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NOCTURNE (Critique Saison 1 Épisodes 1×01 – 1×02) Une proposition particulièrement solide …

SYNOPSIS : Jonah Lynn, un ancien soldat devenu policier à la criminelle, est fatigué des rues difficiles de Philadelphie. Installé dans une petite ville de l’ouest de la Pennsylvanie, sa vie paisible est troublée lorsque sa famille et lui deviennent la cible de Jurek Walter, tueur en série diabolique et rusé. Jonah se retrouve obligé d’envoyer sa protégée, l’agent du FBI Saga Bauer, sur ses traces.

Créée pour la télévision par Rowan Joffé et développée par John Hlavin, Nocturne puise son inspiration dans deux romans de Lars Kepler, Le Marchand de sable et Lazare. Derrière ce pseudonyme se cache le couple d’écrivains Alexandra Coelho Ahndoril et Alexander Ahndoril, dont les thrillers ont rencontré un immense succès international. Transposé aux États-Unis, leur univers conserve cette noirceur caractéristique du polar nordique, où la violence psychologique occupe une place prépondérante.

Dès les premières minutes, le ton est donné. La réalisation de Tim Van Patten, auquel on doit notamment des épisodes des Soprano, de Boardwalk Empire et de Game of Thrones, installe une atmosphère oppressante sans jamais céder à la surenchère. La menace se construit progressivement, à travers les silences, les regards et les rapports de force entre les personnages. L’inquiétude naît moins de ce que l’on voit que de ce que l’on redoute. Cette approche confère aux deux premiers épisodes une intensité remarquable, tout en laissant au récit le temps de développer ses enjeux.

Liev Schreiber retrouve ici un rôle à la mesure de son impressionnante présence à l’écran. L’acteur, notamment associé à Ray Donovan, possède cette faculté assez rare d’imposer un personnage sans avoir besoin d’en faire trop. Son interprétation de Jonah Lynn repose sur une autorité naturelle, derrière laquelle affleurent les blessures d’un homme marqué par son passé. Schreiber apporte une densité considérable à ce personnage solitaire, dont les méthodes et les convictions ne sont pas toujours compatibles avec celles de son entourage.

Face à lui, Stephen Graham compose un antagoniste absolument fascinant. L’acteur britannique, dont la carrière témoigne d’une remarquable capacité à se réinventer, trouve avec Jurek Walter un personnage particulièrement inquiétant. Son jeu repose sur une économie de moyens redoutable. Un regard, une intonation ou un simple changement d’expression suffisent à installer le malaise. Graham donne à son personnage une intelligence manipulatrice qui le rend d’autant plus terrifiant qu’il n’a nul besoin de recourir constamment à la violence physique pour exercer son emprise. Les confrontations entre les deux comédiens figurent déjà parmi les moments les plus marquants de ce début de saison.

Autour de ce duo, la distribution réunit notamment Zazie Beetz, Rory Culkin, Bill Camp, Poorna Jagannathan et Chrissy Metz, que les téléspectateurs de This Is Us retrouveront dans un registre très différent. Cette richesse constitue cependant l’une des premières limites de la série. Les personnages se multiplient rapidement, accompagnés de leurs histoires personnelles et de leurs relations parfois complexes. Il faut donc une certaine attention pour assimiler les nombreuses informations distillées au fil du récit. Une densité qui nourrit l’intrigue, mais peut également en compliquer ponctuellement la lisibilité.

Cette réserve n’empêche toutefois pas Nocturne de réussir son entrée en matière. L’écriture prend le temps de poser les bases d’un univers trouble, tandis que la mise en scène entretient une tension presque permanente. Loin de chercher à multiplier artificiellement les scènes d’action, la série fait confiance à ses comédiens et à la puissance de ses situations. Le rythme, parfaitement adapté à cette approche, permet à l’inquiétude de s’installer durablement.

Au terme de ces deux premiers épisodes, Nocturne apparaît comme une proposition particulièrement solide dans le paysage du thriller télévisuel. Son atmosphère travaillée, la qualité de sa réalisation et l’affrontement prometteur entre Liev Schreiber et Stephen Graham constituent autant de raisons de poursuivre l’aventure. Reste à savoir si les huit épisodes suivants sauront préserver cette intensité tout en maîtrisant la complexité croissante de leur intrigue. Pour l’heure, le résultat est suffisamment convaincant pour donner immédiatement envie de découvrir la suite.

Crédits : Apple TV

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