Critiques Cinéma

BELMONDO CASCADEUR : QUATRE FOIS OU LE JEU EST DEVENU VERTIGINEUX …

Jean-Paul Belmondo aimait jouer. Au sens le plus littéral du terme. Courir, sauter, grimper, se suspendre dans le vide : ce que d’autres auraient volontiers abandonné à une doublure faisait partie, chez lui, du plaisir de tourner. « Je trouverais frustrant d’être doublé par un cascadeur« , expliquait-il en 1984 au Monde. Pendant des années, ce goût du risque a accompagné son cinéma jusqu’à devenir l’une des composantes de son personnage à l’écran.

L’Homme de Rio : le goût du risque

En 1964, Belmondo n’est pas encore le héros cascadeur que le public célébrera pendant les deux décennies suivantes. Philippe de Broca lui offre pourtant avec L’Homme de Rio un formidable terrain de jeu. Au Brésil, l’acteur court sur les toits, escalade les façades et se retrouve suspendu à un câble entre deux immeubles. À l’exception du saut en parachute, il réalise lui-même ses cascades.

Des années plus tard, il expliquera que cette évolution n’avait rien d’une stratégie : il faisait déjà des acrobaties dans la vie pour son propre plaisir et s’est simplement mis à les faire devant une caméra. Le succès mondial de L’Homme de Rio allait transformer ce goût personnel en une partie intégrante de son image.

Peur sur la ville : au-dessus de Paris

Onze ans plus tard, le jeu a changé d’échelle. Dans Peur sur la ville d’Henri Verneuil, Belmondo se lance notamment sur le toit du métro aérien parisien. La rame roule à grande vitesse et l’acteur évolue dessus sans que l’on puisse tricher avec le vide qui l’entoure.

Tout est préparé avec une précision extrême. Belmondo revendique pourtant ce risque : il le prend pour le spectacle et pour le public. Lui-même parlera de ce « petit pincement de la peur » qu’il ressent alors, comparable au trac avant d’entrer en scène. Chez Belmondo, la cascade est devenue une autre manière de jouer.

Hold-Up : quand le corps dit stop

Mais le danger n’a rien de théorique. En 1985, sur le tournage de Hold-Up d’Alexandre Arcady, une cascade avec une dépanneuse tourne mal. Le véhicule passe dans un trou dissimulé par une flaque d’eau et s’arrête brutalement. Accroché à l’arrière, Belmondo vient heurter violemment une poulie.

Onze points de suture et des douleurs au dos : après des années à défier le risque, l’acteur en mesure brutalement les conséquences. Cet accident participe à la fin d’une époque. Le corps qui semblait pouvoir tout encaisser vient de rappeler qu’il a, lui aussi, ses limites.

Une chance sur deux : encore une dernière fois

En 1998, Belmondo a 65 ans lorsqu’il retrouve Alain Delon dans Une chance sur deux de Patrice Leconte. Le film s’amuse ouvertement de leurs mythologies respectives. Et lorsqu’une échelle de corde descend d’un hélicoptère vers Belmondo, impossible de ne pas penser au Guignolo, dix-huit ans auparavant.

Belmondo s’y accroche et décolle une nouvelle fois. Le film transforme même la répétition de cette cascade en gag, comme si Bébel ne pouvait décidément pas résister à l’appel du vide.

Du jeune acteur de L’Homme de Rio à l’homme de 65 ans d‘Une chance sur deux, plus de trente années se sont écoulées. Belmondo n’a jamais considéré ces cascades comme un simple supplément spectaculaire. Elles étaient une composante de son jeu, une manière d’engager son corps autant que son visage ou sa voix.

Rémy Julienne disait qu’il fallait constamment le canaliser. Belmondo, lui, avait une explication beaucoup plus simple : il y prenait du plaisir. Et ce plaisir-là traversait l’écran.

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