Critiques Cinéma

EX MACHINA (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN

ex machina afficheSYNOPSIS: Caleb, 24 ans, est programmateur de l’une des plus importantes entreprise d’informatique au monde. Lorsqu’il gagne un concours pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise, il découvre qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience dans laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde qui prend la forme d’un superbe robot féminin.

Ex Machina, signé Alex Garland, est un film attendu cette année. En premier lieu parce que c’est la première réalisation du scénariste. Connu au départ pour avoir rédigé le roman ayant servi de support au film La Plage, le londonien a ensuite gagné en notoriété dans le milieu du 7ème art à la suite de son travail collaboratif avec le metteur en scène anglais Danny Boyle. Auteur du script de l’excellent 28 jours plus tard tout d’abord, puis de celui du petit bijou SF oppressant très kubrickien Sunshine, le surdoué Garland est également crédité à la production de 28 semaines plus tard, sequel du hit de Boyle – réalisée cette fois par Juan Carlos Fresnadillo. Alex Garland poursuit ensuite son activité de scénariste avec le mésestimé – et pourtant très intéressant – Never Let Me Go, mis en boîte par le talentueux Mark Romanek, et sur Dredd, reboot correct du très oubliable Judge Dredd porté par Sylvester Stallone, cette fois incarné par Karl Urban. En résumé, Alex Garland est un brillant auteur détectable dans la masse grâce à sa touche singulière, marquée notamment par des postulats souvent géniaux, des thématiques récurrentes (la déshumanisation, les conséquences liées à l’enfermement, la folie, l’identité, la sexualité, l’extinction de l’humanité, l’éthique médicale, l’illumination), ainsi qu’une vraie personnalité dans l’écriture (gros travail dans la caractérisation des personnages ou dans l’humour des dialogues). Secundo, Ex Machina réunit pour la première fois à l’écran – avant Star Wars The Force Awakens – deux comédiens pétris de talent et surveillés de près actuellement au pays d’Hollywood : Oscar Isaac et Domhnall Gleeson. Enfin, Ex Machina est présenté en compétition en ouverture du 22ème festival international du film fantastique de Gerardmer, véritable vitrine pour les aficionados de films de genre.

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Alex Garland aurait-il réussi un coup d’éclat pour son baptême de feu ? Oui et non. A l’arrivée, Ex Machina est un film de bonne facture, à l’écriture assurée, mais hélas non dénué de défauts. Démarrage en trombe pourtant avec une introduction maligne, posant les bases d’un film intimiste solide, un huit clos SF plein d’ambiguïté et d’inventivité. Ex Machina raconte en effet l’histoire de Caleb, un programmeur de 24 ans dans l’une des plus importantes entreprises informatiques au monde qui, dans un futur proche, gagne un concours pour passer une semaine dans le chalet retiré du PDG de sa compagnie. Il s’agit en fait d’une expérience – connue sous le nom de test de Turing – visant à le confronter à Ava, une femme-robot à qui on a implanté la première intelligence artificielle super-évoluée, et à tester son niveau de conscience. Sur un terrain déjà labouré cent fois au cinéma et souvent par des ténors – Spielberg (A.I.), Kubrick (2001 : l’odyssée de l’espace), Ridley Scott (Blade Runner), Spike Jonze (Her) pour ne citer qu’eux – Garland propose quelque chose d’assez neuf sur le sujet en s’interrogeant sur notre capacité à concevoir non pas l’intelligence artificielle et ses limites mais plutôt ses émotions, ses réponses aux stimuli environnementaux et donc son niveau de conscience. Ainsi, la première partie de Ex Machina, très ludique, jamais bavarde, soulève des questions fascinantes – d’ordre éthique ou métaphysique – sur ce thème, à travers le prisme du triangle singulier qui se dessine entre les trois personnages (et même, un quatrième d’une importance non négligeable). Garland tire profit de son récit Asimovien très riche et de son excellent casting (Domhnall Gleeson, Oscar Isaac, Alicia Vikander sont tous trois très bons et nuancés dans leur palette de jeu) pour faire naître une ambiguïté bienvenue : l’équilibre du pouvoir entre les protagonistes évolue sans cesse, les codes régissant le genre du thriller sont maîtrisés et bousculés : faux semblants, manipulation, mensonges, questionnements de la vérité, utilisation d’outils créant le suspense : clés, caméras de sécurité, portes interdites …) sont au programme.

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Certains rétorqueront que la réflexion manque d’épaisseur – après tout, il s’agit d’une simple variation sur le mythe de la créature de Frankenstein – mais qu’importe, Garland fait preuve d’efficacité, notamment sur le plan formel. On salue en effet le sens indéniable de la caractérisation, du rythme, du découpage (précision et concision sont les mots d’ordre), du cadre et de l’humour chez Garland. On est happés à la fois par des images envoûtantes – magnifiées par la photographie sublime de Rob Hardy et la BO électrique composée par Geoff Barrow (membre du groupe Portishead) et Ben Salisbury – et par des dialogues nombreux et percutants. Hélas, une fois les masques tombés, l’intrigue évolue ensuite dans sa dernière demi-heure vers un thriller hautement manipulateur balisé et convenu, reposant sur une succession de twists invraisemblables pour donner au spectateur l’illusion d’un récit complexe et torturé. Un défaut récurrent chez Garland si l’on se souvient des derniers actes de Sunshine et La Plage. Pour son premier passage derrière la caméra, Alex Garland s’en tire plutôt pas mal avec un techno-thriller cérébral et hypnotisant semi-réussi, à la direction artistique soignée (le design du robot est très beau et rappelle celui du chef d’œuvre A.I.), servi par un trio de comédiens considérablement investis, mais un peu gâché par un dernier acte mal branlé, l’empêchant d’accéder au statut d’œuvre essentielle de la SF.

ex machina afficheTitre Original: EX MACHINA

Réalisé par: ALEX GARLAND

Casting: Oscar Isaac, Domhnall Gleeson, Alicia Vikander

Corey Johnson, Deborah Rosan, Chelsea Li…

Genre: Science Fiction

Sortie le: 3 juin 2015

Distribué par: Universal Pictures International France

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

 

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1 réponse »

  1. Sans être dénué de défauts, j’ai trouvé le film plus maitrisé que ce que tu en dis. La fin prend forcément un coup d’accélérateur sur la fin par rapport à l’ambiance un peu sourde et lente des 2 premiers tiers, mais le tout reste malin. C’est beau et aseptisé, Garland réussit à faire de l’ambiance de son film un élément à part entière de son intrigue, c’est très balèze !

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