Critiques

THE HOUR (Critique) Un monde en marche qui avance inéluctablement…

A l’ère d’Internet, du zapping et de la téléréalité, plusieurs séries opèrent de salvateurs flashbacks au travers de programmes qui sans nous seriner que c’était mieux avant, nous font redécouvrir l’histoire, grande ou petite, par le prisme de récits mettant en scène des professions qui furent pionnières en leur domaine: La publicité et l’aéronautique pour les américaines Mad Men et Pan Am notamment et la télévision et l’information pour la britannique The Hour. Nous sommes à Londres en 1956 et une nouvelle émission d’informations proposée par la BBC débute. Produite par une femme belle et ambitieuse, Bel Rowley (Romola Garai), présentée par un journaliste séducteur et expérimenté Hector Madden (Dominic West) et orchestrée dans l’ombre par une équipe de journalistes dont le jeune Freddie Lyon (Ben Whishaw) est la figure de proue!

A l’instar de la révolution médiatique qui débarqua en France au début des années cinquante par le truchement de la création du journal télévisé jusqu’en 1959 où une émission d’actualités, l’emblématique Cinq colonnes à la une, fut mise à l’antenne, l’Angleterre traversa elle aussi ce moment euphorique où avec le développement du média télé, les journalistes purent traiter l’information en la couvrant sur le terrain et non plus en se contentant uniquement d’en rendre compte. Au programme de The Hour, des reportages et des interviews sans concessions, avec en toile de fond la crise du Canal de Suez et la guerre froide avec la Russie. Cherchant à faire une émission qui ne soit pas asservie au pouvoir, Bel s’évertue à faire de son mieux. Mais avec un spécimen comme son meilleur ami Freddie Lyon, difficile de naviguer en eaux calmes.

En effet, celui-ci, emporté par la fougue de sa jeunesse, son ambition et une inébranlable confiance en lui, n’hésite pas à ruer dans les brancards et à malmener les puissants avec un verbe haut en couleurs et faisant fi des conséquences. Madden, lui est plus posé, mais conscient qu’il doit plus à son beau-père qu’à ses réelles aptitudes, il nourrit de plus hautes ambitions de réussir par lui-même. A ces journalistes qui ont à cœur de faire l’émission la plus intègre qui soit, à leur combat pour une information la plus objective possible, vient se greffer une affaire d’espionnage mêlant les services secrets britannique et soviétique, qui nous plonge en plein film noir…

Brillamment écrite -par Abi Morgan-, bénéficiant d’une réalisation sobre et élégante, et offrant une reconstitution bluffante d’une époque surannée que l’on dit classique, The Hour n’en est pas moins une série résolument moderne par son traitement et son interprétation. Portée par trois excellents comédiens, leur fougue et leur charisme font mouche à tous les coups. Le jeu du chat et de la souris auquel se livrent Freddie et Bel participe au plaisir quasi organique que l’on prend à les suivre dans leurs pérégrinations. Dominic West (The Wire) est parfait en Hector Madden, souriant, séduisant, mais porteur de fêlures qui en font un personnage moins stéréotypé qu’il n’y paraît au premier abord. En faisant de Bel, une héroïne forte, moderne, qui refuse les carcans que l’époque lui destine, The Hour est une série qui parle du féminisme l’air de rien. Mais aussi du besoin de reconnaissance, de l’envie de dépasser sa fonction, d’un monde en marche qui avance inéluctablement. C’est aussi une œuvre de suspense, un témoignage sur l’information et l’évolution de son traitement à la télévision, bref c’est une série à voir absolument!

Crédits:  BBC America /Série Club

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