

SYNOPSIS : Le parcours d’une divorcée de 50 ans en quête de sexe et d’amour, tiraillée entre ses désirs et ses responsabilités familiales, des parents malades à un fils qui peine à devenir adulte.
Il y a des périodes de la vie où tout semble devoir être remis en question au même moment. Avec Youth, Sharon Horgan s’intéresse à l’une d’entre elles et retrouve immédiatement cette capacité à faire rire de situations qui, sur le papier, ne prêtent pas forcément à sourire. Une comédie drôle, tendre et souvent très crue, portée par une actrice absolument formidable.
Alex a la cinquantaine, travaille comme agente littéraire et voit son fils Ruari atteindre l’âge où il devrait commencer à construire sa vie loin d’elle. Divorcée, elle doit également composer avec des parents vieillissants tout en se demandant ce qu’elle souhaite désormais faire de sa propre existence. Amour, sexe, famille ou travail : une nouvelle période s’ouvre devant elle sans qu’elle sache encore très bien à quoi elle voudrait qu’elle ressemble. C’est dans cette incertitude que Sharon Horgan installe Youth.
Difficile de ne pas penser à Catastrophe. Créée avec Rob Delaney, la série accompagnait déjà une femme confrontée au joyeux bordel provoqué par la vie de couple et la parentalité. Plus de dix ans après ses débuts, Youth semble presque reprendre le personnage à une autre étape de son existence. Sharon Horgan a d’ailleurs expliqué avoir voulu revenir à cette forme d’autofiction pour raconter une femme entrant dans la cinquantaine et obligée de recommencer une partie de sa vie.
Mais Youth n’est certainement pas une série qui regarde la cinquantaine comme le début d’une lente extinction. Alex a du désir. Elle a envie d’être séduite et de séduire. Elle voudrait profiter de ce qui s’ouvre devant elle tout en découvrant que la liberté fantasmée ne correspond pas nécessairement à la réalité. Son corps lui rappelle parfois qu’il change, ses responsabilités n’ont pas disparu et les autres continuent à attendre énormément d’elle.
C’est précisément là que l’écriture de Sharon Horgan fait merveille. Youth parle de sujets graves sans devenir pesante et peut être très crue sans tomber dans l’humour gras. Certaines répliques sont franchement osées, mais elles ne sont jamais là uniquement pour provoquer. Elles prolongent le regard d’Alex sur elle-même et sa manière de désamorcer par l’humour ce qui pourrait l’effrayer. La série trouve ainsi une tonalité particulièrement agréable, capable de faire surgir le rire au milieu de situations beaucoup moins légères.
Elle possède également une vraie fibre romantique. Là encore, pas question de raconter une cinquantaine où les histoires sentimentales seraient nécessairement raisonnables ou assagies. Le désir reste désordonné. Les hésitations demeurent. La peur de faire les mauvais choix n’a pas davantage disparu avec les années. Youth observe tout cela avec beaucoup de chaleur, sans idéaliser cette nouvelle étape de l’existence.
La famille constitue l’autre versant de cette période charnière. Alex appartient à cette génération prise entre des enfants supposés devenir autonomes et des parents dont il faut désormais davantage se préoccuper. Horgan revendique explicitement cette idée de « génération sandwich » au cœur de la série. Pourtant, Youth évite jusqu’ici d’en faire un concept plaqué sur ses personnages. Tout passe par leurs comportements, leurs contradictions et cette difficulté à savoir quelle place chacun doit désormais occuper.
L’univers professionnel d’Alex offre parallèlement un terrain de jeu très différent. Sharon Horgan a choisi le monde de l’édition parce qu’elle voulait placer son héroïne dans un métier exigeant où elle serait, là encore, obligée de s’occuper des problèmes des autres. Auteurs, agents et ego divers alimentent ainsi une satire qui permet à la série de sortir régulièrement du seul cadre familial. Damian Lewis, qui apparaît dans son propre rôle, participe parfaitement à cet esprit.
Sur les trois premiers épisodes, le troisième convainc toutefois un peu moins. Le changement de cadre et la place plus importante accordée aux enjeux professionnels font momentanément perdre à la série une partie de la chaleur qui rendait les deux premiers épisodes si immédiatement attachants. Rien de réellement inquiétant : l’écriture reste solide et les personnages suffisamment plaisants pour que l’envie de poursuivre demeure intacte.
Et puis il y a Sharon Horgan. Difficile d’imaginer Youth sans l’énergie qu’elle insuffle à Alex. Elle est le centre névralgique de la série et semble capable de faire vivre la moindre situation par une expression ou une façon de lancer une réplique. Son sens du comique n’empêche jamais la fragilité d’apparaître lorsque le personnage vacille. Surtout, Horgan rayonne. Elle est incroyablement séduisante et Youth ne semble jamais considérer cette évidence comme contradictoire avec le sujet de l’âge qu’elle aborde.
Aran Murphy, dans le rôle de Ruari, compose de son côté un fils volontairement moins immédiatement attachant. Le jeune comédien, fils de Cillian Murphy, possède une vraie présence et Sharon Horgan a expliqué avoir trouvé chez lui le naturel qu’elle recherchait pour cette relation mère-fils. Rupert Friend apporte quant à lui une autre énergie à l’ensemble, parfaitement adaptée à la dimension plus sentimentale de la série.
Après trois épisodes, Youth possède surtout cette qualité précieuse des séries dans lesquelles on se sent rapidement bien. Ses personnages peuvent agacer ou déconner complètement, mais ils donnent envie de rester avec eux. Derrière l’humour et les dialogues parfois très crus se dessine surtout le portrait d’une femme qui refuse que son âge décide à sa place de ce qu’elle peut encore désirer.
Youth parle finalement moins de vieillir que de continuer à avancer lorsque les repères commencent à bouger. Et Sharon Horgan possède exactement l’énergie nécessaire pour transformer cette période incertaine en une comédie pleine de vie.
Crédits : HBO Max










































































































































