
SYNOPSIS : Zara Taylor du MI6, les services secrets britanniques, et Vincent Taleb, ancien agent de protection rapprochée du ministre français de la Défense, coopèrent de nouveau quand un avion est détourné aux larges des côtes libyennes. Cette première attaque marque le début d’une vaste conspiration menée par un violent mercenaire russe, Yuri Mishkin. Alors qu’un virus mortel menace de décimer l’Europe, les deux agents doivent agir vite pour stopper Yuri et ses complices, dont un traître dans leurs propres rangs. De Londres à Madrid en passant par la Libye, Zara et Vincent seront confrontés à des choix impossibles et devront naviguer dans cette situation à haut risque : à qui peuvent-ils encore se fier ?
Après Paris Has Fallen, dont nous avions rédigé un papier que nous encourageons les lecteurs à découvrir, une nouvelle itération, suite directe de la précédente saison, s’achève ce 26 octobre sur Canal+. Alors que Night Has Fallen, quatrième volet supposé de la franchise au cinéma, semble au point mort, la série continue, elle, son bonhomme de chemin sur le petit écran. Apollo Has Fallen souffre malheureusement des mêmes qualités et des mêmes défauts que sa prédécesseure : on retrouve 24 Heures chrono si elle s’était lancée dans un régime Weight Watchers couplé à Comme J’aime. Tous les ingrédients sont réunis, mais le plat est étonnamment fade et dénutri. Les complots, les retournements de situation, les agents pris dans un engrenage qui les dépasse et les menaces susceptibles de bouleverser l’ordre établi sont bien présents. Seulement, à force de reprendre des mécanismes déjà éprouvés ailleurs sans leur apporter suffisamment de matière, la série donne surtout l’impression de servir une recette dont on connaît déjà parfaitement le goût. Le problème est d’autant plus frustrant que Paris Has Fallen avait déjà largement mis en évidence ces limites ; nous pouvions espérer que cette nouvelle saison tirerait les leçons de cette première expérience, en donnant davantage d’ampleur à son récit ou en exploitant mieux les possibilités offertes par son format. Il n’en est malheureusement rien. La série se veut dynamique, multiplie les rebondissements et cherche constamment à relancer son intrigue, mais elle conserve malgré tout un côté plan-plan assez désarmant. Les événements s’enchaînent sans parvenir à créer cette tension qui nous pousserait à dévorer les épisodes les uns après les autres.

Tewfik Jallab et Ritu Arya reprennent leurs rôles respectifs de Vincent Taleb et Zara Taylor. Sur le papier, leur duo conserve un certain potentiel, et la sincérité de leur relation constitue toujours l’un des aspects les plus appréciables de la série. Pourtant, le déséquilibre entre les deux personnages demeure aussi marqué que dans la saison précédente. Zara occupe une nouvelle fois le devant de la scène, largement portée par Ritu Arya, qui semble parfaitement immergée dans son rôle. L’actrice apporte une énergie et une conviction qui rendent son personnage immédiatement identifiable. Vincent, en revanche, reste trop souvent relégué au second plan. C’est d’autant plus dommage que Tewfik Jallab ne manque ni de charisme ni de crédibilité. Son investissement physique est évident, et son impressionnante condition semble parfaitement adaptée aux exigences d’un personnage appelé à encaisser les coups autant qu’à les distribuer. Le problème ne vient donc pas de son interprète, mais bien de l’écriture, qui peine toujours à lui donner une véritable existence au sein du récit. La série aurait pourtant pu régler ce problème dès les premières minutes de cette nouvelle saison, en osant un choix narratif radical qu’elle nous laisse entrevoir avant de le désamorcer quelques instants plus tard. Difficile de comprendre pourquoi les scénaristes n’ont pas pris le temps de laisser cette décision produire ses effets, tant sa résolution précipitée prive l’intrigue d’une possibilité intéressante. Une nouvelle occasion manquée, qui résume assez bien la frilosité générale de la série : elle semble parfois prête à prendre des risques, avant de faire marche arrière au moment où les choses pourraient enfin devenir intéressantes. Tout n’est cependant pas à jeter dans cette galerie de personnages. Nous continuons de nous attacher, même modestement, à certains d’entre eux, et celui incarné par Richard Dormer constitue notamment une présence particulièrement sympathique. Mais ces individualités ne suffisent pas à donner au récit l’épaisseur qui lui manque. À force de privilégier les péripéties, la série peine à développer des personnages suffisamment riches pour que leurs trajectoires nous importent véritablement. Nous suivons leurs aventures, nous apprécions parfois leur compagnie, mais nous restons trop souvent à distance de ce qu’ils traversent, et ce même lorsqu’ils s’épanchent avec des anecdotes supposément traumatisantes à laquelle on ne peut réprimer un pouffement de rire tant cela sonne cliché.

Il faut pourtant reconnaître à Apollo Has Fallen un progrès sur un terrain essentiel : celui de l’action. Les combats sont nombreux, les personnages prennent cher, finissent en sang et encaissent des blessures qui ne donnent pas l’impression d’être simplement là pour faire joli. On sent le travail effectué sur les chorégraphies, l’investissement des interprètes et les moyens mobilisés pour rendre les affrontements crédibles. Sur le plan technique, la série dispose donc d’un véritable savoir-faire, et il serait injuste de ne pas le souligner. Mais cette maîtrise formelle ne suffit toujours pas à compenser les faiblesses du scénario. L’intrigue autour d’un virus cherche à installer une menace de grande ampleur, dont les ramifications se dévoilent progressivement. Les scénaristes tentent même de donner davantage de poids à l’ensemble en réservant certains enjeux à la fin de saison et en choisissant un cadre spectaculaire censé renforcer la portée des événements. Pourtant, nous ne parvenons jamais vraiment à croire que la situation puisse déraper. La menace est annoncée, détaillée, parfois même accompagnée de conséquences potentiellement catastrophiques, mais elle demeure étrangement abstraite. C’est là que la comparaison avec 24 Heures chrono devient particulièrement douloureuse. Dans cette dernière, malgré les excès inhérents au genre, l’accumulation des crises, les trahisons et les retournements parvenaient à créer une véritable sensation d’urgence. Ici, tout semble rester à la surface. Les personnages courent, se battent, découvrent de nouvelles informations et tentent de déjouer les plans adverses, mais le récit ne parvient jamais à nous faire ressentir pleinement le danger. Même lorsque les enjeux se veulent considérables, nous restons spectateurs d’une mécanique qui tourne à vide. La série maîtrise pourtant certaines ficelles du genre. Le jeu des taupes, notamment, n’est pas toujours aussi prévisible qu’on pourrait le craindre et réserve quelques surprises appréciables. Mais cela ne suffit pas à transformer l’ensemble en un thriller véritablement addictif. Les rebondissements s’accumulent sans que l’intrigue gagne réellement en profondeur, et le rythme finit par paraître artificiel, comme si la série appliquait consciencieusement les recettes du suspense sans comprendre ce qui leur permet de fonctionner. Il manque de la matière, du dépaysement (alors que nous explorons paradoxalement plusieurs territoires), de la tension et, surtout, cette petite part d’incertitude qui nous ferait craindre pour les personnages et croire à la catastrophe annoncée.

Au terme de cette nouvelle saison, le constat est donc assez proche de celui que nous avions formulé après Paris Has Fallen. La série n’est pas dépourvue de qualités : elle peut compter sur des interprètes investis, des scènes d’action correctement exécutées et quelques bonnes idées narratives. Mais elle continue de sacrifier une partie de son potentiel à un scénario trop linéaire, trop convenu et trop peu audacieux pour se distinguer de la concurrence. Le plus regrettable reste sans doute ce décalage entre la forme et le fond. Nous sentons que les moyens techniques sont là, que les comédiens s’impliquent et que la production cherche à donner de l’ampleur à son histoire. Pourtant, rien ne semble vraiment prendre. À force de reprendre les mécanismes de 24 Heures chrono sans retrouver sa capacité à installer une tension durable, Apollo Has Fallen reste un ersatz qui ne parvient jamais à justifier pleinement son existence. Le problème n’est donc plus seulement celui du budget ou du format télévisuel, mais bien celui de l’ambition narrative. Nous ignorons si une troisième saison est prévue, mais la série devra sérieusement se remettre en question si elle souhaite éviter de disparaître dans l’indifférence générale. Elle doit oser davantage, donner plus de substance à ses personnages et surtout apprendre à faire de ses enjeux autre chose qu’une succession de menaces désamorcées ou de rebondissements vite oubliés. Car si Apollo Has Fallen reste suffisamment divertissante pour occuper une soirée, elle ne laisse finalement que peu de souvenirs une fois le dernier épisode terminé. C’est d’autant plus préoccupant que la série semble aussi se baser sur sa propre formule qu’elle industrialise et reprend dans ses deux saisons une construction extrêmement similaire. Il est encore temps, peut-être, de trouver une véritable identité à cette déclinaison télévisuelle. Mais il faudra pour cela cesser de se contenter d’appliquer des recettes déjà éprouvées et comprendre ce qui fait la différence entre un thriller simplement fonctionnel et une série qui donne réellement envie d’enchaîner les épisodes. Nous ne pouvons que lui souhaiter d’y parvenir, s’il n’est pas déjà trop tard.
Crédits : Canal+
Catégories :Critiques Cinéma










































































































































