Critiques Cinéma

MARTHA MARCY MAY MARLÈNE (Critique) ****

Parfois, face à un cinéma traditionnel bouffi et englué dans son académisme, le cinéma indépendant laisse éclore quelques pépites qui renversent les coeurs. Martha Marcy May Marlene est clairement de cette trempe. Avec son sujet anxiogène, âpre et délicat, Sean Durkin livre un premier film sombre, magnifié par une mise en scène fluide et élégante et littéralement porté par une jeune comédienne qui trouve là, le rôle rêvé pour démontrer tout son talent. Martha, qui est parvenue a échappé aux griffes d’une secte et de son envoûtant leader, retrouve sa sœur (Sarah Paulson)et son beau-frère auprès de qui, elle essaye tant bien que mal de réapprendre à vivre. Mais, hantée par ses démons et ne parvenant pas à confier son traumatisme, Martha, qui est persuadée d’être pourchassée par son ancienne secte sombre petit à petit dans la paranoïa.

Nous sommes dans un premier film, rappelons-le et rares sont les expériences de cinéma de ce calibre que puisse offrir un metteur en scène débutant. Car Martha Marcy May Marlene vous prend dès les premiers instants avec son charme trouble, ses séquences brutales et sensitives, et cette peinture glaçante de cette dérive inéluctable vers la folie. Là où Sean Durkin est diabolique c’est qu’il livre un montage pointu et exigeant, alternant majestueusement les scènes entre passé et présent, dans un aller retour incessant qui participe à la désorientation qui finit par saisir le spectateur. On ne sait plus si l’on est dans la réalité où bien dans le subconscient de Martha, mais si ce sentiment ne nous lâche pas, il ne nous place jamais en dehors de l’histoire dans laquelle on reste immergée tout au long de la projection. C’est très fort. Tout comme ces scènes silencieuses qui participent à rendre l’atmosphère pesante et étouffante et accentuent le sentiment de paranoïa de l’héroïne.

Le monde des sectes tel qu’il est dépeint est encore plus terrifiant qu’on ne peut l’imaginer. Cette manière de recruter des âmes perdues pour en faire des êtres asservis, est réellement effrayante. Leur mise en abîme, l’effacement progressif de leurs anciennes existences, les abus dont ils sont victimes après être totalement remodelés psychiquement, tout cela nous immerge dans cet univers malsain! Et c’est pourquoi Martha, de retour parmi les siens, ne parvient pas à se réadapter à une vie normale. Privée de repères moraux et sociaux, elle doit réapprendre chaque geste du quotidien et à chaque fois c’est une nouvelle étape à franchir.

Pour que tout cela fonctionne, pour qu’on ne lâche pas prise, il fallait des acteurs au diapason. Et Sean Durkin ne s’est pas trompé dans le choix des deux rôles pivots de son film! John Hawkes, en gourou manipulateur est saisissant. Sa présence électrisante et inquiétante, dans de trop courtes apparitions, en font un personnage au magnétisme implacable. Il est au cœur d’une scène incroyable où par son jeu de regard et l’interprétation magnifique d’une chanson, il montre comment il parvient grâce à son charme vénéneux, à conquérir et soumettre tous ces jeunes gens. Et puis bien sûr il y a Elisabeth Olsen! Par sa grâce, sa beauté, sa fragilité, elle emporte le film sur des sommets insoupçonnés, là où par la subtilité de son interprétation et par le truchement de ses regards mélancoliques, elle renverse tout sur son passage. Elle est la fracassante révélation de ce film qui vous cueille comme un uppercut au visage!

MARTHA MARCY MAY MARLENE DE SEAN DURKIN, AVEC ELISABETH OLSEN, JOHN HAWKES, SARAH PAULSON, BRADY CORBET, HUGH DANCY, JULIA GARNER…SORTIE LE 29 FEVRIER 2012

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