Critiques Cinéma

SECRETS ET MENSONGES (Critique)

SYNOPSIS : À la mort de sa mère adoptive, Hortense, une jeune femme noire, part à la recherche de sa mère biologique. Elle est bouleversée lorsqu’elle découvre qu’il s’agit de Cynthia, une femme blanche qui vit seule avec sa fille dans un quartier modeste de Londres. Dans cette famille déjà fragilisée par le passé, cette découverte fait remonter tous les non-dits à la surface.

Secrets et Mensonges de Mike Leigh, sorti en 1996 et récompensé par la Palme d’Or à Cannes ainsi que du prix d’interprétation féminine pour Brenda Blethyn, s’impose comme l’un des films les plus denses et les plus humains du cinéma britannique, non pas parce qu’il multiplie les péripéties spectaculaires mais parce qu’il explore avec brio les relations familiales. L’histoire nous présente Hortense Cumberbatch, une optométriste qui vient de perdre sa mère adoptive et qui décide de se mettre à la recherche sa mère biologique. Elle finira par la retrouver, en la personne de Cynthia Purley une ouvrière au sein d’une usine de cartons, compulsive et sentimentale, elle est en guerre avec sa fille Roxanne, une jeune fille au caractère dur. L’arrivée de cet enfant caché, que Cynthia a eue à l’âge de 15 ans et qu’elle n’a pas voulu garder va mettre au jour d’anciens secrets et mensonges qui vont miner l’entente de la famille. Mike Leigh est un réalisateur qui a une méthode quelque peu différente de la plupart des cinéastes. Il ne travaille pas avec un scénario figé, il construit pendant des mois avec ses acteurs des personnages, des biographies, des habitudes et des réflexes, jusqu’à ce que le dialogue et l’action émergent d’un travail d’improvisation. Cela se ressent à l’écran, on ne voit pas quelque chose d’habituel mais plutôt une histoire véritablement façonnée par l’art. Ici, il refuse le schéma de la victime et du bourreau, il refuse de transformer Hortense en symbole ou Cynthia en caricature, il les fait se regarder assez longtemps pour que chacune révèle autre chose que ce que l’on attendait d’elle. Hortense n’est pas seulement la jeune femme noire émancipée qui réussit, elle est aussi une personne qui a besoin d’une mère, qui accepte d’entrer dans une famille en désordre qui n’est pas la sienne. Elle offre une présence calme là où tout le monde hurle où se tait. Quant à Cynthia elle n’est pas seulement la mère honteuse, elle est une femme dont la vie a été rabaissée par la pauvreté et par la peur du jugement.

La caméra de Mike Leigh capte les plans longs, elle est parfois collée aux visages, parfois en retrait dans la rue londonienne, il refuse le virtuosisme pour mieux laisser aux acteurs le temps d’exister. Du côté de la distribution, Brenda Blethyn, qui a obtenu le prix d’interprétation livre une performance que certains ont trouvée excessive ou encore trop larmoyante, mais l’excès est précisément le sujet. Cynthia est une femme qui n’a plus de frein intérieur, qui se noie dans le sentiment parce qu’elle n’a jamais eu les outils pour le contenir, et le film a besoin de cette force pour que les autres personnages, plus retenus, plus froids ou plus sages, puissent orbiter autour d’elle et révéler leurs propres manques.

Marianne Jean-Baptiste, elle, joue à contre-emploi de ce que l’on attend souvent d’un film de Leigh, moins d’explosions, plus de réserve, une dignité qui n’est pas de la froideur mais une éthique du regard, elle observe, écoute, pose des questions et refuse de devenir le prétexte d’une leçon sur la race. Le film résume parfaitement sa filmographie parce qu’il n’abandonne ni l’humour cruel, ni la satire sociale, ni la tendresse, il en change seulement le dosage avec moins de noirceur.

Le film s’impose comme l’un des sommets de l’œuvre de Mike Leigh, un film où la douleur des non-dits et la timidité des reconnexions se mêlent avec une justesse rare. La catharsis finale, loin d’être un happy end, apparaît comme une ouverture fragile mais authentique, où le partage de la souffrance devient, pour un instant, possible. Plus de vingt-cinq ans après sa sortie, Secrets et Mensonges conserve intacte sa capacité à émouvoir et à interroger, confirmant qu’il s’agit bien d’une œuvre majeure du cinéma britannique contemporain.

Titre original : SECRETS AND LIES

Réalisé par: Mike Leigh

Casting: Brenda Blethyn, Timothy Spall, Marianne Jean-Baptiste …

Genre:  Drame

Sortie le : 18 septembre 1996

Ressortie le : 7 octobre 2026

Distribué par : Potemkine Films

TRÈS BIEN

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