

SYNOPSIS : Dans un village au nord de l’Espagne, Jeanne tente de reconstruire sa vie avec Daniel, qui ne connaît rien de son passé trouble. Un jour, Mateo, le filleul de Jeanne âgé de six ans, disparaît mystérieusement… Afin d’échapper à la police qui la soupçonne rapidement, Jeanne se réfugie en France dans la communauté où elle est née et qu’elle a fuie quelques années auparavant. Daniel ne croit pas à la culpabilité de la femme qu’il aime et va tout faire pour la retrouver avant la police.
On ne savait pas Guillaume Canet gymnaste. Car entre son Astérix, son dernier film en date, et ce nouveau Karma, le comédien-réalisateur opère un gigantesque grand-écart. Sorti des aventures du gaulois moustachu avec un résultat pas vraiment bien traité par la critique et par le public, Canet retourne derrière la caméra avec un certain poids sur les épaules, on peut l’imaginer. Mais au lieu de se satisfaire dans la facilité avec un film calibré pour un succès populaire, le cinéaste opte pour un choix plus audacieux : un thriller psychologique et religieux à l’intensité que l’on n’avait pas vu venir. Karma raconte l’histoire de Jeanne Langevin, une femme renfermée qui vit avec son nouveau compagnon Daniel dans le nord de l’Espagne. Elle rend régulièrement visite à son filleul, le jeune Matéo, fils d’un couple d’amis du village – jusqu’à ce qu’un jour, le garçon disparaisse sans laisser de trace… La police soupçonne alors rapidement Jeanne, laquelle a pris la route d’un passé qu’elle avait tenté de garder derrière elle. Revenue à l’endroit où elle a grandi – une communauté religieuse vivant en autarcie sous les décisions de Marc, leur leader spirituel – Jeanne reconnecte avec ses origines lors d’un séjour qui va faire remonter de nombreux non-dits.

Guillaume Canet acte avec Karma plusieurs retrouvailles : d’abord avec le thriller, genre où il s’est illustré notamment avec Ne le dit à Personne, et ensuite avec Marion Cotillard, son ex-compagne pour qui il a écrit ce personnage de Jeanne sur mesure. Dans un gros morceau de 2h20, Canet renoue avec une mise en scène sèche et aiguë, fabriquant avec son directeur de la photographie Benoît Debie une peinture riche à l’atmosphère impeccable où le cinéaste plonge ses personnages avec grande intensité. Jeanne retourne au sein de la communauté dans laquelle elle a été élevée, racontant un groupe isolé aux tendance sectaires sous l’égide de Marc (monstrueux Denis Ménochet) et des lois qu’il dicte à tous ses adeptes. Canet et son co-scénariste Simon Jacquet dessinent une tension implacable, un feu qui s’embrase lentement et insidieusement dans les traditions et dans la hiérarchie de cette communauté, révélant petit à petit ses dérives en tout genre. Cette intrigue centrale s’accompagne également d’un focus sur le personnage de Daniel – nouveau compagnon espagnol de Jeanne campé avec grand talent par Leonardo Sbaraglia et qui part à sa recherche à sa disparition – et sur l’enquête de police qui pèse sur Jeanne quant à la disparition de Matéo. Car Karma joue principalement sur ses mystères : qu’est-il arrivé au garçon ? Où est la vérité dans les différents discours de Jeanne ? Quelles sont les intentions de Marc ? En révélant progressivement les fils qui tissent cette toile psychologique au lieu d’accumuler les questions sans réponses, le scénario de Canet et Jacquet a l’intelligence de se renouveler constamment, garantissant une tension latente qui trouvera son climax dans la dernière partie du film lorsque tout sera enfin clair.

Karma attrape dès son ouverture le spectateur en dégainant un suspense savamment maîtrisé et une vitrine esthétique parfaite d’exécution (de décors âpres et rugueux, Canet en sort à la fois des prisons et des foyers avec beaucoup de gros plans sur les visages et de plans larges qui rendent honneurs au travail appliqué de la décoration). Marion Cotillard est impressionnante en femme perdue dans son rapport au monde, confuse entre son éducation en autarcie et un monde extérieur redoutablement violent – à tel point où l’on passe le film à se demander quelle violence Jeanne peut avoir emmagasiné derrière ses apparences vulnérables. Face à elle, absolument parfait en gourou autoritaire et abusif, Denis Ménochet est assurément impressionnant, autant par sa carrure que par son contrôle grandissant sur les membres de sa communauté.

Fort d’une envie évidente de proposer du cinéma implacable dans une mise en scène oppressante à souhait, Guillaume Canet assure un retour en grandes pompes dans le registre du thriller, dégageant une peinture âpre et enflammée du contrôle par la religion dans un contexte de polar aiguisé. En levant ce qu’il faut de violence et de mélancolie dans le parcours de cette femme en proie à ses démons passés et intérieurs, Karma s’impose comme l’un des grands films français de cette année, à l’efficacité sidérante et à l’esthétique redoutable, qui laissera en fin de parcours difficilement indifférent.

Titre original : KARMA
Réalisé par: Guillaume Canet
Casting: Marion Cotillard, Denis Ménochet, Leonardo Sbaraglia …
Genre: Drame, Thriller
Sortie le: 21 octobre 2026
Distribué par : Pathé Films

EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020










































































































































