

SYNOPSIS : Juliette, 30 ans, semble avoir tout pour elle : un poste prestigieux dans la finance, une belle maison, une vie rythmée par les voyages et les amours de passage. Lorsqu’elle est agressée par un collègue, son monde s’effondre. Juliette s’engage alors sur un nouveau chemin pour redonner un sens à sa vie.
Il y a chez Robert Guédiguian une manière de regarder les êtres qui ne change pas vraiment avec le temps. Non pas parce que son cinéma serait immobile, mais parce qu’il reste fidèle à une conviction profonde : derrière les fractures sociales, les blessures intimes et les colères, il existe toujours quelque chose qui mérite d’être sauvé. Une femme aujourd’hui s’inscrit pleinement dans cette continuité. C’est un film profondément humain, parfois douloureux, mais traversé par une lumière qui refuse obstinément de s’éteindre. Cette lumière, c’est d’abord celle de Marilou Aussilloux. Elle est magnifique. Belle et solaire, elle possède surtout cette qualité beaucoup plus précieuse qui consiste à ne jamais donner l’impression de jouer l’émotion. Dans la tendresse comme dans le drame, elle conserve un naturel remarquable. Tout semble passer par elle sans démonstration. Une hésitation suffit. Un regard fait comprendre ce que les mots ne peuvent pas toujours exprimer. Son interprétation est pleine de véracité et permet au film de ne jamais transformer son personnage en symbole. Elle reste une femme, avec ses contradictions et ses failles, dont le cheminement constitue le véritable cœur du récit.

Guédiguian l’entoure naturellement de sa famille de cinéma. La retrouver participe toujours du plaisir particulier que procure son œuvre, mais il ne s’agit jamais simplement de convoquer des visages familiers. Jean-Pierre Darroussin est une nouvelle fois formidable. Sa singularité demeure intacte et il sait faire affleurer l’humanité d’un personnage sans chercher à la souligner. Ariane Ascaride possède cette même capacité à rendre immédiatement vivant ce qu’elle incarne. Chez elle, l’émotion paraît toujours naître de l’intérieur. Gérard Meylan dispose d’un personnage moins développé, mais sa présence suffit souvent à donner une épaisseur supplémentaire aux scènes dans lesquelles il apparaît. Grégoire Leprince-Ringuet, lui aussi déjà présent dans l’univers de Guédiguian, trouve parfaitement sa place au milieu de cette troupe. Il apporte beaucoup de sensibilité à son personnage et évite les facilités qui auraient pu le rendre beaucoup plus schématique.

Cette approche fonctionne d’autant mieux que Guédiguian ne surcharge jamais son récit d’effets. Sa mise en scène est élégante sans chercher à le proclamer. Pierre Milon accompagne les personnages avec une image qui sait saisir la beauté des lieux sans les transformer en cartes postales. Marseille et la Méditerranée appartiennent évidemment à l’ADN du cinéaste, mais elles sont avant tout ici des espaces habités. Les paysages prolongent les émotions plutôt qu’ils ne les décorent. Tout n’est pourtant pas totalement abouti. Certains personnages secondaires ouvrent des pistes passionnantes que le scénario laisse finalement un peu trop en suspens. C’est particulièrement frustrant lorsqu’un personnage porte en lui une colère dont le film prend le temps de montrer la complexité avant de laisser sa trajectoire quelque peu en retrait. Cette sensation d’inachevé empêche peut-être Une femme aujourd’hui d’atteindre complètement la puissance à laquelle il semblait parfois pouvoir prétendre. Mais cette réserve ne suffit pas à masquer la beauté de l’ensemble. Parce que Robert Guédiguian reste profondément fidèle à son cinéma sans donner l’impression de simplement le reproduire. Parce que ses acteurs portent leurs personnages avec une générosité remarquable. Parce que Marilou Aussilloux irradie le film sans jamais forcer la lumière.

C’est peut-être cela qui relie le mieux tous ces comédiens : l’humanité. Guédiguian filme des êtres imparfaits sans chercher à les réduire à leurs erreurs. Il regarde leurs contradictions sans les excuser artificiellement. Même lorsque le film aborde la colère ou les préjugés, il cherche d’abord ce qui a conduit les personnages jusque-là. Cette volonté de comprendre plutôt que de juger constitue depuis longtemps l’une des grandes forces de son cinéma. Une femme aujourd’hui parle aussi de reconstruction. Mais certainement pas de cette reconstruction confortable que le cinéma résume parfois à quelques étapes soigneusement balisées. Ici, réparer ne signifie pas effacer. Certaines blessures restent présentes. Il faut apprendre à vivre avec elles, puis tenter de rebâtir quelque chose autour. Le film trouve sur ce terrain une délicatesse remarquable. Il laisse à ses personnages le droit d’avancer maladroitement et celui de ne pas savoir immédiatement comment retrouver leur place. Une femme aujourd’hui raconte finalement moins la possibilité d’oublier que celle de continuer. Reconstruire ne signifie pas retrouver ce qui existait auparavant. Cela consiste peut-être simplement à parvenir à bâtir quelque chose de nouveau avec ce qui reste. Et dans le cinéma profondément humaniste de Robert Guédiguian, cela suffit encore à faire naître l’espoir.

Titre original : UNE FEMME AUJOURD’HUI
Réalisé par: Robert Guédiguian
Casting: Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin …
Genre: Comédie dramatique
Sortie le: 21 octobre 2026
Distribué par : Diaphana Distribution

EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020










































































































































