

SYNOPSIS : Libéré après 19 ans de bagne pour le vol d’un pain, Jean Valjean décide de changer de vie et de faire le bien autour de lui. Sous une fausse identité, il devient avec le temps un notable respecté de tous. Venant en aide à Fantine, une ouvrière mourante, il promet de sauver sa fille, Cosette, des griffes des cruels Thénardier. Mais son passé le rattrape : l’inspecteur Javert, un policier implacable au passé lui aussi tourmenté, le traque sans relâche afin de le renvoyer au bagne. Dans un Paris en pleine révolution, Valjean doit lutter pour protéger Cosette et achever sa rédemption, entre sacrifices et quête de justice.
Nous avons découvert cette nouvelle adaptation des Misérables de Victor Hugo en présence d’une partie du casting, qui s’est prêtée à un jeu de questions-réponses plus ou moins pertinent. Nous n’aurons malheureusement pas échappé à quelques rapprochements forcés avec le contexte actuel des manifestations, mais nous retiendrons surtout la sincérité de Vincent Lindon, particulièrement intéressant lors de cet échange. Malgré la multitude de versions des Misérables, nous en avons finalement vu assez peu. La première découverte, l’adaptation télévisée de Josée Dayan, nous avait particulièrement marqués durant notre enfance. Ne l’ayant pas revue récemment, nous nous garderons bien de la juger dans son ensemble, même si un souvenir nous reste en tête : le traitement de Gavroche, dont la présence nous avait paru incohérente au regard de l’évolution des autres protagonistes. Décidément, ce personnage semble poser quelques problèmes d’adaptation. Il faut dire que condenser un monument littéraire comme celui de Victor Hugo en un long métrage relève nécessairement du compromis. À l’image du Comte de Monte-Cristo, cette adaptation de Fred Cavayé fait le choix d’une narration resserrée, qui permet de conserver les grandes étapes du récit et d’assurer un rythme soutenu. Sur le papier, la recette fonctionne : les événements s’enchaînent, les personnages importants sont présents et l’on ne voit pas le temps passer malgré une durée conséquente. Le problème, c’est que cette efficacité finit par devenir une limite. Tout semble soigneusement coché sur la liste des éléments indispensables à une adaptation des Misérables, sans que le film prenne réellement le temps de faire respirer son récit. Les événements sont parfois expédiés, les trajectoires manquent d’épaisseur et certaines situations, pourtant chargées d’un potentiel émotionnel considérable, ne produisent pas l’effet escompté. Le film raconte beaucoup, mais peine à nous faire ressentir pleinement ce qu’il raconte.

C’est d’autant plus frustrant que le film dispose d’un véritable savoir-faire technique. La reconstitution est soignée, la direction artistique léchée et l’ensemble bénéficie d’une réalisation propre, qui témoigne d’une ambition évidente. La dernière partie, consacrée aux barricades, cherche notamment à donner à cette fresque l’ampleur qu’elle mérite. La présence de nombreux figurants contribue à donner de l’envergure aux affrontements, mais l’artificialité du décor finit malheureusement par prendre le dessus. L’aspect théâtral de l’ensemble, presque celui d’un plateau de tournage, nuit à l’impression de réalité et à l’immersion que ces scènes auraient dû susciter. Nous retrouvons finalement certaines des qualités et des limites déjà observées dans Le Comte de Monte-Cristo et, dans une moindre mesure, dans Les Trois Mousquetaires. Ces adaptations partagent cette volonté de donner au cinéma français les moyens de ses ambitions en portant à l’écran de grandes œuvres littéraires populaires. Mais les résultats sont loin d’être toujours à la hauteur. Là où Le Comte de Monte-Cristo parvenait à maintenir un rythme efficace malgré des raccourcis qui nous avaient parfois laissés sur notre faim, Les Misérables nous donne le sentiment d’une mécanique encore plus fonctionnelle, qui enchaîne les étapes essentielles du récit sans leur laisser suffisamment de temps pour nous toucher. Quant aux Trois Mousquetaires, ils nous avaient surtout déçus par leurs choix esthétiques et leurs nombreuses maladresses, au point de nous laisser un souvenir nettement plus douloureux. Si les défauts ne sont donc pas tout à fait les mêmes, ces adaptations illustrent toutes, à des degrés divers, les limites d’un cinéma qui semble parfois confondre ampleur du projet et réussite artistique. La comparaison prend une autre dimension lorsqu’on les confronte à La Bataille de Gaulle. Les deux parties, qui ont marqué l’année 2026, nous ont impressionnés par leur maîtrise et leur ambition, au point de représenter à nos yeux ce que le cinéma français peut produire de plus stimulant lorsqu’il se donne les moyens de ses ambitions. La fresque historique y trouve une véritable ampleur, sans que le spectacle prenne le pas sur le fond. Nous sommes ici dans une tout autre catégorie, et il faudra laisser le temps faire son œuvre pour savoir si cette réussite pourra prétendre au statut de chef-d’œuvre. En attendant, le contraste avec Les Misérables est saisissant. Pour autant, nous ne pouvons pas dire que nous avons passé un mauvais moment devant le film de Fred Cavayé. Il se suit avec plaisir et son efficacité lui permet de ne jamais s’enliser. Mais là où certaines adaptations parviennent à nous bouleverser, celle-ci donne trop souvent l’impression de dérouler son programme. Elle semble vouloir raconter l’essentiel sans toujours s’autoriser à s’attarder sur ce qui pourrait lui donner davantage de profondeur. Il manque ce supplément d’âme qui permettrait de transformer une fresque techniquement irréprochable en une expérience véritablement marquante.

Heureusement, le casting apporte une belle énergie à l’ensemble. Vincent Lindon se montre particulièrement convaincant en Jean Valjean. Il dégage un charisme certain et donne au personnage une dimension profondément humaniste, qui correspond parfaitement à ce que l’on attend de lui. Sa présence apporte une densité bienvenue à un récit qui ne lui laisse pas toujours suffisamment de temps pour développer toute sa richesse. Louis Peres est lui aussi excellent dans le rôle du jeune Jean Valjean. Dès ses premières apparitions, il parvient à nous faire ressentir toute l’injustice subie par son personnage, au point de nous donner envie de voir tous ceux qui l’ont condamné en payer les conséquences. Une interprétation convaincante, qui confirme tout le bien que nous pensons du comédien. Nous ne pouvons d’ailleurs que vous conseiller de découvrir son travail dans Tropic et Les Sentinelles, deux œuvres qui permettent de mesurer l’étendue de son talent. Nous espérons d’ailleurs que cette dernière aura droit à une deuxième saison. Benjamin Lavernhe est également un régal dans le rôle de Thénardier. Insolent, roublard et toujours prêt à tirer profit de la moindre situation, il apporte au film une malice bienvenue. Son duo avec Camille Cottin fonctionne particulièrement bien et offre quelques moments savoureux, même si Lavernhe a tendance à lui voler la vedette. Le personnage gagne ainsi une présence qui tranche avec le caractère parfois trop fonctionnel de certaines autres figures du récit. Tahar Rahim, enfin, propose un Javert intéressant, plus humain et nuancé qu’on aurait pu le craindre. On se retrouve tiraillés entre une forme de compassion pour cet homme prisonnier de ses convictions et l’envie de le secouer tant son obstination peut devenir exaspérante. Son parcours trouve une conclusion qui fonctionne plutôt bien dans le cadre de cette adaptation, notamment grâce au jeu de miroir qui se dessine progressivement avec Jean Valjean. Ces deux hommes, en apparence opposés, finissent par se répondre de manière particulièrement intéressante. Malgré ces belles performances, certains personnages, à commencer par Cosette, semblent pâtir du manque de temps accordé à leur évolution. Il ne s’agit pas nécessairement d’un problème d’interprétation, mais plutôt d’une conséquence des choix d’adaptation ; à force de vouloir embrasser l’ensemble du récit, le film ne permet pas toujours à ses personnages de prendre toute leur place.

Le cas de Gavroche résume finalement assez bien les limites de cette version des Misérables. Son rôle paraît avoir été réduit au strict minimum, probablement pour des raisons de durée et de rythme. Mais à force de vouloir conserver sa présence sans lui donner la place qu’il mérite, le film finit par rendre le personnage presque anecdotique. Sa trajectoire perd une grande partie de son sens et son intégration au récit paraît parfois artificielle. C’est d’autant plus dommage que Gavroche n’est pas un personnage secondaire comme les autres. Il incarne une part essentielle de l’esprit du roman, entre innocence, débrouillardise, misère et tragédie. Le réduire à une présence ponctuelle revient à conserver le nom et la silhouette du personnage sans véritablement en préserver la portée. À ce stade, nous aurions presque préféré que le film fasse le choix de s’en passer complètement plutôt que de le maintenir dans une version aussi dénaturée. Cette frustration résume bien notre sentiment à l’issue de la projection. Les Misérables est un film soigné, efficace et porté par un casting solide, qui saura sans doute satisfaire celles et ceux qui recherchent une grande fresque historique accessible et spectaculaire. Mais derrière cette belle mécanique, il manque une émotion durable, une véritable profondeur humaine et cette capacité à laisser une trace longtemps après la séance. Plus d’une semaine après l’avoir découvert, ce sont surtout sa direction artistique et son apparence très léchée qui nous restent en mémoire. Nous ne renions pas le plaisir pris devant le film, mais nous avons déjà le sentiment qu’il s’effacera assez vite de nos souvenirs. Une adaptation honorable, donc, mais trop sage et trop fonctionnelle pour prétendre rejoindre les grandes réussites du cinéma français contemporain.

Titre Original: LES MISÉRABLES
Réalisé par: Fred Cavayé
Casting : Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin …
Genre: Drame, Historique
Sortie le : 14 octobre 2026
Distribué par: StudioCanal

BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020










































































































































