ENTRETIENS

CROSSING LINES/ Entretien avec Rola Bauer et Edward Allen Bernero : « L’ADN de la série c’est la famille »

C’est dans un élégant salon privé d’un luxueux hôtel parisien, que nous avons eu la chance de rencontrer Rola Bauer, présidente de TANDEM COMMUNICATIONS et Edward Allen Bernero le créateur de la série. Dans une ambiance décontractée et chaleureuse et devant la complicité évidente qui les lie, ils nous en disent plus sur la nouvelle série phare de TF1, CROSSING LINES. Entretien.

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Pouvez-vous nous raconter l’origine de CROSSING LINES ?

Edward Allen Bernero/ A l’origine CROSSING LINES est un intéressant partenariat entre deux personnes qui veulent faire la même série mais qui ne le savent pas encore. Nous nous sommes seulement rencontrés en janvier l’année dernière. Je voulais faire une série qui se passe en Europe, une série policière comme on en voit aux Etats-Unis avec de multiples personnages, un Ensemble Cop Show, une version européenne des cop show américains et nous avons tout d’abord évoqué cette notion de faire une série comme à Hollywood mais en Europe et on s’est dit allons-y !

Rola Bauer/ Immédiatement Ed avait l’histoire et les personnages et nous avons parlé des problèmes qu’il pouvait y avoir en Europe vis-à-vis des criminels, de cette facilité qu’ils ont à aller d’un pays à un autre et à traverser les frontières sans que l’équilibre en soit bouleversé et au mépris des systèmes de sécurité.

Edward Allen Bernero/ Et du fait que la police ne peut intervenir d’Allemagne en France par exemple. C’est exactement la même chose que ce qui s’est passé aux Etats-Unis dans les années 40 pour la police qui ne pouvait pas poursuivre les criminels, car elle ne pouvait pas traverser la frontière entre les états où lorsqu’elle traquait John Dillinger et que c’est le FBI qui a dû s’en charger.

La division anti-criminelle créée pour la série existe-t-elle dans la réalité ?

Edward Allen Bernero/ Non elle n’existe pas, ça pourrait exister mais ça n’existe pas de cette manière là. La cour pénale internationale pourrait faire quelque chose de ce genre, ce serait tout à fait réaliste mais elle ne le fait pas. Dans la réalité un criminel peut sans problèmes aller d’Espagne en Bulgarie sans que personne ne l’en empêche. S’il se dit  « hey personne ne m’arrête », si vous n’avez pas un mécanisme pour les en empêcher alors ils s’en amusent et du coup c’est plus facile pour eux d’exercer en Europe qu’aux Etats-Unis. C’est une grande idée ! (Rires)

Comment est née l’association entre TANDEM COMMUNICATIONS et BERNERO PRODUCTIONS ? Quelles sont vos prérogatives à l’un et à l’autre ?

Rola Bauer/ Quand nous nous sommes rencontrés en janvier dernier nous avons été mis en relation…

Edward Allen Bernero/ par l’intermédiaire de notre avocat commun. L’avocat américain de TANDEM COMMUNICATIONS est mon avocat !

Rola Bauer/ Au niveau des responsabilités, Tandem est responsable comme n’importe quel studio, du financement, et doit fournir des infrastructures qui soient en adéquation avec la production. Ed quand à lui est très impliqué dans la production avec Charles S. Caroll avec qui il a travaillé sur THIRD WATCH (NEW-YORK 911) et…

Edward Allen Bernero/ sur CROSSING LINES !

Rola Bauer / et sur CRIMINAL MINDS (ESPRITS CRIMINELS) !

Edward Allen Bernero / J’ai dit CROSSING LINES? (Rires)

Rola Bauer/ C’était donc une co-production très organique, un excellent partenariat, qui plus est avec des scénarios extrêmement bien écrits. J’aime ses mots, c’est mon problème et plus il écrit, plus nous avons de très bonnes histoires. (Rires)

Avez-vous écrit certains des personnages pour des acteurs spécifiques ?

Edward Allen Bernero/ Oui ! Presque tous ceux auxquels nous avons pensé et dont nous avons parlé ensuite sont dans la série aujourd’hui ! Sauf peut-être Richard Flood mais il est parfait pour le rôle de Tommy.

Rola Bauer/ Quand j’ai lu le script, je me suis dit que Donald Sutherland serait parfait pour jouer Dorn  et l’idée a soulevé un réel enthousiasme chez tout le monde. Comme nous avions travaillé ensemble sur LES PILLIERS DE LA TERRE il y a 2 ans et qu’on se connaissait, c’était aussi plus facile. Nous avons dîné avec Donald, qui a aimé le script et le personnage !

Edward Allen Bernero/ Et je connaissais Bill (William Fichtner). Et pour Marc Lavoine, Gabriella Pession…oui vraiment, presque tous ceux auxquels on a pensé sont dans la série.

Comment avez vous pensé à Marc Lavoine ?

Edward Allen Bernero/ J’aime Marc Lavoine, je l’avais vu dans un film avec Nick Nolte il y a une dizaine d’années (L’homme de la Riviera de Neil Jordan, 2002) et il était si bon dans ce film, c’est un acteur incroyable.

Vous saviez que c’était également un chanteur célèbre en France ?

Edward Allen Bernero/ Non je l’ignorais mais maintenant oui bien sûr, il n’est pas connu pour ça aux Etats-Unis.

Et vous l’avez écouté depuis ?

Edward Allen Bernero Oh oui bien sûr.

Rola Bauer/ Je l’ai vu à un concert en juillet à Paris et c’était incroyable, vraiment merveilleux. Et les femmes sont toutes amoureuses de lui. Les voir collées devant la scène c’est surréaliste mais c’était un moment fantastique.

La série rassemble des acteurs d’origine et d’horizon très différents. Comment s’entendent t-ils sur le tournage ?

Edward Allen Bernero/ Nous sommes très vite devenus tous très complices, comme une famille, ça s’est senti très vite à la fois devant puis derrière la caméra, C’est une expérience assez remarquable. Pour moi, le travail est vraiment le même qu’avec une équipe américaine, aussi bon, aussi rapide. Je n’ai pas vu de différences à travailler en Europe, mes journées étaient exactement les mêmes pendant sept ans sur ESPRITS CRIMINELS et six ans sur NEW-YORK 911.

Est-ce que les scénarios s’inspirent de faits réels ?

Edward Allen Bernero/  Je m’inspire d’histoires qui arrivent dans la vraie vie. Par exemple pour ESPRITS CRIMINELS qui parle des serial killers, certaines histoires sont à peine croyables et pourtant elles sont réellement arrivées, c’est effrayant mais c’est la vie !

Quelle est la différence de budget entre une série internationale comme CROSSING LINES et une série qui serait seulement réalisée à Los Angeles ?

Edward Allen Bernero/ C’est la même chose ! Nous avions le même budget sur ESPRITS CRIMINELS. Nous avons vraiment beaucoup de chance d’avoir comme partenaire Studio Canal qui nous dit « nous pouvons faire ça » et nous avons les scénarios sur lesquels nous appuyer mais c’est vraiment beaucoup la même façon de procéder que de faire une co-production en Europe ou de travailler aux Etats-Unis.

Rola Bauer/ Nous essayons de garder une base mais c’est vrai que nous voyageons à Paris, Tunis… nous profitons de la richesse et de la diversité de l’Europe et ça sert la crédibilité de la série. La vérité c’est que les gens aiment les personnages, les histoires, l’émotion véhiculée par les personnages et les crimes qui arrivent permettent à l’équipe de se former et c’est cela qui induit les déplacements.

Edward Allen Bernero/ Pendant des années j’ai voyagé à travers tous les Etats-Unis, Los Angeles, New-York et maintenant c’est en Europe…

Rola Bauer/ Ca nous permet d’apprendre de nouvelles langues, le français, le tchèque (Rires)

Quel bilan tirez vous de la première saison de CROSSING LINES ?

Rola Bauer/ Ça été très rapide ! L’idée était écrite, tout était planifié, nous avons trouvé un partenariat avec TF1Ed n’avait pas encore écrit l’ensemble de la série pendant que nous la développions. Nous avons parlé de l’histoire, des personnages, on a souligné que nous démarrions par un double épisode et qu’à partir du cinquième épisode ça s’emballait vraiment. Une chose à laquelle je crois c’est que la meilleure façon de procéder c’est d’apprendre à connaître les personnages petit à petit. On ne sait pas exactement ce qu’il va advenir de chacun du premier au neuvième épisode et jusqu’au cliffhanger de fin de saison et c’est bien, parce que l’on commence à connaître nos acteurs, à comprendre la complexité de leurs personnalités et tout cela prépare à la suite de l’histoire et comme il est difficile d’être parfait sur toute une saison c’est bien d’avoir de bonnes fondations, de bonne lignes narratives.

Edward Allen Bernero/ Vous savez  parfois en écrivant, on se dit  « Oh ce serait un épisode parfait pour Sebastian ! » et l’organisation de l’histoire fait que j’ai beau avoir écrit un épisode centré sur Sebastian, ça devient un épisode autour d’Eva parce que je me dis que ce serait mieux si ça tournait autour d’elle et avoir cette liberté avec les histoires c’est plus intéressant que de chercher le cas criminel de la semaine puis de trouver le suivant.

Vous allez développer cet aspect autour des personnages dans la seconde saison ?

Edward Allen Bernero/ Oui, nous allons en apprendre plus à propos du passé des personnages. Un des trois premiers épisodes de la saison parlera d’évènements du passé. Ce sera différent de la première saison où l’on apprend qui ils sont, là on va en apprendre encore plus individuellement et autour de leurs familles ! L’ADN de la série c’est la famille ! Dans les séries plus que dans les films, la question de la famille est importante. C’est le cas dans ESPRITS CRIMINELS comme ça l’est dans CROSSING LINES. Les gens qui nous regardent voient une sorte de famille se construire et ils veulent en savoir plus, parce qu’ils ont besoin de s’identifier et qu’on vient directement dans leurs salons, dans leurs maisons et personnage par personnage on va développer cela.

Rola Bauer/ Il y aura aussi une histoire complexe autour d’Eva et Sebastian

Pour la seconde saison allez vous explorer de nouveaux pays ?

Edward Allen Bernero/ Nous allons allés en Espagne, en Pologne, à Sofia en Bulgarie, en Suisse…

Que pensez vous de la violence dans les séries télé ?

Rola Bauer/ On en a besoin d’encore plus (Rires)

Edward Allen Bernero/ Je pense que l’on peut faire peur avec ce qu’il y a dans la tête des gens. Beaucoup de personnes pensent que ESPRITS CRIMINELS est ce qu’il y a de plus violent actuellement. Mais en fait ce n’est pas montrer la violence qui est important c’est d’en montrer les conséquences, de suggérer ce qui arrive. Si vous montrez la violence en tant que telle, c’est une erreur, mais en montrer les conséquences est une nécessité et une responsabilité.

Rola Bauer/ Nous parlons de cela, des contextes dans lesquels la violence se produit et détruit des familles, des gens… Les créateurs ont effectivement un devoir et une responsabilité sociale en télévision et en cinéma de faire passer des messages.

Remerciements particuliers pour leur confiance à Alain Carrazé et Romain Roznowski de 8ArtCity

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