The Doomed Journey of Richard Stanley’s Island of Dr. Moreau (Critique)

4 STARS EXCELLENT

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lost soul afficheSYNOPSIS: La genèse et l’accouchement dans la douleur du film, raté « L’Ile du Dr Moreau » (1996), adaptation d’un roman de G.H Wells, autour de son initiateur malheureux, Richard Stanley, présent lors de la projection.

23 août 1996 : date de sortie du remake affligeant L’île du Dr Moreau, dirigé par John Frankenheimer et produit par le studio New Line. Ambition folle (une relecture ciné moderne du classique SF de H.G. Wells, orchestrée par le réalisateur prometteur Richard Stanley), budget maousse (40 millions de dollars…chiffre élevé pour l’époque), casting prestigieux (Marlon Brando, Val Kilmer, David Thewlis, Fairuza Balk, Ron Perlman, Mark Dacascos), tournage mastodonte (plusieurs mois dans le Queensland en Australie) … qu’a-t-il donc pu bien se passer en coulisses pour que ce projet fou se transforme en nanar de pacotille – aujourd’hui enseigné dans les écoles de ciné au rang des cas à éviter ? C’est ce que propose de découvrir le british David Gregory à travers son docu Lost Soul : The Doomed Journey of Richard Stanley’s Island of Dr Moreau, présenté hors compétition aux Hallucinations Collectives 2015. L’Histoire du Dr Moreau, vous la connaissez sûrement : unique survivant d’un naufrage, Edward Douglas est recueilli sur une île des mers du sud par Montgomery, un assistant stone d’un personnage singulier : le docteur Moreau. Douglas découvre avec effroi que l’île est peuplée de créatures monstrueuses, mi-hommes mi-bêtes, vivant sous la domination des deux hommes. Bientôt, ces monstres prennent conscience de leur force, se révoltent et finissent par dominer l’île. Retour donc sur la conception et l’accouchement dans la douleur de ce Moreau cuvée 90’s. Tout commence par l’engagement d’un cinéaste excentrique et talentueux, le jeune Richard Stanley (auteur du barré Hardware et de l’acclamé Souffle du démon au début des années 90), pressé de rendre ses lettres de noblesse au chef d’œuvre littéraire de H.G. Wells, qui fut trahi, selon lui, à travers des adaptations décevantes (celle de 1932 par Erle Kenton et celle de 1977 signée Don Taylor). New Line y croit – il faut dire que Frankenstein (Kenneth Branagh), Dracula (Francis Ford Coppola), Dr Jekyll et Mr Hyde (Stephen Frears) viennent de cartonner au box office et/ou auprès des critiques – et aligne les biffetons nécessaires au lifting du Dr Moreau.

DR MOREAU 1A travers ce docu, David Gregory offre généreusement la parole au metteur en scène Richard Stanley qui n’hésite pas à revenir avec humour et sincérité sur ce fiasco qui a plombé sa carrière, de sa genèse (vision du film, idées à la pelle, casting royal : Bruce Willis, James Woods, mais aussi le « monstre sacré » Marlon Brando – Stanley a dû obtenir l’approbation d’un sorcier avant de pouvoir bosser avec) aux débuts des emmerdes (désistement de Bruce Willis suite à son divorce avec Demi Moore, arrivée du chien fou Val Kilmer, switch de James Woods par Rob Morrow, interversion de certains rôles et changements multiples du script, ouragan sur le lieu de tournage, batailles d’égo des comédiens, pétage de durite de Brando), puis à l’effondrement (départ de Rob Morrow, coup de gueule de Mike DeLuca, patron de l’époque de New Line, Stanley débarqué après quelques semaines de tournage à peine et remplacé au pied levé par le vétéran John Frankenheimer). Gregory propose aussi son micro aux pontes de la major et à quelques personnes locales impliquées dans le développement du long-métrage (des membres du crew, les comédiens Fairuza Balk et Marco Hofschneider) pour intervenir et proposer leur point de vue sur cette crise off-screen. Bifurcation alors vers le surréalisme le plus total : on apprend que Brando, qui, trouvant son rôle trop fade, a fait réécrire entretemps le scénario à sa guise, fait preuve d’exigences hautement improbables, comme par exemple de pouvoir bénéficier de vraies plumes de paon sur son costume, ou encore d’être assisté en permanence par une créature humano-lilliputienne jouée par « l’homme le plus petit du monde », un authentique acteur de 80 cm, Nelson de la Rosa. De son côté, Val Kilmer, réputé acteur le plus insupportable d’Hollywood, refuse de sortir de sa loge tant que Brando daigne poser les pieds à l’extérieur de sa caravane et vice versa. Richard Stanley, gentiment raccompagné à l’aéroport après son renvoi, réapparaît incognito sur le tournage en se promenant sur le plateau avec un masque canin destiné au départ à un figurant. Frankenheimer serre les poings, grince des dents, hausse le ton, essaye de rattraper le truc tant bien que mal mais rien y fait, le naufrage est en cours. De fil en aiguille, d’anecdotes tordues en joutes verbales hilarantes en passant par des décisions absurdes de la part du studio, on comprend alors le chaos qui régnait sur place et l’ambiance totalement insane (il arrivait même que les figurants fument du cannabis et baisent entre les prises). On commence alors à réévaluer L’île du Dr Moreau sous un nouvel angle. Mieux encore, on se prend d’empathie pour les acteurs secondaires et l’équipe derrière la caméra, témoins privilégiés d’un hallucinant bordel. Film malade par excellence, L’île du Dr Moreau (1996) a souffert à tous les stades de production et aujourd’hui, David Gregory met en lumière ce fait avec un excellent docu, qui mérite visionnage.

lost soul afficheTitre Original: Lost Soul: The Doomed Journey of Richard Stanley’s Island of Dr. Moreau

Réalisé par: David Gregory

Casting: Fairuza Balk, Hugh Dickson, Oli Dickson

  • Peter Elliott, Bruce Fuller, Michael Gingold…

Genre: Documentaire

Sortie le: –

Distribué par: –

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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