

SYNOPSIS : Carrie White est une fillette qui a passé sa vie recluse auprès d’une mère dominatrice. A la mort soudaine de son père, Carrie se retrouve confrontée à l’univers impitoyable du lycée public, à la pression incessante, à la cruauté de l’ère des réseaux sociaux, ainsi qu’à l’émergence de mystérieux pouvoirs télékinésiques.
Ce beau diable de Mike Flanagan, maintenant débarqué sur Prime Vidéo après ses années de bons et loyaux services chez Netflix, n’a pas crée la surprise lorsqu’il annonça que son prochain projet était une adaptation de Stephen King. On le sait féru de transpositions (Hill House, Bly Manor, La Chute de la Maison Usher et autres), et son compte d’adaptations du King étant déjà à 3 (Jessie, Doctor Sleep et récemment Life of Chuck) : on est à 4 désormais, en ajoutant Carrie au tableau – classique absolu du paysage fantastique moderne, déjà sujet à de nombreuses tentatives sur grand et petit écran, la plus connue étant bien entendu celle de Brian de Palma en 1976 avec la mythique Sissy Spacek. Malgré le talent indéniable de Flanagan, une question subsiste tout de même à l’annonce du projet : reste-t-il encore quelque chose à dire de Carrie qui n’ait pas été déjà abordé par toutes ses itérations passées ?

Cette mouture 2026 tend à répondre à cette interrogation en organisant une révision quasi-totale de son contexte. Premier choix radical : exit les années 70, nous sommes en 2026, les lycéens ont des smartphones et des profils sur les réseaux sociaux. Deuxième transformation : Carrie est ici abordée comme une enfant naïve, joviale, naturellement gentille et à la curiosité débordante. Inspiré par le fait divers sordide de la famille Turpin (deux parents ont séquestré leurs 13 enfants en les empêchant de sortir de leur maison), Mike Flanagan décrit le parcours de Carrie après la mort de son père, laissant derrière lui une fille qui découvre le monde extérieur en débarquant au lycée et une veuve qui tente de la protéger du danger qu’il constitue. La plus grosse réinvention de la série repose alors dans la relation entre la jeune fille et sa mère Margaret White (matriarche religieuse extrémiste et sadique dans le livre, ici révisée en victime de propagandes complotistes qui cherche par tous les moyens à protéger sa fille par amour). Ces relectures complètent alors très habilement le matériau de base, posant dès lors toutes les fondations pour ces 8 épisodes.

Carrie commence sur une promesse en s’ouvrant sur une séquence façon documentaire Netflix où les survivants du fameux « Bal de Promo » répondent à des questions sur la nature des évènements. Mike Flanagan fait face directement à ce qui s’impose : tout le monde connaît l’histoire. Tout le monde associe instinctivement Carrie à la séquence du Bal et au grand feu qui s’ensuit, le mystère et la surprise se sont un peu évaporés. Mais loin d’être un problème, Flanagan retourne cette attente pour raconter autre chose : cette première saison (les récentes déclarations du showrunner et des portes pas vraiment fermées dans les derniers épisodes laissent à penser que d’autres saisons pourraient être mises en route) délaisse le style horrifique habituel de son réalisateur pour s’engager dans un thriller psychologique adolescent. Façon récit d’initiation, on y suit Carrieta White, jeune ingénue naïve et innocente qui tente de survivre dans son lycée alors que certains de ses camarades de classe se livrent à des jeux malsains en harcelant les plus vulnérables. Carrie, et ses robes fabriquées à la main, est vue comme une cible de choix, notamment par la maléfique Chris Hargensen, fille unique d’un promoteur immobilier extrêmement puissant au sein de la communauté. La première partie de la série est consacrée à l’intégration de Carrie dans le lycée, avec un propos extrêmement sec sur le harcèlement scolaire en 2026. Tout est passé au crible : les mécanismes qui tendent à faire de certains enfants des cibles directes, les inactions des administrations, l’impuissance des parents et l’escalade de la violence dans un climat de peur lessivant (l’un des épisodes intègre même de manière glaçante le sujet des fusillades dans les écoles, faisant grimper le sentiment d’insécurité). A l’inverse de Hill House et ses fantômes, ou de Midnight Mass et de ses vampires, Carrie place de manière insidieuse son horreur dans le réel. La série s’avère alors moins efficace que les autres œuvres de Flanagan par essence car son contenu est bien distillé pour former 8 épisodes (quelques ventres mous heurtent certains passages, notamment dans la première partie de la saison, car l’aspect fantastique a un peu de mal à faire son apparition autrement que par une sous-intrigue liée à un certain personnage proche de Carrie dont la nature est extrêmement prévisible). Mais ces idées intéressantes sont particulièrement portées par l’une des plus grosses réussites de la série, à savoir son casting.
En tête de proue, difficile de passer à côté de la performance sensationnelle de Summer H. Howell qui a la lourde tâche de récupérer le flambeau de Carrie, et qui parvient parfaitement à encapsuler cette nouvelle version. Sa Carrieta est diablement attachante, tour à tour touchante, maline et bienveillante, ce qui rend les séquences de harcèlement encore plus dérangeantes. Samantha Sloyan est aussi éblouissante dans sa partition, sa Margaret White est absolument parfaite de nuances (elle n’est pas aussi diabolique que dans le livre ou dans les précédentes adaptations, son écriture lui donnant un aspect tragique fascinant composant peut-être le meilleur arc narratif de toute la série). On citera également Alison Thornton qui s’empare du difficile rôle de Chris Hargensen, principale antagoniste de la série, harceleuse en cheffe malveillante et névrosée à cause des bouleversements qui remuent sa famille. La comédienne fait des éclats en fournissant l’un des personnages les plus détestables vus récemment à l’écran, et il y a fort à parier que sa performance fasse quelques remous. On retrouve également au casting Siena Agudong reprenant le rôle de Sue Snell, Matthew Lillard en principal dépassé, Amber Midthunder en jeune institutrice de bonne volonté, et quelques petits caméos obligatoires de comédiens et comédiennes venus de la troupe de Mike Flanagan.

En transposant Carrie au 21ème siècle sans jamais ternir ni sa complexité ni l’ampleur de la tragédie écrite par King, Flanagan relit le classique en densifiant sa nuance, quitte à déséquilibrer parfois la structure unilatérale du récit original sans pour autant briser ce qui fait ses forces. Sorte de grand slow-burn horrifique, qui trouve un pay-off enflammé à en décrocher la mâchoire dans la transposition de l’épisode du Bal en fin de parcours, Carrie version 2026 a un peu de mal à parvenir à la hauteur des précédents chefs-d’œuvre de son réalisateur mais se dresse dignement au niveau des adaptations qui densifient le matériau de base pour le justifier au sein d’un autre contexte. Le propos sur le harcèlement scolaire s’avère diablement précis, usant des réseaux sociaux, des rumeurs infondées et du cyberbullying pour lentement amener les personnages vers l’explosion (on notera un fantastique épisode 6 qui fait converger toutes ses intrigues avec grand fracas). Ombre au tableau cependant, la série fait le choix de ne pas expliquer de nombreux mystères, ce qui désarçonne dans un premier lieu, avant de trouver une certaine logique dans la possibilité d’une saison 2 – à la fois un choix questionnable et une piste intéressante. Cela donne malgré toute la sensation qu’il manque un bout de cette première salve d’épisodes, tout en nous laissant curieux de l’éventuelle suite des évènements. Car il est évident que le lien entre Stephen King et Mike Flanagan n’est certainement pas prêt à être rompu, et qu’il pourrait aller bien plus loin que ce que l’on pourrait en attendre…
Crédits : Prime Video










































































































































