Critiques Cinéma

CE QUI NOUS MÈNE A TOI (Critique)

SYNOPSIS : Charlie et Hicham, la trentaine, s’aiment follement mais ne parviennent pas à avoir d’enfant : leur couple est confronté à l’infécondité. Ils entament alors un parcours d’Aide Médicale à la Procréation. Pendant trois ans, entre espoirs et déceptions, ils vont mettre leur amour et leurs corps à l’épreuve, vivre une odyssée qui va les bouleverser…

Dès sa séquence d’ouverture, joyeuse et musicale, Ce qui nous mène à toi affirme son attachement à ses personnages. La danse, les rires et la chaleur des relations humaines dessinent les contours d’un couple solaire, dont la complicité apparaît immédiatement comme l’un des moteurs du récit. Cette entrée en matière particulièrement entraînante laisse toutefois place à une narration plus posée, attentive aux gestes du quotidien et aux émotions qui accompagnent un parcours médical aussi exigeant. Récompensé par deux Valois au Festival du film francophone d’Angoulême 2026, dont celui du scénario et celui des étudiants francophones, ce premier long métrage de Khalil Cherti aborde un sujet délicat en privilégiant la sensibilité et l’intimité.

Khalil Cherti adopte une mise en scène simple, sans fioritures, qui ne cherche jamais à imposer artificiellement sa présence. La caméra observe les personnages, accompagne leurs échanges et laisse aux situations le temps de se développer. Les scènes médicales, filmées avec une certaine pudeur, restituent la dimension parfois éprouvante des traitements sans céder à la démonstration. À l’inverse, les moments d’intimité et les respirations musicales apportent au film une chaleur bienvenue. Cette alternance permet de ne jamais enfermer le récit dans sa seule dimension médicale.

Le cinéaste trouve surtout le ton juste pour évoquer les répercussions de l’infertilité sur la vie conjugale. Sans transformer son film en plaidoyer ni en exposé sur la PMA, il s’intéresse à ce que cette expérience peut modifier dans la perception de soi et dans le rapport à l’autre. Le désir d’enfant, aussi profondément partagé soit-il, ne se vit pas nécessairement de la même manière au sein d’un couple. Le scénario prend soin de cette différence, sans distribuer les torts ni chercher à désigner celui qui souffrirait davantage. C’est dans cette attention aux nuances que le film puise une bonne partie de sa force.

Encore fallait-il trouver deux interprètes capables de donner chair à cette matière émotionnelle. Révélée notamment par Camille de Boris Lojkine, puis remarquée dans Les Algues vertes et Le Ravissement, Nina Meurisse a remporté en 2025 le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour L’Histoire de Souleymane. Sofian Khammes s’est quant à lui imposé depuis Chouf, avant de se distinguer dans Un triomphe, Sentinelle sud ou encore la série B.R.I.. Deux parcours différents qui trouvent ici un terrain d’expression particulièrement fécond.

Leur interprétation constitue incontestablement la grande réussite de Ce qui nous mène à toi. Dès les premières scènes, leur complicité paraît naturelle, presque évidente. Mais c’est surtout au fil du récit que leur jeu acquiert une densité remarquable. Les émotions s’accumulent, les regards se chargent d’une profondeur nouvelle et les silences finissent parfois par exprimer davantage que les dialogues. Nina Meurisse déploie une puissance émotionnelle impressionnante, tandis que Sofian Khammes donne à son personnage une sensibilité qui s’affirme progressivement. Ensemble, ils parviennent à faire ressentir le poids du temps et des expériences traversées, sans jamais perdre cette tendresse qui rend leur couple si attachant. Leur jeu gagne ainsi en intensité à mesure que le film avance, jusqu’à donner aux scènes les plus dépouillées une véritable force.

Cette qualité d’interprétation compense en partie les quelques réserves que suscite le rythme du film. Après un démarrage plein d’énergie, le récit adopte une cadence parfois un peu trop tranquille, qui contraste avec la vivacité de son ouverture et les promesses de sa bande-annonce. Certains passages auraient sans doute gagné à être légèrement resserrés. Cette lenteur relative n’est cependant pas sans cohérence avec le parti pris du réalisateur, qui préfère laisser les émotions s’installer plutôt que de précipiter les événements. Le film y perd ponctuellement en dynamisme, mais conserve une sincérité qui lui permet de maintenir l’intérêt.

On appréciera également la place accordée aux personnages secondaires, notamment ceux interprétés par Jeanne Balibar et Maria de Medeiros, dont les interventions participent à la dimension humaine du récit. Sans chercher à multiplier les effets dramatiques, Khalil Cherti privilégie une approche sensible, où les interrogations intimes trouvent naturellement leur place. Son film ne prétend pas apporter de réponse universelle aux difficultés de la parentalité, mais invite plutôt à considérer ce qu’elles peuvent révéler de la solidité et de la fragilité d’une relation amoureuse.

Ce qui nous mène à toi n’échappe pas à certaines conventions du drame intimiste et sa réalisation, aussi soignée soit-elle, ne brille pas particulièrement par son audace formelle. Mais ce joli premier long métrage possède une qualité précieuse : celle de faire confiance à ses personnages et à ceux qui les incarnent. Porté par deux comédiens dont la justesse et l’intensité ne cessent de s’affirmer, il aborde un sujet douloureux avec suffisamment de délicatesse pour toucher sans jamais avoir besoin d’en rajouter. Une œuvre sensible, imparfaite mais sincère, qui trouve dans la force de son duo principal sa plus belle raison d’être.

Titre original : CE QUI NOUS MÈNE A TOI

Réalisé par: Khalil Cherti

Casting: Nina Meurisse, Sofian Khammes, Jeanne Balibar …

Genre:  Drame

Sortie le : 11 novembre 2026

Distribué par : Condor distribution

TRÈS BIEN

Votre commentaire