
Il suffit parfois de quelques secondes. Un sourire sur une photographie, une affiche aperçue au détour d’un mur, un costume immédiatement reconnaissable. Et Jean-Paul Belmondo est là. C’est sans doute ce que réussit le mieux Belmondo le Magnifique, l’exposition que la Cinémathèque française consacre à l’acteur du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027 : abolir très vite la distance que pourrait imposer une exposition patrimoniale pour retrouver quelque chose de beaucoup plus chaleureux, intime et vivant.
Car raconter Belmondo dans un musée pourrait presque sembler contradictoire. Comment enfermer derrière des vitrines celui qui n’a cessé de courir, sauter, sourire, provoquer, séduire, se battre ? Celui dont le cinéma était d’abord affaire de mouvement et d’énergie ? La visite évite justement cet écueil. Photographies, affiches, documents, costumes et objets ne donnent jamais véritablement l’impression de contempler les vestiges d’une carrière. Ils font surgir des films.
Et avec eux, des souvenirs.
UNE CARRIÈRE QUI DÉFILE
Évidemment, parcourir cette exposition revient d’abord à mesurer l’incroyable richesse d’une filmographie. Plusieurs décennies de cinéma français se retrouvent réunies autour d’un homme qui en aura traversé les époques sans jamais tout à fait appartenir à une seule. Il y a le Belmondo d’À bout de souffle, celui qui devient presque instantanément le visage d’une nouvelle génération. Puis celui de L’Homme de Rio et du Magnifique, aventurier, séducteur et formidable corps de cinéma. Celui de Peur sur la ville, du Professionnel ou du Marginal, immense vedette populaire capable de déplacer les foules sur son seul nom. Et enfin cet acteur qui, avec Itinéraire d’un enfant gâté, rappelle avec une force extraordinaire qu’avant d’être Bébel, il a toujours été Jean-Paul Belmondo, comédien. Les affiches se succèdent, les photographies également, et quelque chose d’assez vertigineux finit par apparaître : combien de ces images font déjà partie de notre mémoire avant même de les regarder ?
REDEVENIR UN GAMIN
Mais une exposition comme celle-ci prend une autre dimension lorsque l’objet exposé fait soudain disparaître toutes les années qui nous en séparent. Face au blouson du Professionnel, il ne s’agit plus seulement d’observer un costume de cinéma. Joss Beaumont revient immédiatement. Face à la veste portée par Sam Lion dans Itinéraire d’un enfant gâté, c’est tout un film qui ressurgit, avec ses scènes, ses dialogues et les émotions qu’il continue de provoquer. Ailleurs, le costume de Cyrano de Bergerac rappelle une autre facette de sa carrière et cette fidélité au théâtre qui ne l’a jamais quitté. Quelques mètres peuvent alors suffire pour passer d’une époque à une autre et, surtout, d’un souvenir à un autre. C’est probablement là que la dimension personnelle d’une telle visite devient impossible à évacuer. Nous n’avons pas tous découvert Belmondo avec le même film. Nous n’avons pas tous le même âge lorsque nous avons vu pour la première fois Le Magnifique, L’As des as, Le Professionnel ou Itinéraire d’un enfant gâté. Pourtant, face à certains objets, quelque chose de commun se produit : pendant quelques secondes, on redevient le spectateur que l’on était alors.
UN CORPS DE CINÉMA
Impossible évidemment d’évoquer Belmondo sans raconter son rapport physique au cinéma. Le parcours rappelle à quel point son corps fut l’un de ses instruments de jeu. Belmondo court, grimpe, saute, tombe, se bat. Il transforme parfois une séquence d’action en terrain de jeu, avec cette impression persistante qu’il prend autant de plaisir à la tourner que le spectateur à la regarder. L’évocation de Peur sur la ville, avec cette silhouette suspendue dans les airs, ramène immédiatement à cette image d’un acteur qui semblait considérer le danger comme une composante presque naturelle de son métier. Ces cascades participaient au spectacle, bien sûr, mais aussi au personnage public de Belmondo : cette idée qu’avec lui, tout pouvait réellement arriver devant la caméra. À proximité, couvertures de magazines, affiches et objets promotionnels racontent une autre histoire : celle d’un phénomène populaire. Belmondo n’était pas seulement l’acteur de ses films. Son visage suffisait à les annoncer. Son nom était devenu une promesse. Certains objets provoquent d’ailleurs un plaisir beaucoup plus ludique. Retrouver autour du Magnifique le livre de François Merlin, le couvre-chef et le fouet de Karpof ou encore un sombrero, c’est replonger dans cet univers où Belmondo pouvait à la fois incarner l’aventurier et se moquer joyeusement de sa propre image.
UNE STAR QUI N’A JAMAIS SEMBLÉ INACCESSIBLE
C’est peut-être ce qui finit par dominer au fil de la visite.
Jean-Paul Belmondo fut une immense star. L’une des plus grandes que le cinéma français ait connues. Pourtant, quelque chose chez lui a toujours résisté à la distance que suppose normalement un tel statut. Il y avait le sourire, la voix, la gouaille. Cette manière de donner le sentiment qu’il s’amusait avec nous plutôt que devant nous. On pouvait admirer Belmondo sans jamais avoir véritablement l’impression qu’il appartenait à un monde inaccessible. L’exposition retrouve quelque chose de cette proximité. Elle raconte évidemment l’acteur, la vedette, le cascadeur, le théâtre, les succès et les personnages. Mais derrière tout cela apparaît constamment l’homme qui les reliait. Et c’est probablement la raison pour laquelle les costumes, les photographies ou les objets présentés provoquent parfois une émotion disproportionnée par rapport à ce qu’ils sont matériellement. Ils sont devenus les déclencheurs de notre propre histoire avec Belmondo.
BELMONDO EST LÀ
En quittant Belmondo le Magnifique, on pourrait dresser la liste de tout ce que l’on vient de voir. Les films, les costumes, les affiches, les photographies, les souvenirs d’une carrière immense. Ce n’est pourtant pas véritablement cela que l’on emporte. On repart plutôt avec l’étrange et merveilleuse sensation d’avoir passé un moment avec Jean-Paul Belmondo. Parce que les années ont beau passer, il suffit toujours d’une image. D’un sourire. D’une silhouette. D’une réplique que l’on connaît parfois avant même qu’elle soit prononcée. Et tout revient. Les films, bien sûr. Mais surtout le plaisir. Celui que Jean-Paul Belmondo nous a donné pendant toutes ces années et que cette exposition, avec beaucoup de chaleur, nous permet aujourd’hui de retrouver.






















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